Ce profil a pour but d’offrir aux membres du SCFP des renseignements de base sur le secteur dans lequel ils travaillent, et ce, dans une perspective nationale.

Le SCFP représente 57 172 membres appartenant à 126 sections locales du secteur de l’enseignement postsecondaire. Ils travaillent dans les universités, les collèges et les associations étudiantes.

Les membres du SCFP occupent divers emplois dans ce secteur. Nous représentons des chargés de cours, des chercheurs, des assistants à l’enseignement et d’autres travailleurs du milieu universitaire. Le SCFP représente aussi les employés de soutien qui s’occupent de l’aménagement paysager, des bibliothèques, des services alimentaires, de l’entretien, de la surveillance, de l’informatique et de l’administration.

Au Canada, près de 400 000 personnes travaillent dans les universités, les collèges, les écoles techniques et les écoles de formation professionnelle. De ce nombre, il y a 45 000 professeurs universitaires à plein temps qui sont hors du champ d’action du SCFP.

Le taux de syndicalisation est inférieur dans les universités et les collèges par rapport au reste du secteur public. Il est de 54 pour cent dans les universités et de 69 pour cent dans les collèges. Ces taux ont connu une modeste croissance depuis la fin des années 1990.

Le SCFP est le principal syndicat du milieu universitaire. Il représente 25 pour cent de tout le personnel si on exclue les professeurs. Le SCFP compte beaucoup moins de membres au collégial malgré des effectifs importants en

Colombie-Britannique et au Québec.

Financement

Les faits démontrent largement que tout investissement dans l’enseignement postsecondaire est rentable pour le bien-être socioéconomique du pays. Pourtant, l’enseignement postsecondaire est plus inaccessible que jamais. Les subventions gouvernementales aux universités et aux collèges piquent du nez depuis les années 1980. En 1982, ces subventions représentaient plus de 80 pour cent des revenus d’exploitation des universités. Aujourd’hui, le financement public couvre à peine 57 pour cent du coût d’une éducation collégiale ou universitaire. Depuis 1990, les frais de scolarité ont augmenté trois fois plus vite que le taux d’inflation. La dette moyenne d’un étudiant au moment de sa graduation est de plus de 26 000 dollars.

Les étudiants sont en première ligne de la lutte contre le sous-financement de l’enseignement postsecondaire. Par exemple, à l’automne 2012, les étudiants québécois, appuyés par plusieurs syndicats dont le SCFP, ont fait la grève pour protester contre la hausse vertigineuse des frais de scolarité que proposait le gouvernement libéral de Jean Charest.

En plus de toucher les étudiants, dont certains sont membres du SCFP en qualité d’assistants à l’enseignement ou à la recherche, la diminution du financement fédéral affecte les autres membres du SCFP car elle mine la qualité du service et les conditions de travail.

ENJEUX

Sous-traitance et privatisation

En plus d’entraîner une crise de la dette étudiante, la diminution du financement gouvernemental encourage les dirigeants des universités et des collèges à sous-traiter des tâches effectuées par les syndiqués du SCFP. Les services alimentaires et de nettoyage sont particulièrement ciblés.

La privatisation s’est étendue au-delà des cibles traditionnellement visées par la sous-traitance pour atteindre la formation des étudiants. Dans plusieurs universités, des collèges à but lucratif offrent des cours qui peuvent servir ensuite à obtenir un diplôme dans une université publique. Cette situation fait diminuer le nombre de cours donnés par les chargés de cours membres du SCFP.

Précarisation et sécurité d’emploi

Les employeurs ont tendance à ne pas pourvoir les postes à temps plein qui se libèrent dans les services alimentaires et de nettoyage, pour se tourner plutôt vers des employés à temps partiel ou occasionnels. En Ontario, les universités licencient du personnel dans leurs services alimentaires, d’entretien et de maintenance, tout en affichant des postes occasionnels dans ces mêmes services.

On remplace les postes à temps plein menant à la permanence par des postes de chargé de cours offrant une rémunération et des avantages sociaux nettement inférieurs et peu de sécurité d’emploi. Certains chargés de cours comptant 20 ans d’expérience doivent encore postuler tous les quatre mois pour conserver leur emploi.

En tout, 39 pour cent des postes universitaires et 24 pour cent des postes collégiaux sont temporaires.

GIMES DE RETRAITE

La plupart des régimes de retraite universitaires sont offerts par l’employeur. La plupart des régimes collégiaux regroupent plusieurs employeurs. Ils ont été créés et sont régis par une loi provinciale. La plupart de ces régimes sont à prestations déterminées. Ils sont fortement attaqués à la table de négociations, ce qui, depuis la grande récession de 2008, a un grand impact sur la négociation dans son ensemble.

Ces attaques affectent particulièrement nos membres qui oeuvrent dans les collèges. Le Nouveau-Brunswick a mis à la poubelle un régime à prestations déterminées pour le remplacer par un régime à prestations cibles qui fait en sorte que les employés assument les risques, au lieu des employeurs. En Alberta, nos membres du milieu collégial cotisent au Local Authorities Pension Plan, régime que le gouvernement conservateur albertain menace de réformer. L’objectif, là aussi, est de faire porter le risque de sous-financement du régime aux employés plutôt qu’à l’employeur, tout déficit devant en effet être comblé par les retraités qui verront leurs prestations baisser. Une campagne intersyndicale bien coordonnée et permanente contre l’éviscération du régime de retraite albertain a placé le gouvernement sur la sellette, remettant en question la nécessité de cette réforme.

En Ontario, le gouvernement aimerait apporter des modifications aux régimes de retraite universitaires. Chaque université a son propre régime, mais le gouvernement voudrait les faire transiter vers une sorte de régime conjoint. La mise en commun des placements, la création d’un régime central pour toutes les universités et le transfert vers un régime existant regroupant plusieurs employeurs sont sur la table. Les universités ontariennes et les divers syndicats qui représentent leurs employés se sont penchés sur la question. Un dialogue a aussi été amorcé avec toutes les parties concernées.

GOCIATIONS

Dernièrement, le secteur postsecondaire a connu de très difficiles rondes de négociations, les syndiqués du SCFP faisant face à des demandes croissantes de concessions.

À l’automne 2013, la section locale 1393 à l’Université de Windsor a débrayé pendant un mois. Les membres refusaient que l’employeur dénature le programme d’évaluation des emplois et le système de supplantation.

En 2012, l’Université de Regina insistait pour mettre sur pied un régime de retraite à cotisations déterminées, très risqué, à l’intention des nouveaux employés. Les membres de la section locale 5791 ont résisté. Les syndiqués ont signé des pétitions et organisé des assemblées populaires. Résultat de cette mobilisation : quelques changements mineurs au régime à prestations déterminées existant et une entente qui satisfaisant les deux parties. Voilà un excellent exemple où une forte équipe de négociation et les membres ont su défendre les nouveaux employés et les jeunes travailleurs contre une convention collective qui les aurait défavorisés.

À l’Université Simon Fraser, la section locale 3338 a déposé un avis de grève le premier octobre 2012. Puis, pendant huit mois, les grèves tournantes, les séances d’étude et la grève du temps supplémentaire se sont succédées pour inciter l’employeur à conclure une convention collective équitable. Les négociations achoppaient parce que l’employeur voulait absolument discuter du régime de retraite pendant les négociations. La Commission des relations de travail de la Colombie-Britannique a statué que l’employeur négociait de mauvaise foi. La section locale a fini par décrocher un contrat de quatre ans sans concession, similaire aux conventions des autres employés de l’université.

L’automne 2012 a été chaud dans les collèges de la Colombie-Britannique. Les sections locales 4627, 4951, 2773, 2081, 3479 et 1858 ont toutes érigé des piquets de grève pour appuyer leurs revendications. Elles ont mené des grèves de deux jours, paralysé des départements et organisé des manifestations qui ont forcé le gouvernement à s’asseoir à la table de négociations. Elles ont obtenu une convention collective sans concession, avec des hausses salariales similaires à celles octroyées aux travailleurs universitaires.

Alliés

Le SCFP et ses partenaires de coalition défendent depuis longtemps le concept d’un enseignement postsecondaire public, accessible et abordable, dans des collèges et des universités subventionnés adéquatement. Nos partenaires principaux dans cette lutte ont toujours été les étudiants, représentés par la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants (FCEE), la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), et l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ).

Nous avons plusieurs sections locales qui collaborent régulièrement avec les associations étudiantes, les groupes de recherche d’intérêt public, les centres de femmes, les groupes LGBTTI et d’autres organisations présentes sur les campus. Dans plusieurs campus, on organise périodiquement des assemblées intersyndicales où on débat des préoccupations communes, comme les régimes de retraite, les avantages sociaux et la sous-traitance.

Parmi les autres instituts de recherche et groupes qui soutiennent nos causes, mentionnons le Centre canadien de politiques alternatives, l’Institut Broadbent, le NPD, le Conseil du travail du Canada, les fédérations du travail et les autres syndicats.

CAMPAGNES

Loi canadienne sur l’enseignement postsecondaire

Le SCFP et ses alliés réclament la création d’une Loi canadienne sur l’enseignement postsecondaire qui rétablira le financement fédéral à un niveau adéquat, qui obligera les gouvernements provinciaux à respecter des normes nationales et qui diminuera les frais de scolarité et la dette étudiante.

L’avenir du secteur

Le secteur de l’enseignement postsecondaire souffre d’un grave sous-financement depuis 1995.

La corporatisation des collèges et des universités se poursuit. Alors que, dans le passé, la direction de ces établissements se composait surtout d’universitaires de haut niveau et de fonctionnaires d’expérience, elle comprend maintenant de plus en plus de personnes provenant du secteur privé qui cherchent à transformer la mission même des institutions.

Pour renverser cette tendance à la corporatisation et rétablir le financement adéquat de nos institutions, il faudra continuer à former des coalitions avec les étudiants, les autres syndicats et les groupes communautaires. Ensemble, nous poursuivrons la lutte pour un enseignement postsecondaire public, abordable et de qualité supérieure, prodigué par des travailleurs du secteur public qu’on traitera avec respect et dignité.