Pas moins de 1 000 postes ont déjà été éliminés dans des hôpitaux de North Bay, du Grand Toronto et de Hamilton en raison des compressions budgétaires.
Les hôpitaux doivent supprimer des centaines de postes et renoncer à pourvoir des postes vacants en raison des contraintes budgétaires imposées par le gouvernement conservateur. Selon le plus grand syndicat du secteur de la santé en Ontario, cette situation aura des conséquences désastreuses : attente prolongée, soins à la presse, erreurs évitables, couloirs d’hôpitaux bondés, etc.
Mardi, le SCFP a publié un nouveau rapport, Au bord du gouffre : les coupes projetées accentueront la crise des hôpitaux en Ontario, lequel examine les ressources supplémentaires qui seraient requises pour simplement maintenir le niveau de service actuel, en les comparant avec les coupes planifiées par le gouvernement d’ici 2027-2028. Le rapport souligne une pénurie à prévoir de 4 080 lits dans le réseau de la santé.
Le gouvernement Ford a récemment dit aux hôpitaux de prévoir une hausse de financement annuelle de 2 % pour les trois prochaines années, un pourcentage bien en deçà de la moyenne de 6 % qui a cours depuis 2020. Cette baisse de financement précipitera les coupes dans les établissements, qui croulent déjà sous les déficits.
Au moins 1 000 emplois ont été supprimés dans les hôpitaux de North Bay, de Hamilton, d’Ottawa, de Niagara et du Grand Toronto.
« Quel aveuglement politique d’obliger nos hôpitaux à se serrer la ceinture alors que nous avons besoin de plus de personnel, pas de moins », s’est insurgé Michael Hurley, président du Conseil des syndicats d’hôpitaux de l’Ontario (CSHO-SCFP). « Les hôpitaux ont besoin d’améliorer l’accès aux soins, de réduire l’attente et de donner de meilleurs soins en attirant et conservant du personnel qualifié. Au lieu d’aider, le gouvernement affame nos hôpitaux publics en les forçant à réduire encore plus leur effectif tout comme leur capacité. »
L’an dernier, une analyse du Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario avait montré que le plan du gouvernement ferait disparaître 9 000 emplois du côté des soins infirmiers et des préposé(e)s aux soins dans l’ensemble du secteur d’ici 2027-2028.
Or, avoir moins de personnel allongera forcément les délais d’attente, rappelle le rapport du SCFP. Selon les données les plus récentes livrées par le gouvernement provincial (mars 2024), près de 73 000 patient(e)s en Ontario ont dû attendre au-delà du délai clinique recommandé avant d’être opéré(e)s. Ce nombre était de 36 360 en 2019.
Le SCFP a sondé le personnel des hôpitaux où des coupes ont eu lieu. Les travailleuses et travailleurs se disent très inquiets de voir les conditions de travail – tout comme les soins prodigués – se détériorer :
- « La population doit savoir qu’il n’est plus sécuritaire de se présenter à l’hôpital. Malgré notre bonne volonté, le manque de personnel empêche de donner les soins requis. »
- « Avec les postes coupés, l’attente ne pourra qu’augmenter. La satisfaction au travail restera en chute libre. Les patient(e)s en souffriront forcément. Le milieu de travail continuera de perdre en sécurité, et les risques de violence augmenteront. »
- « Moins de personnel veut dire moins de temps pour établir des liens thérapeutiques. Les soins infirmiers s’en trouvent déshumanisés, et les patient(e)s deviennent des numéros, des cases à cocher sur la longue liste de tâches. Tout ça augmente les risques de blessures, tant pour le personnel que pour les patient(e)s. »
« Le personnel de première ligne a clairement exprimé ce dont il avait besoin pour bien faire son travail, soutient Michael Hurley. Les centaines de postes coupés vont gravement affecter nos hôpitaux. »
Le gouvernement de l’Ontario devrait aussi prêter attention à sa population. En décembre, le SCFP a chargé la firme de recherche Nanos de mener un sondage pour évaluer la perception du public à l’égard des soins hospitaliers. Au total, 57 % des Ontariennes et Ontariens se sont dits mécontents de la gestion des hôpitaux par le gouvernement Ford, la jugeant mauvaise (25 %) ou très mauvaise (32 %). Par ailleurs, 94 % étaient en faveur d’un financement accru des hôpitaux pour éviter les suppressions d’emplois ou les retards dans les interventions chirurgicales.
Le Bureau de la responsabilité financière a fait remarquer que le nombre de lits d’hôpital auxquels du personnel est assigné diminuerait d’environ 2 400 d’ici 2027-2028, soit une baisse de 7 %. Or, selon les prévisions d’augmentation du nombre de patient(e)s, le syndicat estime que l’Ontario a en réalité besoin de 1 600 lits supplémentaires (soit une augmentation de 4,5 %).
« La réduction du nombre de lits est alarmante considérant qu’en ce moment même, environ 2 000 personnes doivent chaque jour recevoir des soins dans des couloirs, des placards de rangement et d’autres espaces non conventionnels en raison d’un manque de capacité, ce qui complique considérablement la prestation de soins sécuritaires », ajoute Michael Hurley.
Selon Doug Allan, chercheur principal au SCFP et auteur du rapport, ces problèmes découlent des choix du gouvernement de l’Ontario. La province est celle qui finance le moins ses hôpitaux au Canada, lui procurant ainsi l’effectif le moins bien adapté au pays. À son avis, l’Ontario devrait embaucher 48 000 travailleuses et travailleurs supplémentaires au sein de son personnel hospitalier afin d’arrimer son effectif à la moyenne canadienne.
« À l’inverse des politiques de ce gouvernement, il faut augmenter considérablement le nombre de lits et la dotation en personnel, dit Doug Allan. Sinon, il sera impossible de rattraper les retards accumulés, de réduire les délais d’attente et de freiner la médecine de couloir, comme l’avait promis le Parti conservateur de Doug Ford lors de sa campagne électorale de 2018. Et c’est sans oublier qu’il faut faire face à une inévitable hausse de la demande, considérant notre population croissante et vieillissante. »
Le syndicat recommande au gouvernement provincial de prendre les mesures suivantes :
- À court terme, ajouter 6 200 lits dotés de personnel afin d’améliorer les niveaux de service.
- Embaucher 48 000 employé(e)s à temps plein pour atteindre la moyenne nationale par habitant(e).
- Augmenter le financement de base des hôpitaux de 3,2 milliards de dollars pour l’aligner sur celui du reste du Canada.
- Après avoir rattrapé le retard de financement susmentionné, prévoir un financement supplémentaire d’au moins 5 à 6 % par an pour faire face aux pressions économiques liées à l’inflation, à la croissance démographique, au vieillissement de la population et à l’utilisation des hôpitaux.