En 30 ans de carrière, Douglas Currier, infirmier à Santé Bruyère, n’a jamais vu autant de gens démoralisés. Le manque chronique de personnel et la constante surcharge de travail ont complètement exténué les travailleuses et travailleurs.

Mais au lieu de leur venir en aide, le gouvernement provincial a procédé à des compressions budgétaires qui ont obligé l’hôpital à mettre à pied 55 personnes, soit 46 préposé(e)s aux soins personnels et 9 infirmières et infirmiers.

Douglas Currier, également président du SCFP 4540 – une section locale qui représente environ 850 employé(e)s à Santé Bruyère –, s’est offusqué d’apprendre cette nouvelle.

« C’est incompréhensible! Notre hôpital se vide au moment où on a le plus besoin d’aide. J’ai passé 30 ans de ma vie en tant qu’infirmier ici et je n’ai jamais vu autant de gens épuisés. Le manque de personnel nuit déjà à la qualité des soins qu’on peut offrir. Notre communauté ne peut pas se permettre plus de compressions. »

Selon Douglas Currier, sans ces 46 préposé(e)s aux soins personnels, on mettra à risque l’hygiène et la sécurité des patient(e)s en plus d’augmenter la charge de travail des infirmières et infirmiers, qui sont déjà en sous-effectif et qui font aussi l’objet des compressions budgétaires. Du bain à la toilette, les préposé(e)s fournissent des services de soutien personnel essentiels aux patient(e)s et aident les infirmières et infirmiers à fournir des soins médicaux.

« Nous n’avons pas assez de préposé(e)s en poste pour prendre en charge les patient(e)s dans les délais impartis. C’est bien beau de faire des économies, mais qui va s’occuper des patient(e)s au quotidien? Qui veillera sur les personnes à risque de chute pendant un code blanc ou un code bleu, lorsque les infirmières et infirmiers sont occupés ailleurs? » 

Michael Hurley, président du Conseil des syndicats d’hôpitaux de l’Ontario affilié au SCFP, pointe du doigt le gouvernement provincial pour ces compressions budgétaires imposées aux hôpitaux, compressions qui pénalisent les patient(e)s vulnérables ainsi que les travailleuses et travailleurs.

« Santé Bruyère a la réputation d’offrir des soins de calibre mondial à la communauté, précise-t-il. La patientèle va subir les contrecoups de l’épuisement professionnel et sera davantage exposée aux erreurs médicales, aux infections nosocomiales et à d’autres conséquences très graves. »

Selon le SCFP, l’énoncé économique d’automne formulé par le gouvernement prévoit une diminution du financement de l’ordre de 10 % en termes réels.

En octobre, le Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario a projeté l’abolition de 9 000 postes de personnel infirmier et de préposé(e)s aux soins personnels d’ici 2027-2028 en se basant sur le plan de dépenses du gouvernement. Le SCFP estime qu’environ 725 de ces emplois seront supprimés à Ottawa, y compris à Santé Bruyère.

Douglas Currier affirme que Santé Bruyère était un établissement réputé jouissant d’une tradition de soins et de services remontant à près de 100 ans. Il ajoute que les membres du personnel avaient toujours été fidèles envers l’hôpital, un sentiment qui s’est affaibli dans les dernières années.

« De plus en plus, le personnel croule sous la détresse morale et les charges de travail toujours plus grandes. Dans un récent sondage, 67 % des travailleuses et travailleurs affiliés au SCFP ont dit devoir travailler pendant leurs pauses pour compenser l’absence de collègues. Notre capacité à fournir des soins de qualité est déjà rudement mise à l’épreuve. Ces suppressions de postes, c’est un vrai non-sens. »

« Nous assistons à la lente agonie de notre hôpital bien-aimé, et ça me fend le cœur. »