Sienna Senior Living est l’un des fournisseurs de soins de longue durée les plus rentables au Canada. Cette entreprise exploite des foyers aux quatre coins du pays tout en profitant de subventions gouvernementales et d’autres investissements publics. Or, malgré l’investissement de 4,9 milliards annoncé récemment par le gouvernement de l’Ontario pour l’embauche et la rétention de préposé(e)s aux soins personnels, Sienna a pris la regrettable décision de couper 1 300 heures dans des postes à temps plein au Case Manor de Bobcaygeon, contrevenant dans la foulée à la convention collective de l’endroit.
Les travailleuses et travailleurs touchés, qui sont membres du SCFP 3204, ont immédiatement réagi pour éviter de voir leurs heures sabrées de manière aussi sauvage : un rassemblement s’est organisé à Bobcaygeon et une lettre a été envoyée à la députée provinciale pour demander des explications sur la déclaration de l’employeur, qui plaide que ce sont les compressions budgétaires qui l’ont obligé à couper ces heures. Plusieurs griefs ont aussi été déposés.
La présidente du SCFP 3204, Joan Kelly, a porté la question devant la Commission du travail pour un arbitrage accéléré. L’audience a eu lieu aujourd’hui. Pour l’occasion, des membres de la section locale, des allié(e)s du mouvement syndical et le conseil exécutif du SCFP-Ontario ont tenu un rassemblement devant le siège social de Sienna Senior Living à Markham. « Diminuer les heures des travailleuses et travailleurs, c’est réduire d’autant leur salaire tout en augmentant leur charge de travail. Autrement dit, notre employeur nous demande de travailler plus fort et plus vite, et de faire toutes nos tâches habituelles, mais avec 20 % moins de temps. C’est insoutenable et carrément dangereux », a déclaré Ashlee McKibbon, vice-présidente du SCFP 3204. « Ça vaut pour les résident(e)s aussi. Il s’agit de personnes âgées vulnérables. Nous aurons moins de temps pour en prendre soin, alors que ces personnes comptent sur nous. C’est leur bien-être qui en pâtira directement. »
Les manifestant(e)s ont été rejoint(e)s par Bob Coulter, président du SCFP 5438, qui représente les 35 travailleuses et travailleurs du village-retraite Aspira Kawartha Lakes, également une propriété de Sienna. Il a appris que l’employeur prévoyait également y réduire les heures, comme ce qui est tenté actuellement au Case Manor.
« Nos membres sont déjà épuisé(e)s par les horaires interminables, et font tout ça pour une bouchée de pain, a-t-il raconté. On fait ce travail parce qu’on aime rendre service aux gens et prendre soin de nos aîné(e)s. Mais on doit aussi nourrir nos familles et subvenir à nos propres besoins. »
Grâce au soutien de la communauté et à la solidarité des membres, le SCFP 3204 a réussi à faire pression. L’employeur a reculé sur la coupe d’heures, et a même augmenté celles-ci. Les membres du SCFP 3204 et du SCFP 5438 comptent maintenir les pressions jusqu’à ce que les coupes qui planent aussi pour Aspira Kawartha Lakes soient annulées. En preuve de soutien et de solidarité, le conseil exécutif du SCFP-Ontario a promis d’apporter aussi son aide.
« Nous sommes ici aujourd’hui en signe de solidarité envers nos collègues du SCFP 3204 et du SCFP 5438, mais nous savons que nous ne luttons pas juste contre ce qui se passe à Bobcaygeon », a dit Yolanda McLean, secrétaire-trésorière du SCFP-Ontario. « C’est tout le système de santé de la province qui est menacé. Les employeurs comme Sienna ne sont qu’un symptôme de cette grande maladie. »
« La situation nous rappelle ce qu’on sait depuis longtemps déjà : les entreprises privées font toujours passer le profit avant les gens. Qu’il s’agisse d’un établissement de soins de longue durée, d’une maison de retraite ou d’autres formes de soins, quand le privé prend la place du public, les patient(e)s, le personnel et la population en souffrent », a renchéri Debra Maxfield, présidente du Comité de coordination des travailleurs des soins de santé du SCFP-Ontario. « Il nous faut des solutions publiques concrètes pour aider nos travailleuses et travailleurs en soins de santé. On n’a pas besoin d’autres dépenses publiques inutiles qui finissent en dividendes aux actionnaires plutôt que de financer des heures de travail pour le personnel en soins de longue durée. »
Le SCFP-Ontario a profité de l’occasion pour annoncer un été d’actions au profit de la campagne « Soutenez nos soins! ». Des pétitions circuleront lors d’événements communautaires partout dans la province pour sensibiliser la population à la situation des travailleuses et travailleurs de la santé et demander à ce que la loi soit modifiée pour que les employé(e)s qui travaillent dans des établissements – comme les membres du SCFP 3204 et du SCFP 5438 – soient traité(e)s avec le respect et la dignité qui leur sont dus, et puissent continuer à se dévouer pour offrir des services essentiels à leur communauté.