Simon Ouellette | Service des communications du SCFP

Cet été, le gouvernement du Nouveau-Brunswick a officiellement rejeté la prise de contrôle par Sodexo de la gestion des services d’alimentation, de nettoyage et de portage des patients dans les hôpitaux de la province.

« Après les pétitions, les manifestations, les assemblées et les plaidoiries citoyennes, nous avons réussi à arrêter la privatisation », résume Norma Robinson, présidente du SCFP 1252, le Conseil des syndicats hospitaliers du Nouveau-Brunswick.

« L’idée Sodexo » apparaît en 2012, sous le gouvernement conservateur d’Alward. Lorsque les libéraux prennent le pouvoir en 2014, le ministre de la Santé, Victor Boudreau, la relance, rouvrant les négociations avec la multinationale française, dans le but « d’économiser 7,9 millions de dollars » et d’uniformiser les pratiques dans les 21 hôpitaux généraux de la province.

Cette mesure aurait éliminé 280 emplois hospitaliers.

Dès sa proposition, le plan Sodexo a déplu aux professionnels de la santé et à la population. Le SCFP 1252 en a parlé à ses membres. Rapidement, une coalition s’est formée pour s’opposer à la privatisation. En faisaient partie, notamment, la Coalition de la santé du Nouveau-Brunswick, Égalité Santé en Français, la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB), le SCFP‑N.‑B. et d’autres groupes de citoyens.

L’Union nationale des fermiers s’est jointe à la campagne, sachant que la privatisation des services alimentaires empêcherait toute stratégie d’achat d’aliments locaux.

Dans les rangs de l’opposition au projet figurait aussi Gilles Lanteigne, PDG de Vitalité, la Régie régionale de la santé francophone. Il a fait plusieurs sorties dans les médias pour réitérer son opposition au contrat, le jugeant contraire aux principes de santé publique. Il a présenté au ministre une option de restructuration publique démontrant que le travail à l’interne était meilleur et plus économique que la sous-traitance à Sodexo.

« Devant tous ces joueurs qui accordaient leur préférence au système public, le gouvernement n’a pas eu le choix d’écouter », explique Daniel Légère, président du SCFP‑N.‑B.

« En étudiant le contrat de plus près, je soupçonne qu’ils ont aussi réalisé que Sodexo serait loin de faire économiser sept millions de dollars au gouvernement. Avec des élections en septembre 2018, il a su voir ce qui se dessinait à l’horizon : un plan de restructuration coûteux, financièrement et politiquement. »

En décembre 2017, un comité d’orientation gouvernemental syndical mettait sur pied le Groupe de travail sur les services de restauration, de nettoyage et de transport. Son mandat : identifier les lacunes et les possibilités dans la prestation de ces services au sein de nos régies régionales de la santé.

« Le groupe de travail, qui comprenait des membres du SCFP travaillant en première ligne, s’est attelé à la tâche, explique Mme Robinson. Sa conclusion, nous la clamions depuis le début : la privatisation n’est pas la solution. Le nouveau ministre de la Santé, Benoît Bourque, a accepté sa recommandation de mettre le projet d’entente à la poubelle. Il a écouté les préoccupations des travailleurs concernant Sodexo. »

« Cela dit, ajoute-t-elle, nous n’avons pas terminé. Il reste des problèmes de surmenage et de sous-traitance dans les soins de santé, mais les victoires comme celle-ci sont importantes. Elle mérite d’être soulignée. »