Les libéraux fédéraux viennent de créer une nouvelle banque qui ouvrira toute grande la porte à la privatisation des infrastructures.

Pour défendre sa Banque de l’infrastructure du Canada, le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, a déclaré que les investisseurs privés « réclament à grands cris » leur part des projets d’infrastructure au Canada. Si le ministre fait une telle affirmation, c’est qu’il écoute seulement son conseil consultatif en matière de croissance économique, formé presque exclusivement de gens d’affaires.

D’autres offrent pourtant un son de cloche différent. Le porte-parole néo-démocrate en matière de Finances, Guy Caron, parle de la « banque de la privatisation », tandis que le député libéral Robert Falcon-Ouellette trouve que cela « ressemble à un transfert massif de fonds publics vers le privé pour permettre à des entreprises de faire de l’argent. Bref, une subvention au privé ».

Nos infrastructures publiques appartiennent à tous les Canadiens et elles ne devraient pas être vendues, ni permettre aux entreprises privées de faire des profits. Lorsque les investisseurs privés seront aux commandes, ils décideront des projets à prioriser et de la façon dont ils seront exploités. La pression en faveur de la vente d’actifs publics sera aussi plus grande.

Le changement de politique proposé mènera à la cannibalisation de nos infrastructures publiques par le secteur privé. Des entreprises privées réaliseront ainsi des profits, notamment avec nos aéroports, nos routes, nos ponts, nos réseaux de transport en commun, nos usines de traitement des eaux usées, nos ports et nos édifices gouvernementaux.

De plus, les citoyens en obtiendront deux fois moins pour leur argent. Le secteur privé doit en effet emprunter à un taux variant entre 7 à 9 %, alors que le gouvernement fédéral peut emprunter pour moins de 2 %. En faisant appel au privé, les coûts de financement seront cinq fois plus élevés et la facture totale doublera.

Au lieu de favoriser la privatisation, le ministre Morneau devrait opter pour une banque offrant un financement public à faible coût pour la construction de nos infrastructures.

Pièce maîtresse de la mise à jour économique de l’automne, la Banque de l’infrastructure du Canada démarrera ses activités avec 35 milliards de dollars de financement fédéral dans ses coffres. Le ministre Morneau et d’autres tenants de la nouvelle banque soutiennent que chaque dollar de financement public attirera 4 dollars de financement privé de la part des grands gestionnaires de fonds et des caisses de retraite. Au total, 175 milliards de dollars seraient investis dans les infrastructures publiques.

Le gouvernement veut « structurer le soutien financier de la Banque dans le but d’attirer le capital du secteur privé et de conclure des ententes relatives aux projets ». La banque, qui sera indépendante, aidera aussi à élaborer un plan national d’infrastructures, recevra des propositions non sollicitées du secteur privé et conseillera les gouvernements au sujet des projets d’infrastructure susceptibles de générer des revenus. 

Le plan du gouvernement est inquiétant pour plusieurs raisons.

Le financement privé coûte beaucoup plus cher que l’emprunt public. Les rendements envisagés par les prêteurs privés pourraient faire doubler le coût total des projets d’infrastructure. La facture sera refilée aux citoyens de plusieurs manières : augmentation et multiplication des frais d’utilisation, péages et paiements gouvernementaux pour toute la durée des projets.

Avec cette banque, la prise de décisions passera des gouvernements à des intérêts privés. Les projets qui généreront des profits pour les financiers privés seront donc priorisés au détriment de ceux qui servent les intérêts des communautés et des citoyens.

De plus, il y a beaucoup moins de transparence et de reddition de comptes lorsque les projets d’infrastructure sont privatisés ou lorsque des partenariats public-privé sont créés.  En effet, rien ne garantit que les fonds et les projets de la banque seront soumis à l’examen complet du Parlement ou du vérificateur général du Canada. La privatisation est aussi propice à la corruption et la fraude, comme le démontre le cas du Centre universitaire de santé McGill de Montréal, un hôpital construit en PPP.

Même si les caisses de retraite pourraient réaliser des profits en investissant dans les infrastructures publiques, le SCFP s’oppose catégoriquement au financement, à la propriété et à l’exploitation privés des infrastructures, y compris par l’entremise de nos caisses de retraite. Pourquoi ? Parce qu’en bout de ligne, les citoyens et nos membres sortent perdants de la privatisation des infrastructures publiques.

Heureusement, la Banque de l’infrastructure du Canada n’est pas la seule solution. Il serait beaucoup plus constructif d’offrir des prêts et des garanties de prêts pour réduire les coûts de financement des infrastructures publiques.