Karin Jordan | Service des communications du SCFP

Il y a cinq ans, la ville de Conception Bay South, à Terre-Neuve-et-Labrador, a connu une croissance des coûts liés à la collecte privatisée des déchets solides tout en voyant le nombre de plaintes de citoyens augmenter. En 2011, après trente ans de services privatisés, le conseil municipal a décidé de rapatrier la collecte de déchets à l’interne.

Au fil des ans, la section locale 3034 du SCFP, qui représente les employés municipaux, a travaillé sans relâche pour convaincre le conseil municipal et les fonctionnaires des avantages des services publics. Elle a rapatrié la collecte de déchets volumineux à l’interne et a bâti un dossier détaillé pour mettre fin une fois pour toute à la privatisation. Depuis, suite à la réussite d’une période d’essai de cinq ans, la collecte demeure à l’interne. Le service s’est aussi étendu pour inclure la collecte de recyclage à domicile.

« Tout le monde y gagne », a affirmé la présidente de la section locale 3034, Terri-Lynn Cooper.

Un sondage récent a montré que la grande majorité des résidents de la ville sont présentement très satisfaits de la collecte de déchets. En effet, presque 82 pour cent de la population affirme que c’est leur service municipal préféré.

Les éboueurs, membres de la section locale, sont particulièrement fiers de l’amélioration de la qualité du service. La collecte à l’interne les aide aussi à renforcer la sécurité de leur milieu de travail. De plus, les fonctionnaires municipaux reconnaissent que la gestion à l’interne apporte davantage de responsabilité, de flexibilité et d’épargnes. Selon Dan Noseworthy, le directeur général de la ville, les épargnes annuelles moyennes sont « considérables » depuis le rapatriement à l’interne des services, soit d’environ 230 000 $ par année pour un total de 1,15 million $ pour les cinq dernières années.

Avec ses 25 000 habitants, Conception Bay South est la deuxième plus grande ville de la province, et en croissance rapide. Quatre jours par semaine, les employés municipaux ramassent les déchets d’environ 10 000 domiciles dans des camions à ordures blancs et distinctifs.

Certains domiciles ont des boîtes en bois qui présentent des risques de santé et de sécurité. Elles ne sont pas toujours déposées au bord de la route, elles attirent des rongeurs et des guêpes et elles peuvent avoir des vis exposées. En tant qu’employés municipaux, l’équipe de collecte de déchets est mieux outillée à aborder la question des boîtes brisées et d’autres risques, comme des sacs trop lourds ou remplis d’objets tranchants.

« Si nous voyons un objet qui présente un danger, maintenant, nous pouvons refuser d’y toucher, » explique Gary Lush, un éboueur qui travaillait pour un entrepreneur privé avant de devenir employé municipal en 2012. « Nous pouvons prendre une photo et envoyer l’adresse domiciliaire dans un courriel qui explique au personnel municipal ce qui ne va pas. »

Alors qu’ils travaillaient pour un entrepreneur privé, les employés n’avaient pas un accès direct à l’administration municipale. Lorsque les éboueurs ne ramassaient pas des déchets dangereux, le personnel municipal et les propriétaires ne savaient pas pourquoi. Les plaintes s’accumulaient lorsque ces problèmes restaient sans solutions. Maintenant, avec des structures de communication et de responsabilité bien définies, le personnel municipal aide les éboueurs en abordant ces problèmes avec les propriétaires. « À chaque fois que je dépose une plainte, lorsque je retourne la semaine d’après, le problème est toujours réglé », raconte l’éboueur Shawn Dillon. La collecte à l’interne assure que le problème des boîtes de déchets insalubres et dangereuses sera traité.

Selon Noseworthy, « l’imputabilité va de pair avec assumer ses responsabilités. C’est ce qui arrive lorsqu’une personne est spécifiquement responsable d’un service particulier. »

« Nous sommes mieux préparés et plus disposés à aborder des questions de santé et de sécurité au travail comme les boîtes de déchets », dit-il.

Lorsqu’il travaillait pour un entrepreneur, Corey Mitchell n’avait pas de congés de maladie ni d’avantages sociaux; il en bénéficie maintenant qu’il est un employé de la municipalité. « C’est mieux avec la ville : les salaires sont plus élevés et les avantages sociaux sont meilleurs. » La ville fournit aussi de l’équipement de sécurité comme des bottes de sécurité, alors qu’auparavant, il était obligé de les acheter lui-même.

Dillon est éboueur depuis 2012. Il se dit heureux de garder la ville propre pour ses voisins, sa famille et les membres de sa communauté.

« C’est un excellent emploi », dit-il. La cadence du travail permet à Dillon et à ses collègues d’agir avec soin et en toute sécurité. La ville est divisée en quatre itinéraires alors que le service privatisé n’avait que trois parcours, qui étaient donc plus longs.

Les itinéraires plus courts diminuent aussi la quantité de déchets à soulever. Mitchell soulève maintenant huit tonnes de déchets par jour, alors qu’en travaillant pour un entrepreneur privé il en soulevait 13. Les éboueurs ont aussi un itinéraire fixe qui leur permet d’offrir un service uniforme et fiable.

Mitchell, également un employé municipal depuis 2012, affirme que les citoyens remarquent des changements. « Ils nous saluent et nous remercient. Nous recevons des cartes de Noël. Les gens sont très généreux. »

Les camions à ordures blancs, achetés pour la collecte à l’interne, reflètent l’image d’un service de qualité, qui répond aux normes élevées exigées par la ville. L’équipe municipale nettoie quotidiennement les camions décorés du logo du village, un enfant qui s’amuse sur un pneu qui sert de balançoire. Les vieux camions de l’entrepreneur privé avaient des fuites et des pannes fréquentes, ce qui pouvait parfois perturber la collecte, dit Cooper.

Ancien entrepreneur, Leo Power a travaillé sur l’équipe originale d’employés à l’interne. Les camions du village sont « de loin supérieurs » aux véhicules de l’entrepreneur; ils possèdent notamment des moteurs qui peuvent aussi agir comme un frein. « [Nos camions] supportent beaucoup de poids. Lorsqu’on descend une côte, on n’accélère pas, en fait on ralentit, » dit Power.

L’achat de nouveaux camions a diminué le nombre de pannes et de problèmes mécaniques. Les mécaniciens de la ville entretiennent la flotte; c’est un autre facteur qui améliore la fiabilité et diminue les coûts. Un horaire de quatre jours de collecte libère les lundis pour l’entretien des camions. De plus, les ateliers de la ville sont disponibles pour d’autres réparations inattendues et les camions sont prêts plus rapidement que dans un garage privé.

Les mécaniciens, également membres de la section locale 3034, s’occupent d’un investissement d’un million de dollars er ça ce remarque dans le service qu’ils fournissent, souligne Joe Byrne, surintendant de travaux publics.. « Les camions sont constamment entretenus ici. L’huile de nos camions n’est jamais noire. Nous ne perdrons pas un moteur parce que l’huile n’a pas été changée, par exemple. »

Cinq années se sont maintenant écoulées et la ville doit se préparer à remplacer la flotte au cours des prochaines années. « Les camions fonctionnent encore, mais leur kilométrage est élevé et il y a de l’usure », dit Byrne. Selon lui, le plan de renouvellement de la flotte économisera « beaucoup d’argent et des heures de durée d’indisponibilité » parce que les camions seront retirés avant que des problèmes graves commencent à se manifester. La ville gardera en réserve le camion avec le moins de kilomètres au compteur pour assurer, au besoin, la continuité du service pendant l’entretien d’un des nouveaux camions.

Après chaque journée de collecte, un convoi de quatre camions se rend au site d’enfouissement près de Saint-Jean de Terre-Neuve et Labrador. Les éboueurs travaillent en équipe: ils attendent que tout le monde finisse son itinéraire avant de partir. Si un membre prend plus de temps à compléter son itinéraire, d’autres éboueurs qui ont déjà terminé l’aident à le compléter.

« Les gens de la ville qui travaillent le plus fort sont les éboueurs, » affirme Byrne. « Nous aidons tout le monde et nous nous soutenons, » dit Lush. « Mes collègues sont tous merveilleux. »