Le système paramédical ontarien est sous pression : pendant que les services peinent à embaucher et à retenir le personnel, la santé mentale des paramédics sur le terrain décline. Pourtant, on entend encore des acteurs influents promouvoir la création d’un Ordre des paramédics, un autre palier de réglementation coûteux et inutile qui n’améliorerait en rien les soins prodigués.

« En Ontario, l’effectif de paramédics connaît une crise engendrée par le manque de personnel, l’épuisement professionnel et le volume croissant d’appels pour des soins médicaux d’urgence. On a besoin de vraies solutions politiques concrètes pour résoudre ces problèmes structuraux. Un organisme de réglementation, c’est de la bureaucratie coûteuse et un moyen de taxer les paramédics, mais absolument pas une solution », plaide Niko Georgiadis, président du Comité des travailleurs ambulanciers du SCFP-Ontario, qui représente environ 8 000 paramédics et responsables des communications d’urgence réparti(e)s dans 24 services.

Partout dans la province, les paramédics rapportent une intensification de la charge de travail et une aggravation des répercussions sur la santé mentale. La flambée du nombre d’appels et le manque de personnel ont entraîné chez les travailleuses et travailleurs un épuisement professionnel, du stress post-traumatique et des blessures psychologiques.

Il en résulte un taux de recrutement désastreux et un immense défi de rétention du personnel. Selon l’Ontario Association of Paramedic Chiefs, en 2023, la province avait besoin de 1 388 paramédics, mais seulement 997 ont été embauché(e)s. Depuis, le besoin en paramédics n’a fait qu’augmenter, plusieurs services rapportant des volumes d’appels records. À l’échelle locale, les données régionales et les rapports syndicaux montrent un déficit chronique de personnel, ce qui empêche certains services de répondre à la demande avec constance en raison de quarts de travail non pourvus et d’unités hors route qui réduisent la disponibilité pour les interventions d’urgence.

Les paramédics sont aussi victimes de taux élevés d’épuisement et d’attrition. Selon un rapport publié par le Bureau de la vérificatrice générale de Toronto, le nombre d’heures supplémentaires et le taux de roulement du personnel ont considérablement augmenté. En effet, les paramédics travaillent bien au-delà des quarts de travail prévus afin de combler les lacunes de couverture.

« Aucun de ces problèmes ne peut être résolu par la création d’un Ordre, ajoute Niko Georgiadis. Les paramédics sont déjà soumis(es) à une surveillance exhaustive qui place la sécurité de la clientèle en premier. Ce qu’il nous manque, c’est un recrutement viable, des salaires concurrentiels et un bon soutien en santé mentale qui nous permette d’occuper ces emplois exigeants. C’est ce genre de réformes qu’il faut. Ça aiderait vraiment la clientèle ainsi que les travailleuses et travailleurs. »

Un Ordre des paramédics forcerait les travailleuses et travailleurs à verser une cotisation annuelle et à payer des frais de formation et d’évaluation, ce qui ajouterait des contraintes financières pour ceux et celles nouvellement dans le domaine.

« L’idée n’est ni nouvelle ni bonne. On en avait déjà parlé en 2016 lors de vastes consultations auprès des paramédics et des employeurs. Le gouvernement provincial avait laissé tomber l’idée parce qu’il était évident qu’un Ordre ne résoudrait aucun des problèmes réels touchant les services paramédicaux », fait valoir Fred Hahn, président du SCFP-Ontario.

Le SCFP appelle les leaders provinciaux à se concentrer sur des solutions fondées sur des faits :

  • Une stratégie de recrutement à l’échelle de la province
  • Un soutien en santé mentale étendu, adapté au stress et aux traumatismes vécus par les paramédics
  • Des salaires concurrentiels
  • Un engagement à consulter les travailleuses et travailleurs sur le terrain avant d’apporter des changements dans le domaine

« Ce gouvernement affirme vouloir éliminer la paperasse et épauler les travailleuses et travailleurs, renchérit Fred Hahn. S’il veut vraiment renforcer le système des services médicaux d’urgence de l’Ontario, il va devoir écouter les travailleuses et travailleurs qui lui disent qu’un Ordre est une couche inutile de bureaucratie et une distraction quant au vrai travail qui doit être fait. »