Jeudi, le Conseil consultatif en matière de croissance économique a exhorté le ministre des Finances Bill Morneau à accepter ses recommandations faisant appel à la création d’une Banque canadienne de développement de l’infrastructure. Ce geste encouragerait l’entreprise privée et les fonds de retraite à investir massivement dans l’infrastructure publique. Ce concept mis de l’avant par le conseil, qui, rappelons-le, se compose majoritairement de représentants du milieu des affaires, aurait pour conséquence de privatiser les infrastructures et les services publics dont les Canadiens se servent au quotidien.

« Quand il recommande la création d’une banque de développement de l’infrastructure, le conseil prépare la cannibalisation de l’infrastructure publique au pays, estime le président national du SCFP, Mark Hancock. Ce modèle entraînerait la privatisation d’actifs publics majeurs, chose qui profitera uniquement aux investisseurs institutionnels privés. »

En plus d’accroître les coûts, la privatisation creuse les inégalités, puisque les frais d’utilisation augmentent et que les exploitants diminuent le salaire et les avantages sociaux des travailleurs tout en augmentant la rémunération des hauts dirigeants.

Le gouvernement Trudeau affirme encore et encore qu’il souhaite aider la classe moyenne et s’attaquer aux inégalités. Donner plus de place à la privatisation ne l’aidera pas à atteindre ces objectifs.

« Qui dit intérêt privé dit retour sur l’investissement, rappelle Charles Fleury, secrétaire-trésorier national du SCFP. Ainsi, à terme, ce type de privatisation ne peut qu’entraîner une hausse des coûts pour la population. Le gouvernement peut emprunter à un taux inférieur à celui auquel a accès le privé, tout en se souciant d’un seul type de retour sur son investissement : le bien public. »

Ces recommandations ouvrent aussi la porte à une plus grande participation d’intérêts étrangers dans l’infrastructure canadienne, ce qui entraîne une autre série de problèmes. La présence d’intérêts privés étrangers expose nos gouvernements à des poursuites en vertu d’accords de libre-échange comme l’ALÉNA, l’AÉCG et le PTP.

Or, il existe des solutions de rechange. L’expert Matti Siemiatycki de l’Université de Toronto a proposé une forme de banque nationale d’infrastructure beaucoup plus constructive, qui permettrait de diminuer le coût de financement de l’infrastructure publique et d’accroître la responsabilisation et la transparence autour de ces décisions.

« La réponse du gouvernement Trudeau à ces recommandations constituera un moment de vérité, annonce M. Hancock. Soit il se pliera aux intérêts du milieu privé de la finance, soit il adoptera des politiques qui soutiendront réellement la croissance inclusive dont il parle constamment. J’espère qu’il choisira la seconde option. »