Une éducatrice membre du SCFP tire la sonnette d’alarme face à la crise déclenchée par les coupes drastiques du gouvernement fédéral en matière d’immigration. Mehak Kapoor, présidente du SCFP 5575, dénonce ce resserrement de l’immigration, une situation qui la contraint de quitter son emploi et qui porte préjudice aux travailleuses et travailleurs, de même qu’aux familles et aux communautés.

Son permis de travail temporaire ayant expiré le 16 mars, elle a dû démissionner et se préparer à quitter le pays. Beaucoup d’autres membres du SCFP partout au pays se trouvent dans la même situation, notamment dans les domaines de l’éducation à la petite enfance, de la santé, des soins de longue durée, de l’éducation et de l’enseignement postsecondaire.

« Quand une politique d’immigration change, ce n’est pas la paperasse qui change, c’est la vie des gens », a-t-elle lancé aux participant(e)s de la conférence annuelle du SCFP-Ontario pour les travailleuses et travailleurs des services sociaux, quelques jours avant que son permis n’expire.

Mehak Kapoor est éducatrice de la petite enfance à la Learning Enrichment Foundation, à Toronto. Après avoir étudié et acquis ses premières expériences professionnelles en Inde, elle a poursuivi sa formation au Canada et obtenu un permis de travail postdiplôme auprès du gouvernement fédéral. Ce permis lui a donné la chance de tisser des liens profonds avec les enfants et les familles d’ici.

« Établir un rapport humain est essentiel quand on travaille avec des enfants. Les enfants font confiance à leur éducateur ou éducatrice. Les familles se fient aux personnes qui s’occupent de leurs enfants. Mais avec le climat d’incertitude lié à l’immigration, les travailleuses et travailleurs risquent de devoir quitter leur emploi », avertit-elle.

Jess Tomas, qui travaille en éducation à la petite enfance et qui préside le SCFP 2484, a présenté Mehak Kapoor aux participant(e)s à la conférence. Iel a ensuite parlé de l’exploitation et de la précarité auxquelles font face les travailleuses et travailleurs migrants dans de nombreux secteurs, y compris celui de la petite enfance.

« On est vraiment à court de personnel. On ne peut pas prendre de congés de maladie. On ne peut pas prendre de vacances. Malgré ça, le gouvernement décide de renvoyer chez eux ces gens qualifiés qui sont venus s’installer ici. Et vous savez quoi? Dans cinq ans, le gouvernement va attirer une autre cohorte. Et on se retrouvera avec une nouvelle main-d’œuvre de migrant(e)s et d’immigrant(e)s invisibles dont on aura tiré le maximum avant de s’en débarrasser », déplore Jess Tomas.

Contrainte de quitter son emploi et le syndicat

Avec un permis de travail échu qui ne sera pas prolongé, Mehak Kapoor perdra son gagne-pain.

À la fin de 2024, le gouvernement fédéral – par l’entremise du ministère de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté – a modifié considérablement les politiques d’immigration. Résultat : on estime qu’environ 2,3 millions de personnes perdront leur permis de travail et risqueront l’expulsion d’ici la fin 2027. 

Mehak Kapoor n’a pas envie de quitter un travail qu’elle adore. « Ça me brise le cœur, je ne veux pas quitter mes enfants, confie-t-elle.

Je veux les voir dire leurs premiers mots, faire leurs premiers pas, apprendre mon nom et m’appeler, ou venir vers moi en courant pour me serrer dans leurs bras. »

Mehak Kapoor est aussi forcée de quitter son poste à la présidence du SCFP 5575 à un moment crucial pour la section locale, qui négocie actuellement sa première convention collective. Elle a participé à la syndicalisation des 24 lieux de travail de la Learning Enrichment Foundation quand l’employeur a annoncé une baisse des déjà trop faibles salaires.

« Avant l’arrivée du syndicat ici, j’avais beaucoup de mal à m’exprimer, et les autres aussi, car il y avait toujours cette discrimination subtile au travail liée à notre statut. La présence d’un syndicat a permis de créer un espace où les travailleuses et travailleurs peuvent dénoncer des choses, partager leurs expériences et se soutenir mutuellement », précise-t-elle.

Les coupes en immigration aggravent la pénurie de main-d’œuvre

Le secteur de la petite enfance dépend fortement des immigrant(e)s et des travailleuses et travailleurs titulaires d’un permis temporaire. Environ 20 pour cent des employé(e)s de la Learning Enrichment Foundation sont titulaires d’un permis de travail temporaire qui arrive à échéance cette année.

Mehak Kapoor souligne qu’il est difficile de trouver et de retenir du personnel en éducation à la petite enfance vu les bas salaires et les mauvaises conditions de travail – des problèmes contre lesquels elle-même ainsi que d’autres collègues et militant(e)s luttent.

Les coupes fédérales en immigration signifient que la pénurie de personnel en éducation à la petite enfance s’aggravera davantage et que les listes d’attente s’allongeront encore.

« Vous voulez vraiment chasser ces gens qui ont travaillé ici et contribué à l’économie canadienne? Ça n’a aucun sens », déplore-t-elle.

Mehak Kapoor remet en question la viabilité du programme de services de garde éducatifs à 10 $ par jour quand le Canada, au lieu d’accorder la résidence permanente aux travailleuses et travailleurs migrants, les oblige à quitter le pays ou à occuper des emplois précaires.

« On est en pleine crise dans notre secteur en ce moment, fait-elle remarquer. Comment peut-on imaginer que davantage de travailleuses et travailleurs viendront s’installer ici si c’est comme ça que les choses se passent? »

Appuyons les travailleuses et travailleurs migrants

Jess Tomas a appelé les participant(e)s à la conférence à soutenir leurs collègues syndiqué(e)s qui sont des travailleuses et travailleurs migrants.

« Le SCFP compte plus de membres ayant un statut d’immigration temporaire que jamais auparavant. Aux leaders dans cette salle : on vous a élu(e)s pour représenter vos membres. Si je ne suis pas là pour défendre les intérêts de mes collègues sur mon lieu de travail, qui d’autre le fera? »

Mehak Kapoor souligne l’importance de la syndicalisation pour elle.

« Faire partie d’un syndicat, c’est avoir une voix, me sentir soutenue et savoir qu’il y a des gens à mes côtés en tout temps. Parce que la solidarité n’a rien à voir avec le statut d’immigration d’une personne. »

Les sections locales peuvent négocier des protections pour les travailleuses et travailleurs migrants, notamment des congés et des lettres de recommandation, qui aideraient à préserver leur emploi et leur statut.

Mehak Kapoor a exhorté les participant(e)s à continuer de renforcer la solidarité entre travailleurs et travailleuses et à se battre pour faire changer les politiques d’immigration préjudiciables.

« Il faut reconnaître que les titulaires d’un permis temporaire sont avant tout des travailleuses et des travailleurs. Les droits du travail, la protection en milieu de travail et la dignité ne devraient jamais dépendre du statut d’immigration d’une personne. »

« Il faut des parcours clairs et équitables vers la résidence permanente, en particulier pour les travailleuses et travailleurs des secteurs essentiels comme l’éducation à la petite enfance ou les services sociaux. Si une personne étudie ici, travaille ici et contribue à la communauté, elle devrait avoir une véritable chance de rester. »

——–

Faites-vous entendre auprès de la ministre fédérale de l’Immigration, Lena Metlege Diab, pour exiger la résidence permanente pour les personnes migrantes, le renouvellement des permis de travail et la fin des permis de travail fermés, qui relèvent de l’exploitation.

Soutenez les membres de votre section locale qui ont un statut d’immigration temporaire. Pour consulter le guide de négociation du SCFP pour les membres titulaires d’un permis de travail temporaire, et pour explorer les fiches d’information et d’autres ressources visant à soutenir les membres migrant(e)s, allez à scfp.ca/droits-des-personnes-migrantes.

Pour en savoir plus sur Mehak Kapoor et les autres travailleuses et travailleurs migrants, lisez cet article du Toronto Star : https://www.thestar.com/news/canada/foreign-care-workers-working-in-canada-face-steep-barriers-to-staying/article_1313088c-d747-4a5e-a19c-fd9a22a7202d.html