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La semaine dernière, à Davos, en Suisse, le premier ministre Stephen Harper s’est adressé à l’élite des gens d’affaires du monde pour annoncer un étonnant recul dans le programme de Sécurité de la vieillesse du Canada.

On pourrait penser que la campagne électorale fédérale, qui a eu lieu il y a 10 mois, aurait été le moment idéal pour aborder le sujet.  Mais cela lui aurait coûté des votes et aurait sans doute empêché les conservateurs d’obtenir la majorité qu’ils convoitaient depuis si longtemps.

Le programme de Sécurité de la vieillesse (SV) du Canada est un élément fondamental du système de retraite du pays.  Avec les prestations mensuelles d’environ 500 $ en moyenne qu’il verse à compter de 65 ans, le programme représente une portion importante du revenu de nombreux retraités.  Si le droit à cette prestation est retardé jusqu’à l’âge de 67 ans, beaucoup de Canadiens qui voulaient prendre leur retraite à 65 ans ou avant devront revoir leurs projets.  Il faut examiner avec attention les aspects tant économiques que politiques qui ont motivé une telle mesure.

Sur le plan financier, les tendances démographiques indiquent que les coûts de la SV grimperont au cours des deux prochaines décennies.  Ce qui est aujourd’hui une dépense de 38 milliards de dollars aura dépassé les 100 milliards de dollars en 2030. Exprimées en part de l’économie, les dépenses de la SV passeront de 2,43 pour cent du PIB en 2012 à 3,16 pour cent en 2030, puis reviendront à 2,35 pour cent en 2060. Cela équivaut à une augmentation de moins de un pour cent à court terme et représente en fait un coût stable à long terme.

Comme pays, nous pouvons décider d’offrir ou non cet avantage.  En décrétant que nous ne pouvons pas nous permettre le statu quo, Stephen Harper a clairement décidé de dire aux futurs retraités qu’ils peuvent s’organiser sans les 12 000 $ par année qu’ils auraient autrement reçus et qu’ils devront attendre d’avoir 67 ans avant de toucher des prestations de la SV.  En somme, la plupart devront travailler jusqu’à 67 ans. M. Harper s’est prononcé en faveur des baisses d’impôts des sociétés et de l’intérêt des riches contre celui de la majorité des Canadiens.  

Il aurait pu annoncer que cette pierre angulaire du système de sécurité de la retraite du Canada ne sera pas modifiée, mais que des mesures concrètes seront prises pour régler le problème le plus urgent en matière de retraite au pays.  De nombreux Canadiens n’auront pas suffisamment d’épargnes pour répondre à leurs besoins à la retraite. 

L’autre choix évident pour le gouvernement conservateur de Stephen Harper aurait été de reconnaître que le moment est mal choisi, avec la morosité économique d’aujourd’hui, pour accorder des baisses d’impôts, que ce soit aux individus ou aux sociétés, et que son gouvernement ne réduira pas intentionnellement les revenus du pays à un moment où il est difficile de payer les factures. 

Les conservateurs savent très bien que près des deux tiers des Canadiens n’ont pas de système d’épargne au travail. Ils savent aussi que les employeurs du secteur privé ne veulent plus offrir de régimes de retraite privés adéquats. Je soupçonne qu’ils savent que le système de REER du pays est un échec, en ce sens que sept Canadiens sur dix n’y cotisent pas. Et ils savent que leurs Régimes de pension agréés collectifs, en vertu desquels la participation des employés est obligatoire, mais pas celle des employeurs, sont voués à l’échec.

On pourrait graduellement bonifier le Régime de pensions du Canada en augmentant les primes des travailleurs et des employeurs jusqu’à ce que les prestations du RPC et du RRQ doublent, ou jusqu’à ce que, en dollars d’aujourd’hui, la prestation maximale atteigne autour de 20 000 $.  C’est ce genre de solution dont le pays a besoin. Ces primes accrues seraient abordables pour les travailleurs et les employeurs canadiens et permettraient de réduire les coûts de la SV.

Mais ce type de leadership ne viendra pas de Stephen Harper pour quelques raisons clés.

Stephen Harper ne croit pas à cet engagement collectif envers les Canadiens.  Il accepte les conseils de certains employeurs qui considèrent la bonification du RPC comme une taxe sur la masse salariale, une taxe qu’ils ne veulent pas payer.  Il subirait aussi des pressions énormes de la part des industries bancaire et financière du Canada, qui adorent exiger les frais de gestion les plus élevés du G-7 pour s’occuper d’instruments d’épargne privés.

La stratégie de Stephen Harper consiste à diminuer la taille du gouvernement et à nous dire ce que nous ne pouvons pas nous permettre.  Ce faisant, il évite de s’attaquer au vrai problème de l’insécurité à la retraite du pays et impose des concessions aux travailleurs d’aujourd’hui, dont beaucoup ne pourront pas rester dans la main-d’œuvre active après l’âge de 65 ans.

Je pensais qu’il aurait fallu plus de temps avant que l’arrogance dont souffrent beaucoup de gouvernements majoritaires se fasse sentir chez Stephen Harper. J’avais tort, si j’en juge par le ballon d’essai qu’il a envoyé en Suisse.