Depuis plus de 30 ans, les politicien(ne)s nous disent qu’il faut restreindre les dépenses publiques pour résoudre les difficultés économiques. Qu’il s’agisse d’une récession, d’une forte inflation ou de l’instabilité causée par les droits de douane de Trump, on nous présente toujours « l’équilibre budgétaire » comme la solution — même lorsque le problème n’a rien à voir avec un excédent des dépenses gouvernementales.

Il n’est donc pas surprenant que le déficit fédéral soit devenu un élément central du budget fédéral de 2025. Voici le plan du premier ministre Mark Carney pour « équilibrer le budget de fonctionnement » d’ici 2029 : réduire la plupart des budgets des ministères de 15 % sur quatre ans et imposer des licenciements massifs dans la fonction publique fédérale.

Après le dépôt du budget au parlement, le chef de l’opposition conservatrice Pierre Poilievre a tiré la sonnette d’alarme quant au déficit annoncé s’élevant à 78 milliards de dollars pour 2025-2026.

Toutefois, la situation alarmante dont les élu(e)s ne parlent pas, c’est la dette colossale que les ménages canadiens ont accumulée au cours de trois décennies de coupes dans le financement fédéral.  

À l’automne 2025, il a été rapporté qu’au Canada la dette des ménages s’élevait à 3 200 milliards de dollars. En moyenne au Canada, les travailleuses et travailleurs ont une dette de 1,76 $ pour chaque dollar gagné.

Mark Carney n’a cessé de répéter que, parmi les pays du G7, le Canada affiche l’un des plus faibles ratios de la dette publique au PIB. Mais ce qu’il ne mentionne pas, c’est qu’au Canada, le ratio d’endettement des ménages par rapport au PIB est le plus élevé du G7, tout comme le ratio d’endettement des ménages par rapport au revenu disponible, qui était d’environ 176 % à la fin de 2025.

Les discours alarmistes des partis politiques et des médias sur la dette publique trouvent souvent écho chez la population, car beaucoup d’entre nous connaissent la réalité d’avoir des dettes. Le bon sens nous dit que contracter de lourdes dettes, sans stratégie pour les rembourser, n’a rien de judicieux. Pourtant, l’endettement total des Canadien(ne)s ne cesse d’augmenter.

Les dettes constituent une source majeure de stress pour beaucoup d’entre nous et, malheureusement, un nombre croissant de ménages n’a d’autres choix que de recourir à l’emprunt pour joindre les deux bouts. Alors que les personnes aux revenus les plus élevés ont accru considérablement leurs épargnes au cours des dernières années, celles aux revenus les plus faibles se sont endettées de plus en plus sans parvenir à épargner.

Pour les gens ordinaires, l’endettement est un fardeau stressant qu’il faut souvent assumer pour survivre. Mais pour les gouvernements, il est tout à fait normal d’afficher un déficit budgétaire dans leurs opérations, même s’ils prétendent le contraire.

Il est important de se rappeler qu’on ne peut pas mettre la dette publique et celle des ménages dans le même panier.

Il existe toutefois un lien entre ces deux types de dette, car les efforts visant à réduire la dette publique peuvent entraîner une hausse de la dette des ménages.

Depuis plus de 30 ans, les gouvernements tentent principalement de réduire la dette publique en sabrant les services. En conséquence, beaucoup trop de personnes au Canada ont du mal à joindre les deux bouts. Ce n’est pas parce qu’un gouvernement coupe des services publics que les gens n’en ont soudainement plus besoin. Les coûts de ces programmes sont plutôt refilés à la population, souvent aux personnes qui en ont le plus besoin. Ce n’est pas une coïncidence si les inégalités de revenus atteignent des niveaux records, et si les ménages à faibles revenus accumulent des dettes écrasantes.

Selon une étude nationale menée par Nanos Research en 2025, une personne sur cinq a omis de payer une facture au cours de la dernière année afin de pouvoir acheter de la nourriture. Et en octobre 2025, Statistique Canada rapportait que plus d’une personne sur quatre (27,7 %) a du mal à subvenir à ses besoins essentiels, comme se déplacer, s’alimenter et s’habiller.

Pendant ce temps, les coûts de la nourriture et du logement continuent d’augmenter plus rapidement que l’inflation globale, et les écarts de richesse deviennent de plus en plus marqués. Le gouvernement doit agir de toute urgence pour combattre efficacement cette insécurité économique généralisée.

Notre réalité économique de plus en plus difficile résulte de décennies de politiques d’austérité qui privilégient la création et l’accumulation de richesses au détriment du bien-être des travailleuses et travailleurs et de leurs communautés. Mais la trame pourrait être différente.

Les gouvernements peuvent et doivent investir pour créer une société plus égalitaire où les gens vivent dignement et confortablement. En investissant dans les programmes et les services publics, l’État remet de l’argent dans les poches des travailleuses et travailleurs et aide à prévenir le recours accru à l’endettement pour subsister.

Au lieu d’avantager les grandes entreprises, d’accorder des allégements fiscaux et de chercher des moyens de réduire le déficit à court terme, les libéraux devraient élargir des programmes comme l’assurance médicaments, le régime de soins dentaires et le système pancanadien d’apprentissage et de garde des jeunes enfants. Voilà les véritables priorités des ménages canadiens et ce qui fera une réelle différence dans la vie des travailleuses et travailleurs et de leurs familles.