Une nouvelle analyse réalisée par le Centre canadien de politiques alternatives (CCPA) révèle que la majorité des 136 hôpitaux ontariens traînent un déficit opérationnel depuis 2022, ce qui met à risque le système de santé public, déjà fragilisé.
Dans son article intitulé « Failure, By Design: Ontario’s deepening hospital funding crisis », Andrew Longhurst, chercheur principal au CCPA, conclut que l’augmentation annuelle du coût de fonctionnement des hôpitaux de 6 %, jumelé au sous-financement gouvernemental, entraîne des conséquences néfastes qui empêchent l’accès aux soins en temps opportun.
« Ces trois dernières années, nos études montrent que la hausse prévisible des coûts de fonctionnement s’accompagne invariablement d’un sous-financement de la part du gouvernement provincial, explique le chercheur. Or, en deçà de 6 % d’augmentation annuelle, il n’est pas possible de répondre aux besoins de la population. La crise actuelle était évitable, mais elle ne cesse d’empirer. »
Voici quelques constats établis dans l’article.
● Les petits hôpitaux et les établissements en milieu rural sont les plus touchés :
– Les hôpitaux dont le budget de fonctionnement n’atteint pas 100 millions de dollars présentent un déficit disproportionné en 2024-2025;
– Les petits établissements, qui représentent 49 % des hôpitaux de la province, comptent pour 61 % des établissements en déficit.
● Les mesures d’austérité nuisent aux soins, comme en témoigne l’augmentation du temps d’attente vécue par 90 % des patient(e)s :
– Le temps d’attente pour une évaluation à l’urgence a grimpé de 67 % entre 2020 et 2025;
– Durant la même période, le nombre d’heures avant l’admission à l’hôpital a crû de 52 %.
● Le gouvernement de l’Ontario a induit les gens en erreur par rapport aux dépenses en santé :
– Le gouvernement affirme que les dépenses en santé sont intenables alors qu’elles sont à peine passées de 7,4 % à 7,6 % du PIB entre 2014 et 2023, ce qui place l’Ontario au dernier rang des provinces et territoires canadiens en ce qui concerne les dépenses en soins hospitaliers et les dépenses totales en santé par personne en 2023;
– Le gouvernement ontarien prétend également que l’économie des soins ne fait pas partie de la « vraie économie », bien qu’une personne sur cinq travaillait dans ce secteur en 2024 – pour un total de 1,4 million d’emplois.
« L’austérité financière dont fait preuve le gouvernement, de même que son attitude méprisante envers le personnel de la santé ne nuit pas qu’aux travailleuses et travailleurs : elle nuit aussi aux patient(e)s et aux communautés qui dépendent de leurs compétences et de leur engagement, met en garde Andrew Longhurst. Voilà qui contribue à la détérioration des conditions de travail, aux difficultés de recrutement dans le secteur et aux suppressions de postes actuelles. »
« Nous recommandons vivement au gouvernement provincial d’adopter des mesures drastiques pour remédier au sous-financement des hôpitaux et au manque criant de ressources au lieu de faire des mises à pied. Pour éviter des conséquences désastreuses pour la population, les établissements ont besoin d’un financement prévisible qui augmente de 6 % par année. »
Michael Hurley, président du Conseil des syndicats d’hôpitaux de l’Ontario, la Division des soins de santé du SCFP, fait remarquer que l’augmentation considérable des temps d’attente date d’avant la dernière ronde de suppressions de postes dans les hôpitaux entamée à la fin de la dernière année.
« Les chiffres sont sans équivoque : nos hôpitaux ont besoin de davantage de personnel et de capacité pour offrir une meilleure qualité de soins tout en réduisant les temps d’attente ainsi que la médecine de couloir. Le refus obstiné du gouvernement de compenser l’augmentation des coûts de fonctionnement nous fait reculer : des postes sont supprimés chaque jour alors même que le manque de personnel asphyxie le système. Il va sans dire que ce choix politique est voué à l’échec. »
