Un nouveau rapport révèle que l’élargissement des services éducatifs à la petite enfance abordables en Ontario a généré d’importantes retombées économiques pour la province, même si celle-ci tarde à mettre en œuvre le nouveau programme national.
Le rapport, rédigé par l’économiste Jim Stanford, affilié au Centre for Future Work, conclut que le PIB de l’Ontario était supérieur de 13,6 milliards de dollars en 2024 à ce qu’il aurait été si les services d’apprentissage et de garde des jeunes enfants n’avaient pas été élargis en 2019.
Cette croissance a généré environ 2,25 milliards de dollars supplémentaires en recettes provinciales en 2024 seulement. Ce montant dépassait légèrement les fonds provinciaux investis dans l’éducation à la petite enfance cette année-là, ce qui signifie que le programme se rentabilise par une hausse de l’activité économique.
- Création d’emplois : En Ontario, plus de 17 000 nouveaux emplois ont été créés dans le secteur des services éducatifs à la petite enfance depuis 2019, et on prévoit que la rémunération sectorielle totale dépasse 3 milliards de dollars en 2026.
- Meilleure place des femmes sur le marché du travail : Le taux d’activité des Ontariennes âgées de 25 à 54 ans a augmenté de 2 points de pourcentage entre 2019 et 2026, une hausse supérieure à la tendance nationale. Ce changement, combiné au fait que de plus en plus de femmes passent d’un emploi à temps partiel à un emploi à temps plein, a fait entrer 81 500 équivalents temps plein dans l’économie provinciale.
- Amélioration de la qualité des emplois : Le taux de rémunération hebdomadaire moyen des travailleuses et travailleurs en éducation à la petite enfance a augmenté de 39 % depuis 2019, et le nombre moyen d’heures de travail par semaine est passé de 26 à 31.
« Les services d’apprentissage et de garde des jeunes enfants abordables et de bonne qualité sont essentiels au progrès économique a déclaré Jim Stanford. Les données confirment que même le lancement partiel et inégal du programme national en Ontario a eu un effet bénéfique sur l’économie. Toutefois, en n’atteignant pas ses cibles de création de nouvelles places et de réduction des frais, la province se prive de milliards de dollars de croissance économique potentielle. »
Malgré les gains économiques réalisés, le rapport soulève d’importantes inquiétudes quant aux engagements du gouvernement de l’Ontario à l’égard du système pancanadien d’apprentissage et de garde des jeunes enfants. L’accord actuel de l’Ontario prendra fin en mars 2027, et la province accuse toujours un retard de 25 % par rapport à son objectif de création de nouvelles places pour les enfants de moins de six ans. De plus, alors que l’objectif national est d’offrir des services à 10 $ par jour, la moyenne quotidienne est actuellement de 19 $ en Ontario, avec un plafond de 22 $. Le rapport critique également le recours massif aux exploitants à but lucratif, qui assurent 44 % des places en services d’apprentissage et de garde à temps plein, un modèle que l’auteur associe à une qualité moindre des services et à un taux de roulement plus élevé du personnel.
« Si le gouvernement provincial avait été plus rapide et assidu à profiter de l’aide fédérale, les gains auraient été encore plus élevés », estime Carolyn Ferns, coordinatrice des politiques publiques et des relations gouvernementales à la Coalition ontarienne pour de meilleurs services éducatifs à l’enfance. « Les parents font toujours face à des listes d’attente interminables et à des coûts trop élevés. Il faut que la province cesse d’être réticente et s’engage en signant un accord de cinq ans avec le fédéral, et augmente son financement des services éducatifs à la petite enfance dans le prochain budget. »
La crise actuelle des effectifs est l’un des enjeux mentionnés dans le rapport. Bien que le revenu réel du personnel de la petite enfance ait augmenté de 15 % depuis 2019, le salaire demeure largement inférieur aux autres professions demandant une formation similaire.
« Si les chiffres sont aussi beaux, c’est notamment grâce au travail fourni par les éducatrices et éducateurs, qui pourtant attendent encore un salaire à la hauteur de leur expertise », rappelle Amber Straker, directrice générale de l’Association of Early Childhood Educators Ontario. « Pour pallier la pénurie de plus de 10 000 éducatrices et éducateurs de la petite enfance, le gouvernement doit établir une grille salariale équitable pour l’ensemble de la province. Il faut investir dans les effectifs, c’est la seule façon d’assurer la qualité et la durabilité du système d’éducation à la petite enfance, sur lequel repose une partie de l’économie de la province. »
Le rapport se termine par des recommandations au gouvernement de l’Ontario, notamment la signature d’un accord pour avoir du financement jusqu’en 2031, l’élimination des « déserts de services » et le respect de la promesse d’offrir les services à 10 $ par jour.
« Si le gouvernement provincial ne s’engage pas pleinement dans ce système universel, d’énormes retombées économiques seront gaspillées », conclut Jim Stanford.