Un rapport de Sudbury confirme la crise de rétention du personnel paramédical : les travailleuses et travailleurs réclament des actions

Un nouveau rapport de la Ville de Sudbury confirme ce dont les paramédics nous préviennent depuis des années : les services paramédicaux municipaux peinent à retenir leur personnel expérimenté.

Reçu le 15 juin dernier par le Comité des services communautaires et d’urgence de Sudbury, ce rapport indique qu’entre 2020 et 2025, la municipalité a embauché 116 paramédics, soit près de 69 % de ses effectifs actuels, alors que la taille du service n’a pratiquement pas changé. Le SCFP 4705, qui représente environ 200 paramédics et membres du personnel logistique dans le Grand Sudbury, affirme que les données montrent des difficultés de rétention de longue date qui nécessitent immédiatement des mesures urgentes.

« Depuis des années, on agite le drapeau rouge quant aux problèmes de recrutement et de rétention, et on propose des solutions à la table de négociation. Malgré tout, on se fait dire que les effectifs sont stables », souligne Srdjan Andrejic, paramédic en soins de première ligne fort de 11 ans d’expérience et président d’unité interne du SCFP 4705. « Maintenant, ce sont les propres rapports de la municipalité qui confirment ce que l’ensemble des paramédics savent déjà. La question reste de savoir si le conseil municipal va réagir avant que les résident(e)s ne subissent les conséquences engendrées par l’attrition continue du personnel expérimenté et par les pressions croissantes exercées sur un service déjà à bout de souffle. »

Le rapport montre aussi qu’environ la moitié des paramédics en soins de première ligne cumulent maintenant moins de cinq années de service, tandis que le nombre de paramédics en soins avancés est passé de 69 à 57 entre 2020 et 2025. Le service repose donc de plus en plus sur les épaules d’un effectif moins expérimenté.

« La subvention Apprendre et rester nous a permis de souffler un peu, mais n’a rien pu faire pour amener une stabilité à long terme, poursuit Srdjan Andrejic. Même les données de la Ville prouvent que les paramédics chevronné(e)s quittent le service à mesure qu’on en embauche des nouveaux et nouvelles. On ne peut pas s’attendre à ce que des personnes décident de rester de leur plein gré si elles sont moins bien payées pour en faire plus tout en étant exposées aux traumatismes et aux blessures. Chaque fois que des paramédics d’expérience partent, c’est aussi leur jugement et leur formation cliniques qui disparaissent, et c’est une perte qui finira par se répercuter sur la communauté. »

D’autres municipalités ontariennes ont adopté des plans de rétention pour leur personnel expérimenté. Toronto a mis en place un incitatif annuel et une progression salariale accélérée pour les paramédics, tandis que la région de Peel a négocié des augmentations salariales substantielles et bonifié les avantages sociaux relatifs à la santé mentale et à l’invalidité. 

Pendant ce temps, sans stratégie à long terme comparable, Sudbury est confrontée à l’exode de son personnel chevronné, qui demeure moins bien rémunéré que dans les services voisins et chez les autres premières et premiers répondants. Les paramédics à temps partiel n’ont droit qu’à de minimes avantages sociaux en santé mentale, et doivent souvent débourser de leur poche pour consulter des psychologues. On les oblige aussi à être disponibles en tout temps ou à prendre des congés sans solde pour se soigner ou pour passer du temps en famille.

Ces défis en ressources humaines surviennent alors que le Grand Sudbury n’arrive toujours pas à satisfaire aux exigences provinciales relatives aux délais d’intervention ambulancière, notamment pour les arrêts cardiaques et les urgences médicales prioritaires.

« On accueille à bras ouverts ce nouveau comité permanent, de même que toutes les initiatives destinées à allouer ressources et énergie à ce problème. Mais les membres du comité vont devoir inviter les travailleuses et travailleurs à la table pour résoudre cette crise », ajoute Max Lafontaine, président du SCFP 4705, qui représente plus de 1 500 travailleuses et travailleurs de la région du Grand Sudbury. « Le conseil municipal doit prendre une décision : agir avant que la crise ne s’envenime ou expliquer aux résident(e)s pourquoi il a ignoré les avertissements. En cette année électorale, l’avenir des services médicaux d’urgence devrait faire partie des priorités de chaque candidat(e). »