Un nouveau rapport révèle que les fonds pour les dépenses courantes des hôpitaux ont chuté de 2,2 milliards de dollars depuis 2020

La crise des hôpitaux de l’Ontario a atteint un point critique, selon un nouveau rapport publié aujourd’hui par le Conseil des syndicats d’hôpitaux de l’Ontario du SCFP (CSHO-SCFP). Intitulé, Au bord du précipice : les hôpitaux de l’Ontario de plus en plus attaqués, le rapport s’appuie sur les données les plus récentes pour mettre en lumière les conditions désastreuses dans lesquelles se trouvent les hôpitaux avec la politique d’austérité de Doug Ford. 

Au cours des six dernières années, les hôpitaux de l’Ontario ont vu leur fonds de roulement (qui sert à couvrir les dépenses quotidiennes comme les salaires ou le matériel médical) chuter dramatiquement. Entre 2020 et la fin de l’année dernière, ce chiffre est passé de 2 milliards de dollars à moins de 280 millions. Beaucoup d’hôpitaux ont été contraints d’emprunter de l’argent pour joindre les deux bouts.

Selon le rapport, le sous-financement délibéré, le manque de personnel et la privatisation accrue des services hospitaliers ont entraîné la fermeture de services d’urgence, l’allongement du temps d’attente et une baisse de la qualité des soins dans toute la province. 

 

Des restrictions budgétaires qui aggravent la crise du secteur hospitalier

Malgré des coûts qui augmentent de plus de 6 % par année, le gouvernement Ford compte n’augmenter que de 3,3 % le financement accordé aux hôpitaux pour l’exercice 2026-2027. 

« Les hôpitaux ont besoin d’une augmentation annuelle de 6 % juste pour maintenir leurs services », souligne Michael Hurley, président du CSHO-SCFP, qui représente 40 000 travailleuses et travailleurs du milieu hospitalier dans la province. « Année après année, le gouvernement Ford a réduit les budgets des hôpitaux en chiffres absolus, obligeant la fermeture de lits et une réduction du personnel, alors même que la population vieillissante a plus que jamais besoin de ces services. » 

En parallèle, la pression sur les coûts et la demande ne cessent de croître. Les hospitalisations ont sensiblement augmenté dans la dernière décennie, avec 2 millions de journées d’hospitalisation de plus, et une durée moyenne de séjour 15 % plus longue. 

D’après les données de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS), les hôpitaux de l’Ontario sont les moins bien financés du pays. 

Pendant sa campagne électorale, Doug Ford avait promis de mettre fin à la « médecine de couloir ». Celle-ci aurait plutôt doublé sous sa direction, selon le SCFP : le nombre quotidien moyen de patient(e)s dans les couloirs est passé de moins de 1 000 en 2018 à près de 2 000 en 2024. Le manque de capacité a, quant à lui, entraîné des taux d’occupation des lits alarmants, ceux-ci dépassant fréquemment le seuil de sécurité de 80 % et atteignant même plus de 90 % dans la majorité des hôpitaux de la province. 

 

Une pénurie chronique de personnel malgré une hausse de la demande 

Les déficits d’exploitation des hôpitaux ont dépassé les 400 millions de dollars en 2025. Malgré des niveaux d’effectifs déjà nettement inférieurs à ce qu’on trouve dans le reste du pays, les hôpitaux de l’Ontario tentent encore de pallier ce manque à gagner en supprimant des postes. Plus de 1 300 emplois ont ainsi été supprimés au cours de la dernière année seulement. 

« Le financement réduit est à l’origine de la crise du personnel dans les hôpitaux de l’Ontario, poursuit Michael Hurley. Dans toute la province, nous avons vu des services d’urgence régulièrement contraints de fermer, sans parler du temps d’attente qui ne cesse d’augmenter partout. Les patient(e)s souffrent. C’est vraiment inacceptable! »

 

Le coût réel de la privatisation

Tandis que le financement public s’effrite d’un côté, les investissements dans les services de santé privés, eux, ont augmenté. Le gouvernement Ford invoque principalement le temps d’attente pour justifier la privatisation, mais des études prouvent que bien loin d’aider à régler le problème, la privatisation nuirait. L’exemple des chirurgies de la cataracte en Ontario est éloquent : les patient(e)s ont vu le temps d’attente augmenter de 12 % depuis l’arrivée des cliniques privées.

« La privatisation n’est pas la solution : les études sont sans équivoque. Lorsque nous privatisons des services, non seulement la qualité des soins s’en trouve affectée, mais nous payons également beaucoup plus cher pour des temps d’attente plus longs, des retards supplémentaires dans les traitements et un accès réduit pour tous, sauf les plus fortuné(e)s », ajoute le président du CSHO-SCFP. 

Le SCFP demande à ce que le gouvernement ontarien s’engage à investir 5 milliards de dollars dans le secteur hospitalier de la province pour pallier le manque croissant de capacités et de moyens financiers nécessaires à une dotation en personnel et à une prise en charge des patient(e)s adéquates. Offrir un financement pluriannuel, mettre fin à la privatisation et fixer un ratio infirmière/patient(e)s figurent également parmi les solutions proposées pour faire face à cette crise qui ne cesse de s’aggraver. 

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