À peine une semaine après le rassemblement organisé par les travailleuses et travailleurs du Scarborough Health Network (SHN) pour dénoncer la pénurie chronique de personnel et la montée de violence dans le milieu de travail hospitalier, la ministre de la Santé de l’Ontario, Sylvia Jones, a annoncé mardi que le gouvernement Ford procédera à la construction d’un nouveau service des urgences à l’hôpital Centenary.
Parallèlement, les 2 500 travailleuses et travailleurs de première ligne du Scarborough Health Network (SHN) représentés par le SCFP voient la crise du personnel s’accentuer alors que les hôpitaux, aux prises avec un déficit de 36 millions de dollars, continuent de couper des postes.
L’annonce ne prévoyait aucune contribution au budget de fonctionnement ni n’abordait la question du déficit.
« Agrandir le service des urgences ne résoudra pas le problème du temps d’attente si rien n’est fait pour remédier au manque de personnel », a insisté Stacy James, présidente du SCFP 5852. « Le manque de ressources et d’effectif crée des conditions dangereuses pour les employé(e)s comme pour les patient(e)s. Le personnel est épuisé, mentalement et physiquement, par la charge de travail. Il faut d’abord se donner les moyens de résoudre ces problèmes avant de construire un nouveau bâtiment. »
En septembre 2025, la province a exigé que les hôpitaux déficitaires soumettent des plans de réduction des dépenses sur trois ans afin de remédier à leurs déficits croissants et d’équilibrer leurs budgets. Cette demande a entraîné la suppression de 1 300 emplois dans le secteur l’an dernier seulement. De nombreux hôpitaux ont été obligés d’emprunter pour couvrir leurs dépenses quotidiennes, comme les fournitures médicales et les salaires.
Le syndicat demande au gouvernement provincial d’éponger le déficit des hôpitaux et d’augmenter leur budget de fonctionnement pour faire face à la pression croissante sur les coûts.
« On ne réglera pas la crise de la main-d’œuvre en injectant d’un côté des fonds dans de nouvelles infrastructures, puis en réduisant de l’autre les budgets de fonctionnement, en dollars constants, des hôpitaux déjà là! Scarborough est une ville densément peuplée et insuffisamment desservie en matière de soins hospitaliers. Ces lits supplémentaires sont nécessaires, mais en aucun cas ils ne doivent remplacer le financement adéquat des services existants », soutient Michael Hurley, président du Conseil des syndicats d’hôpitaux de l’Ontario (CSHO-SCFP), qui représente 46 000 travailleuses et travailleurs du milieu hospitalier dans la province. « Si son déficit n’est pas comblé, le SHN devra réduire à la fois ses effectifs et ses services : c’est aussi simple que cela. Cette annonce ne vient que cruellement détourner l’attention au lieu d’offrir une solution. »
Le personnel du SHN est majoritairement composé de femmes et de personnes racisées qui sont confrontées à une recrudescence de la violence au travail en raison de la pénurie de personnel. Un sondage mené par le SCFP fin 2025 auprès du personnel du SHN a révélé que 42 % des répondant(e)s avaient déjà vécu de la violence au travail, et même de la violence physique (20 %). Les incidents de violence augmentent quand les patient(e)s n’en peuvent de l’attente interminable dans des salles souvent bondées et des soins insuffisants dus au manque de personnel.
Plus tôt ce mardi, le CSHO-SCFP a publié un rapport intitulé Au bord du précipice : les hôpitaux de l’Ontario de plus en plus attaqués pour montrer comment les attaques qui se multiplient contre les hôpitaux de l’Ontario les mettent au bord du gouffre. Selon cette étude, le fonds de roulement des hôpitaux de la province a chuté de plus de 2,2 milliards de dollars depuis six ans.