Points saillants
- Le gouvernement Carney a les moyens d’investir dans les travailleuses et travailleurs et les services publics.
- Le budget ouvre plutôt la voie à la privatisation de ce que nous avons passé des générations à bâtir collectivement, comme notre système de santé et nos aéroports.
- Les hausses insuffisantes des transferts en matière de santé et de programmes sociaux ne permettront pas de préserver les services existants, notamment en santé et en éducation à la petite enfance, encore moins de les améliorer.
- La vie sera plus difficile et moins abordable pour les travailleuses et travailleurs, tandis que les milliardaires s’en mettront plein les poches.
La guerre commerciale avec les États-Unis nuit aux industries, aux travailleuses et travailleurs, et aux communautés. Toutefois, les scénarios les plus pessimistes ne se sont pas concrétisés; le gouvernement fédéral se retrouve donc dans une meilleure situation financière que prévu. Le déficit budgétaire et la dette fédérale sont moins élevés qu’escomptés par rapport à la taille globale de l’économie. Malgré des réductions d’impôt colossales, les recettes sont en hausse et devraient dépasser de 3 % les prévisions pour la prochaine année.
Le Canada n’est pas sorti du bois pour autant. L’horizon laisse présager d’éventuelles tempêtes économiques en raison de l’instabilité politique mondiale, de la crise climatique et de la propagation rapide de l’IA et d’autres changements technologiques.
Fort d’un bilan financier meilleur qu’escompté et devant les défis économiques à venir, le gouvernement fédéral avait une option évidente : investir dans les gens qui font la force de notre pays.
Mais ce n’est pas ce que fait le budget 2026.
Au contraire, il ouvre la voie à la privatisation d’actifs bâtis et financés par la population canadienne au fil des générations. Il parle beaucoup d’abordabilité, mais n’offre que des solutions de fortune. De plus, il sous-finance des services publics essentiels qui créent des emplois et contribuent à la prospérité de notre économie.
Le budget 2026 affaiblit notre économie. Bien que certaines mesures soient positives, dans l’ensemble, le budget n’investit pas suffisamment dans les travailleuses et travailleurs et les services publics.
Privatisation
Le budget 2026 est une aubaine pour les milliardaires avides de nouveaux investissements. Il fait progresser les projets de concession de l’exploitation des quatre plus grands aéroports du Canada et prévoit verser les revenus générés au Fonds pour un Canada fort. Le budget alloue 37,6 millions de dollars sur trois ans à la concession d’un premier aéroport à des investisseurs privés, notamment les caisses de retraite, dans le cadre d’une entente de 40 à 50 ans qui contribuera à financer le Fonds pour un Canada fort.
Le budget laisse entrevoir une vague encore plus importante de privatisation d’actifs fédéraux. Le nouveau fonds d’investissement souverain sera en grande partie financé par les profits provenant d’infrastructures publiques et d’autres actifs publics et servira à subventionner les profits privés et à stimuler la privatisation. Ce fonds détourne la richesse collective pour alimenter un cycle sans fin de privatisation. Il ouvre également la porte encore plus grand aux investissements du secteur privé de l’assurance vie dans les infrastructures publiques.
Le budget annonce un changement à la Banque de l’infrastructure du Canada (BIC) qui pourrait mettre fin à son mandat légal d’attirer des investisseurs privés. Le cas échéant, la BIC ne serait plus un acteur clé de la privatisation. Il faudra obtenir davantage de détails à ce sujet.
Éducation à la petite enfance, santé et enseignement postsecondaire
Le budget ne changera rien au déploiement lent, partiel et incertain du programme fédéral d’apprentissage et de garde des jeunes enfants. Plus tôt cette année, le gouvernement a annoncé un nouvel investissement de 5,4 milliards de dollars sur deux ans dans le système pancanadien d’apprentissage et de garde des jeunes enfants. Ce montant est loin d’être suffisant pour assurer la mise en œuvre complète du programme, qui nécessite notamment l’amélioration des conditions de travail dans le secteur.
Le budget 2026 recycle cette annonce sans prévoir de nouveaux investissements, tout en laissant le Fonds d’infrastructure pour l’apprentissage et la garde des jeunes enfants venir à échéance. Sans un plan à long terme pour recruter plus de travailleuses et travailleurs et construire de nouvelles installations, le programme risque de s’effondrer.
Tout en annonçant des réductions d’impôts colossales, le budget 2026 maintient la diminution du financement en santé de 1,8 milliard annuellement pour les prochaines années. Ces coupes ne feront qu’accroître les pressions en faveur de la privatisation d’un système gravement sous-financé.
Le budget 2026 fait fi de la crise du financement qui frappe les universités et les collèges du pays. Même s’il prévoit le financement de certaines initiatives en matière d’apprentissage, il s’agit de programmes indépendants et non de mesures visant à améliorer la capacité du réseau public d’enseignement postsecondaire.
Mégadéduction à la productivité
La Mégadéduction à la productivité est un chèque en blanc pour les grandes entreprises du Canada. Elle leur permet de déduire d’un seul coup la totalité de leurs investissements en capital, plutôt que de les étaler au fil du temps.
Le gouvernement affirme que cette mesure stimulera les investissements et créera de nouveaux emplois, mais il se berce d’illusions. Les industries à forte intensité capitalistique, comme celles du pétrole et du gaz, en bénéficieront largement, contrairement aux entreprises à forte intensité de main-d’œuvre. Les entreprises rentables recevront des crédits d’impôt pour des investissements qu’elles planifiaient déjà faire, sans même être tenues de s’approvisionner au Canada.
En l’absence d’une politique industrielle pour encadrer les investissements et assurer la création d’emplois, cette mesure est un énorme cadeau qui pourrait simplement gonfler les marges de profits d’entreprises nationales et internationales qui exercent leurs activités au Canada. Cette déduction représentera 36 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années. Le coût annuel de cette déduction est deux fois plus élevé que l’augmentation annuelle des dépenses en santé.
Logement
Le budget 2026 prévoit des mesures notables pour lutter contre l’itinérance et investit 11,2 milliards de dollars sur quatre ans dans les logements avec services de soutien, la santé mentale et les services intégrés, le programme de lutte contre l’itinérance chez les vétérans et le renouvellement de l’Allocation canadienne pour le logement. Toutefois, le financement ne débutera qu’en 2027-2028, un choix injustifié devant l’urgence d’agir.
La façon dont ces fonds seront dépensés est tout aussi importante. Pour l’instant, rien ne garantit qu’ils seront exclusivement versés aux fournisseurs municipaux et à but non lucratif qui possèdent l’expérience nécessaire pour proposer des programmes adaptés aux besoins des personnes et des communautés. Les fournisseurs à but lucratif sont moins susceptibles d’offrir des programmes efficaces.
En ce qui concerne la construction de logements hors marché, le budget 2026 poursuit la tradition du financement au compte-gouttes et ne définit pas clairement la notion d’abordabilité. De plus, les fonds seront attribués par l’entremise de Maisons Canada, qui, jusqu’à présent, a majoritairement financé des projets déjà en développement.
Municipalités
Le budget 2026 n’offre aucune aide aux municipalités. Les annonces en matière d’infrastructure laissent entendre que le financement restera assujetti aux lourdeurs administratives des partenariats public-privé qui sont coûteux et risqués. Le budget alloue également 100 millions de dollars sur trois ans pour l’adoption de l’IA dans le traitement des demandes de permis de construction, ce qui pourrait mener à des pertes d’emplois et écarter une expertise essentielle en planification.
Électricité
Le SCFP réclame depuis longtemps la création d’un réseau électrique est-ouest alimenté par de l’énergie propre. Le budget 2026 prévoit des investissements importants pour contribuer au développement d’un tel réseau en augmentant la production d’électricité au Canada et en renforçant l’intégration régionale.
Il élargit le crédit d’impôt à l’investissement dans l’électricité propre afin d’y inclure le transport d’électricité intraprovincial. Cette mesure pourrait accroître notre indépendance énergétique en améliorant nos réseaux électriques d’un bout à l’autre du pays afin de réduire notre dépendance aux États-Unis.
Toutefois, en négligeant d’investir davantage dans les infrastructures électriques publiques, le budget 2026 rate une occasion de mettre fin à la fragmentation des sociétés d’État du secteur de l’électricité et de favoriser notre souveraineté énergétique.
Communications
Le budget 2026 reconnaît l’importance des organismes de nouvelles audio et audiovisuelles en les rendant admissibles au crédit d’impôt pour la main-d’œuvre journalistique. Il prolonge également de deux ans l’augmentation du crédit d’impôt de 25 à 35 %. Malheureusement, il ne prévoit aucune mesure pour protéger les emplois du secteur contre la sous-traitance à l’international.
Droits des personnes migrantes
Au Canada, 2,15 millions de personnes détiennent actuellement un permis de travail ou d’études. Le budget 2026 prévoit accorder 200 000 nouvelles résidences permanentes, ce qui représente moins de 10 % de cette population. Le SCFP compte des milliers de membres dans des secteurs comme la santé, les soins de longue durée, l’éducation à la petite enfance et l’éducation qui ont dû, ou qui devront, arrêter de travailler faute de pouvoir prolonger leur permis de travail ou accéder à la résidence permanente. Plusieurs de ces secteurs font déjà face à d’importantes pénuries de main-d’œuvre.
Régimes de retraite
Parmi les attaques contre les travailleuses et travailleurs contenues dans le budget 2026 figure la mise en œuvre des coupes dans les régimes de retraite des fonctionnaires fédéraux, qui sont trompeusement présentées comme une mesure de « modernisation ».
Le budget 2026 sert les intérêts des grandes entreprises et non ceux des travailleuses et travailleurs, des familles et des communautés dont dépend véritablement l’économie canadienne.
