S’attaquer à la crise de la main-d’œuvre en éducation à la petite enfance

Il s’agit de la traduction d’un article d’opinion paru dans The Hill Times le 21 octobre 2026. 

Les établissements ne peuvent pas accroître leur capacité s’ils n’arrivent pas à recruter et à retenir du personnel qualifié. Les nouvelles places annoncées sur papier ont peu de valeur pour les parents s’il n’y a pas suffisamment de personnel pour prendre soin des enfants.

Le 21 octobre, à l’occasion de la Journée d’appréciation des éducatrices et éducateurs et des travailleuses et travailleurs de la petite enfance, la population ontarienne a rendu hommage au personnel de la petite enfance qui, chaque jour, fait une énorme différence dans la vie des enfants et des familles.

Ces célébrations révèlent toutefois une certaine contradiction. On qualifie d’essentiel le travail des éducatrices et éducateurs de la petite enfance, pourtant beaucoup touchent un salaire de misère, n’ont pas accès à des régimes d’avantages sociaux ou de retraite décents, et peinent à se bâtir un avenir dans la profession qui les passionne.

Si les gouvernements souhaitent vraiment montrer leur reconnaissance au personnel en éducation à la petite enfance, ils doivent faire plus que les remercier. Ils doivent joindre le geste à la parole.

Le Canada a réalisé des investissements historiques dans le secteur qui ont permis de réduire les frais pour de nombreuses familles, de créer de nouvelles places et de jeter les bases d’un système national d’éducation à la petite enfance. Ces investissements doivent être protégés et bonifiés.

Mais des services abordables pour les familles ne représentent qu’une partie de la solution. Les parents doivent également pouvoir compter sur des services de qualité, accessibles quand et là où ils en ont besoin, ce qui est absolument impossible sans soutenir la stabilité de la main-d’œuvre.

En d’autres mots, il est essentiel d’assurer de bons emplois dans le secteur pour honorer la promesse d’offrir des services abordables en éducation à la petite enfance.

Partout au pays, la pénurie de main-d’œuvre freine la création de nouvelles places pour les familles. Les établissements ne peuvent pas accroître leur capacité s’ils n’arrivent pas à recruter et à retenir du personnel qualifié. Les nouvelles places annoncées sur papier ont peu de valeur pour les parents s’il n’y a pas assez d’éducatrices et d’éducateurs pour prendre soin des enfants.

De même, lorsque du personnel d’expérience quitte le secteur faute d’avoir les moyens d’y rester, les enfants perdent les relations stables et les soins de qualité qui sont si bénéfiques à leur développement.

Les éducatrices et éducateurs de la petite enfance sont des professionnel(le)s qualifié(e)s qui accomplissent un travail exigeant et spécialisé. On doit leur offrir de bons salaires à la hauteur de leur formation, de leurs responsabilités et de tous leurs apports à la vie des enfants.

Il ne faut pas oublier tous les autres travailleurs et travailleuses qui contribuent au bon fonctionnement des services éducatifs à la petite enfance dans nos communautés, notamment les aides-éducatrices et aides-éducateurs, le personnel de soutien à l’inclusion, le personnel en cuisine et le personnel administratif. Pourtant, les personnes qui occupent ces postes sont trop souvent exclues des politiques salariales gouvernementales et gagnent à peine plus que le salaire minimum.

Tandis que certaines provinces ont adopté des politiques salariales pour soutenir la main-d’œuvre du secteur et offrir des services abordables aux communautés, les résultats ont été inégaux et insuffisants, et la voix des travailleuses et travailleurs n’a pas été prise en compte dans cette démarche.

Dans une grande partie du pays, les salaires sont trop faibles et ne suivent pas le rythme de l’inflation. Sans pouvoir compter sur des congés et des régimes d’avantages sociaux et de retraite décents — des éléments fondamentaux à toute carrière viable —, trop de travailleuses et travailleurs qualifiés n’ont d’autres choix que de quitter le secteur au moment où leurs services sont plus essentiels que jamais.

De plus, le personnel en éducation à la petite enfance est exclu des processus décisionnels concernant sa propre rémunération. Les politiques publiques devraient favoriser la négociation collective libre et équitable, et non miner ce processus. Pourtant, lorsque les gouvernements établissent les politiques de financement et de rémunération, les travailleuses et travailleurs se retrouvent à devoir négocier avec les exploitants qui ont eux-mêmes peu de marge de manœuvre.

Certaines politiques salariales gèlent les salaires déjà négociés du personnel syndiqué, pénalisant ainsi les membres qui avaient obtenu une meilleure rémunération.

La nouvelle alliance d’économie des soins du gouvernement fédéral prétend s’attaquer à ces problèmes. Or, les travailleuses et travailleurs n’ont pas besoin de nouvelles discussions sur l’importance de leur travail, mais de gouvernements qui passent à l’action en s’appuyant sur ce que nous savons déjà.

Ce qu’il faut, ce sont des grilles salariales complètes et adéquatement financées couvrant l’ensemble de la main-d’œuvre, de bons régimes d’avantages sociaux et de retraite, des congés payés et le respect du droit à la négociation collective. Il faut faire des services éducatifs à la petite enfance un secteur où les travailleuses et travailleurs peuvent entamer leur carrière en toute confiance et s’y épanouir à long terme.

Les ambitions du Canada en matière de services éducatifs à la petite enfance reposent sur toutes les personnes qui les offrent au quotidien. Sans une main-d’œuvre suffisante dans ce secteur, les promesses de tarifs abordables et d’une meilleure accessibilité resteront hors de portée pour de trop nombreuses familles.

Le 21 octobre, faisons en sorte que notre reconnaissance envers le personnel en éducation à la petite enfance dépasse les gestes symboliques. Transformons-la en quelque chose de concret et améliorons leur chèque de paie, leurs avantages sociaux et leur capacité à se bâtir un avenir sûr en accomplissant un travail dont dépendent nos enfants et nos communautés.

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