La prolongation de l’accord sur les services de garde en Ontario est loin de faire l’unanimité

Les défenseur(e)s des services éducatifs à la petite enfance, tout comme les éducatrices et éducateurs et les parents, sont entre le soulagement et l’indignation à la suite de l’annonce indiquant que l’accord sur le système pancanadien d’apprentissage et de garde des jeunes enfants allait être prolongé de quatre ans sans toutefois prévoir de nouvelles cibles pour renforcer ou élargir le système. 

Bien qu’on évite temporairement l’effondrement du financement pour les familles et les services de garde, la Coalition ontarienne pour de meilleurs services éducatifs à l’enfance et l’Association of Early Childhood Educators Ontario nous préviennent que le gel du plancher salarial et celui de la réduction des tarifs affaiblissent gravement les dividendes sociaux et économiques du régime des services éducatifs à la petite enfance à 10 $.

« Les parents et les services de garde sont sans doute soulagés de repousser l’échéance de l’accord, mais c’est une solution totalement irresponsable de la part du gouvernement », affirme Carolyn Ferns, coordonnatrice des politiques pour la Coalition ontarienne pour de meilleurs services éducatifs à l’enfance. « L’élargissement des services de garde génère des profits nets en recettes fiscales pour le gouvernement provincial. Pourtant, au lieu de réinvestir cet argent pour mener le projet à bien, l’accord vient geler les tarifs journaliers à 22 $ pour les parents et met un frein à l’amélioration des conditions salariales, ce qui représente une perte financière directe pour les éducatrices et éducateurs. »

Une récente analyse menée par le Centre for Future Work révèle que l’activité économique générée par le déploiement partiel des services éducatifs à la petite enfance à 10 $ s’est élevée à 2,25 milliards de dollars en recettes fiscales directes pour la province, et ce, en 2024 seulement. Les défenseur(e)s des services éducatifs à la petite enfance mettent le gouvernement en garde contre la perte potentielle de ces retombées économiques immenses s’il continue de retarder l’avancement du plan plutôt que d’édifier une vision ambitieuse et permanente pour l’élargissement du modèle.

Le gel du plancher salarial est l’une des pires aberrations de l’accord. En raison de l’actuelle pénurie de personnel, estimée à 10 000 éducatrices et éducateurs de la petite enfance inscrits, des programmes de partout en Ontario ont été forcés de fermer des classes ou de restreindre les inscriptions. Les défenseur(e)s des services de garde réclament depuis des années une grille salariale financée par des fonds publics qui garantirait un salaire entre 35 $ et 45 $ l’heure pour les éducatrices et éducateurs de la petite enfance inscrits, et de 28 $ l’heure pour le personnel en début de carrière. Or, en plus d’évacuer l’idée d’une grille salariale, l’entente freine la progression déjà minime des conditions salariales pour les éducateurs et éducatrices. 

« On ne peut pas élargir l’offre de services de garde sans accroître le nombre d’éducatrices et d’éducateurs, encore moins quand les modestes gains salariaux ne suffisent pas à surmonter la crise de la main-d’œuvre », explique Amber Straker, directrice générale de l’Association of Early Childhood Educators Ontario. « Sans une augmentation salariale ni une grille salariale concurrentielle, l’élargissement des services de garde est voué à l’échec, et les listes d’attente vont continuer de s’allonger. Le personnel des services éducatifs à la petite enfance, jadis proclamé le « cœur du système », mérite mieux. Il mérite un travail convenable, des avantages sociaux et un salaire professionnel. »

Après s’être fait miroiter la promesse des services éducatifs à la petite enfance à 10 $, les familles ontariennes – qui font déjà face à une crise du coût de la vie – se font imposer un gel de réduction de tarifs à 22 $ par jour, soit plus du double de ce que payent les parents de sept autres provinces canadiennes.

« Les parents se sont battus pour des services éducatifs à la petite enfance à 10 $, pas pour une stagnation des tarifs à 22 $, ajoute Carolyn Ferns. En gelant la réduction des tarifs et en ne s’attaquant pas à la pénurie de main-d’œuvre, les services de garde deviennent un luxe plutôt qu’un droit fondamental pour nos enfants et un moteur économique pour la province. »

La Coalition ontarienne pour de meilleurs services éducatifs à l’enfance et l’Association of Early Childhood Educators Ontario exhortent les gouvernements fédéral et provincial à corriger immédiatement le tir en adoptant les interventions stratégiques suivantes, recommandées dans la Feuille de route pour un réseau universel de services éducatifs à l’enfance en Ontario :

  1. Bonifier sans délai le salaire des éducatrices et éducateurs à la petite enfance inscrits, et financer une grille salariale provinciale détaillée (entre 35 $ et 45 $ l’heure pour les éducatrices et éducateurs inscrits; 28 $ l’heure pour les autres) prévoyant des prestations de retraite et des avantages sociaux.
  2. Poursuivre l’objectif des services éducatifs à la petite enfance à 10 $ pour toutes les familles ontariennes.
  3. Imposer un moratoire permanent sur l’attribution de permis pour les nouvelles garderies à but lucratif, et instaurer un « blocage d’actifs » afin que les fonds publics servent à la pérennité des services publics et à but non lucratif.
  4. S’engager à concrétiser une entente bilatérale de cinq ans qui énoncera un nouveau plan d’action et qui sera soutenue par des investissements fédéraux et provinciaux accrus afin d’assurer une stabilité à long terme pour nos enfants, nos familles et notre main-d’œuvre.

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