Pour John Brady McDonald, le déni des pensionnats n’est pas qu’une erreur historique.
C’est un effacement.
John est membre du SCFP 4195 en Saskatchewan et siège au Conseil national des Autochtones et au Conseil autochtone du SCFP–Saskatchewan. C’est aussi un Survivant des pensionnats.
« Le déni des pensionnats est blessant et constitue une forme de propagande, affirme-t-il. Les Survivant(e)s ont passé des décennies à rétablir la vérité sur ce qui nous est arrivé. Remettre en question ou minimiser cette partie de l’histoire, c’est un peu comme nous accuser de mentir. »
Stephanie Scott, la directrice générale du Centre national pour la vérité et la réconciliation partage la même préoccupation. « La vérité est au cœur de la réconciliation, explique-t-elle. Il faut combattre la désinformation et le déni de la réalité des pensionnats afin d’honorer les Survivant(e)s, de protéger les faits et de s’assurer que les Canadien(ne)s comprennent les préjudices persistants que ces institutions ont causés. »
Cette nécessité de protéger la vérité est d’autant plus importante en raison de la désinformation sur les pensionnats qui continue de se propager.
« Les gens avaient de bonnes intentions »
Le déni des pensionnats ne se limite pas à nier leur existence. Il peut aussi prendre la forme d’une minimisation ou d’une déformation de leur mission et de leurs répercussions, notamment dans des affirmations comme :
« Tout le monde n’a pas vécu une mauvaise expérience. »
« Les gens avaient de bonnes intentions à l’époque. »
« Il ne faut pas juger le passé selon les normes d’aujourd’hui. »
« Le Canada s’est déjà excusé. Peut-on passer à autre chose maintenant? »
Pendant plus d’un siècle, on a arraché les enfants autochtones à leurs familles et à leurs communautés pour les envoyer dans les pensionnats. Ce système a coupé ces jeunes de leurs cultures et a intentionnellement alimenté leur honte en les punissant pour avoir parlé leur langue ou suivi leurs coutumes. La Commission de vérité et réconciliation a conclu que les pensionnats « ont constitué un outil systématiquement utilisé par le gouvernement pour détruire les cultures et les langues autochtones et pour assimiler les peuples autochtones afin d’effacer leur existence en tant que peuples distincts. » La Commission a qualifié cette intention de « génocide culturel ».
Les expériences vécues dans les pensionnats varient d’une personne à une autre, mais cela ne change rien à la mission du système et à l’ampleur des séquelles qu’il a laissées.
Les répercussions ne se sont pas dissipées avec la fermeture des pensionnats.
« Pour ma famille, il ne s’agit pas d’un passé lointain, raconte John. Mes enfants forment la première génération de ma famille qui n’a pas été envoyée dans un pensionnat. »
Voilà qui remet les choses en perspective. Les pensionnats ne datent pas d’il y a plusieurs siècles. John a fréquenté le pensionnat pour élèves autochtones de Prince Albert de 1984 à 1989. Les Survivant(e)s font partie de nos familles, de nos milieux de travail, de notre syndicat et de nos communautés.
Les excuses ne sont qu’un début
Le 11 juin 2008, à la Chambre des communes, le premier ministre Stephen Harper a présenté, au nom du gouvernement du Canada, des excuses officielles aux ancien(ne)s élèves des pensionnats.
Le gouvernement a reconnu que la politique d’assimilation était oppressive et qu’elle avait engendré d’énormes préjudices.
Pour John, ces excuses ont également donné lieu à une prise de conscience personnelle. Jusqu’à ce moment, il n’avait pas pleinement compris à quel point il avait intériorisé tout ce qu’il avait vécu en pensionnat.
Mais cette réalisation n’était qu’une première étape.
Il n’existe pas de solution miracle aux séquelles laissées par les pensionnats. La guérison prendra des générations, et reconnaître ce qui s’est passé constitue une étape essentielle de ce processus.
C’est pourquoi le négationnisme est si blessant. Les Survivant(e)s se sont battu(e)s pendant des décennies pour que leur expérience soit reconnue. Lorsque leur vécu est minimisé ou déformé, on leur demande d’en défendre à nouveau la véracité.
La protection des faits historiques est essentielle à la vérité. Le Centre national pour la vérité et la réconciliation conserve les documents et les témoignages de Survivant(e)s recueillis dans le cadre de la Commission de vérité et réconciliation afin que rien ne soit oublié.
Les syndicats font partie de la solution
Les syndicats ont un rôle important à jouer, selon John.
Ils disposent d’une force que les travailleuses et travailleurs ne détiennent pas individuellement : une voix collective. Le syndicat peut utiliser cette voix pour militer, pour prendre position ainsi que pour amplifier les voix autochtones.
John soulève également une réalité difficile pour les personnes appelées à combattre le racisme et la désinformation.
« La colère est un luxe qu’on ne peut pas se permettre en tant qu’Autochtones », affirme-t-il.
Les personnes autochtones qui dénoncent avec conviction le racisme ou les injustices peuvent être jugées pour leur manière de réagir. Il ne devrait pas toujours incomber aux membres autochtones de combattre le déni des pensionnats ou d’expliquer cette partie de l’histoire aux autres.
Les syndicats ont le pouvoir de parler d’une seule voix. Et ce pouvoir vient avec la responsabilité de l’utiliser.
Les membres du SCFP n’ont pas à connaître chaque fait historique ou à savoir exactement quoi dire.
Vous pouvez ouvrir la porte à une conversation difficile ou demander pourquoi on cherche à effacer le passé d’une autre personne.
Vous pouvez aussi écouter ce que les Survivant(e)s ont à dire plutôt que de remettre leur expérience en question, ou encore apprendre des membres autochtones et des conseils autochtones dans notre syndicat.
Enfin, vous pouvez prendre la parole afin qu’on ne s’attende plus à ce que ce soit toujours aux membres autochtones de le faire.
Être des allié(e)s, ce n’est pas parler au nom des membres autochtones. C’est écouter, apporter notre soutien et utiliser notre voix et notre influence pour amplifier les voix autochtones.
La vérité précède la réconciliation
John parle de la guérison comme d’un processus qui prendra plusieurs générations. Il partage également ce qu’il en coûte aux Survivant(e)s de continuer à raconter leur histoire.
« Il faut beaucoup de remèdes pour rester en bonne santé », explique-t-il.
C’est un aspect à ne pas oublier lorsqu’on demande à répétition aux Survivant(e)s de raconter leur histoire et de défendre leur propre vécu.
John continue d’en parler parce qu’il y a des gens qui ne sont plus là pour raconter leur histoire et que d’autres ne sont pas capables de le faire.
Mais les Survivant(e)s ne devraient pas être les seul(e)s à porter la responsabilité de protéger la mémoire du passé.
Les membres du SCFP peuvent s’informer à ce sujet. Vous pouvez écouter les Survivant(e)s. Vous pouvez dénoncer la désinformation. Et le syndicat peut miser sur la voix collective des membres pour offrir du soutien aux personnes et aux communautés autochtones qui cherchent à protéger la vérité.
Comme le rappelle John : « Concentrons-nous d’abord à parler de la vérité, puis viendra la réconciliation. »
Si vous souhaitez découvrir les œuvres et les textes de John Brady McDonald, visitez : https://artbyjohnmcdonald.weebly.com/
En savoir plus et obtenir de l’aide
Apprenez en plus sur l’histoire et les répercussions des pensionnats grâce au Centre national pour la vérité et la réconciliation. https://nctr.ca/?lang=fr
Soutenir les Survivant(e)s et leurs familles
Les discussions sur les pensionnats et leurs répercussions persistantes peuvent être difficiles. Du soutien est offert aux Survivant(e)s, à leurs familles et à toute personne touchée par le système des pensionnats.
Ligne d’écoute téléphonique nationale de Résolution des questions des pensionnats autochtones :
1-866-925-4419
Service offert 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 aux élèves ayant fréquenté les pensionnats et à leurs familles.
Ligne d’écoute d’espoir pour le mieux-être
1-855-242-3310
Soutien immédiat et intervention en situation de crise, offerts par du personnel expérimenté et sensibilisé aux réalités culturelles autochtones. Service accessible aux personnes autochtones partout au Canada, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Un service de clavardage en ligne est également offert sur le site web d’Espoir pour le mieux-être.
Indian Residential School Survivors Society :
Ligne d’écoute Lamathut Crisis Line (en anglais) 1-800-721-0066
Services de soutien émotionnel et d’intervention en situation de crise, conçus et offerts par des personnes autochtones, ancrés dans les traditions autochtones et offerts aux Survivant(e)s des pensionnats, à leurs familles et à leurs communautés.
Remarque : Le terme Survivant(e) porte la majuscule dans cet article pour témoigner notre respect et notre reconnaissance envers les personnes ayant vécu l’expérience des pensionnats.


