Le temps d’attente à l’admission au Centre régional de santé de Peterborough a augmenté de 110 % en cinq ans

Un nouveau rapport du CCPA relie la problématique au sous-financement provincial

Une nouvelle analyse réalisée par le Centre canadien de politiques alternatives (CCPA) révèle que la majorité des 136 hôpitaux ontariens, dont le Centre régional de santé de Peterborough, traînent un déficit opérationnel depuis 2022, une situation qui met en péril le système de santé public déjà fragilisé. 

Dans son article intitulé Échec, par conception : la crise de financement hospitalier qui s’aggrave en Ontario, Andrew Longhurst, chercheur principal au CCPA, conclut que l’augmentation annuelle du coût de fonctionnement des hôpitaux de 6 % jumelée au sous-financement gouvernemental entraîne des conséquences néfastes qui empêchent l’accès aux soins en temps opportun.

« Ces trois dernières années, nos études montrent que la hausse prévisible des coûts de fonctionnement de nos hôpitaux s’accompagne invariablement d’un sous-financement de la part du gouvernement provincial, explique le chercheur. En deçà de 6 % d’augmentation annuelle, il n’est pas possible de répondre aux besoins de la population. La crise actuelle était évitable, mais elle ne cesse d’empirer. » 

Lors d’une conférence de presse tenue à Peterborough jeudi, Andrew Longhurst a expliqué que comme le canari dans la mine, le temps d’attente aux urgences donne une bonne idée de l’état général du système de santé. 

Or, le temps d’attente à l’admission a augmenté de 110 % depuis 2020-2021 au Centre régional de santé de Peterborough, et l’attente aux urgences est passée de 22,7 à 37 heures pour 90 % des patient(e)s. 

Le temps d’évaluation aux urgences a aussi monté en flèche, atteignant 6,1 heures pour 90 % des patient(e)s en 2024-2025, comparativement à 2,7 heures en 2020-2021, un bond de 126 %. 

Aux prises avec un sous-financement chronique, le Centre régional de santé de Peterborough a affiché un déficit de 9 millions de dollars en 2024-2025.

Tout en soulignant le sous-financement en santé, Andrew Longhurst a réfuté dans sa présentation les allégations du ministre des Finances, qui a récemment plaidé que les dépenses en santé étaient « insoutenables ».

Les dépenses globales en santé en Ontario sont à peine passées de 7,4 % du PIB en 2014 à 7,6 % en 2023, une proportion qui place l’Ontario au dernier rang des provinces et territoires canadiens en ce qui concerne les dépenses en soins hospitaliers et les dépenses totales en santé par personne en 2023.

Le gouvernement ontarien prétend également que l’économie des soins ne fait pas partie de la « vraie économie », bien qu’une personne sur cinq dans la province travaillait dans ce secteur en 2024 – pour un total de 1,4 million d’emplois.

« L’austérité financière dont fait preuve le gouvernement, de même que son attitude méprisante envers le personnel de la santé ne nuit pas qu’aux travailleuses et travailleurs : elle nuit aussi aux patient(e)s et aux communautés qui dépendent de leurs compétences et de leur engagement, met en garde Andrew Longhurst. La posture du gouvernement contribue à la détérioration des conditions de travail, aux difficultés de recrutement dans le secteur et aux suppressions de postes actuelles. »

« Nous recommandons vivement au gouvernement provincial d’adopter des mesures drastiques pour remédier au sous-financement des hôpitaux et au manque criant de ressources au lieu de faire des mises à pied. Pour éviter des conséquences désastreuses pour la population, les hôpitaux ont besoin d’un financement prévisible qui augmente de 6 % par année. »

À l’échelle de la province, le temps d’attente à l’admission a augmenté de 52 % en cinq ans dans les hôpitaux, et de 67 % pour l’évaluation aux urgences.

Michael Hurley, président du CSHO-SCFP, fait remarquer que l’augmentation considérable des temps d’attente date d’avant la dernière ronde de suppressions de postes dans les hôpitaux entamée à la fin de la dernière année. 

« Les chiffres sont sans équivoque : nos hôpitaux ont besoin de davantage de personnel et de capacité pour offrir une meilleure qualité de soins tout en réduisant les temps d’attente ainsi que la médecine de couloir. Le refus obstiné du gouvernement de compenser l’augmentation des coûts de fonctionnement nous fait reculer : des postes sont supprimés chaque jour alors même que le manque de personnel asphyxie le système. Il va sans dire que ce choix politique est voué à l’échec. »

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