Dans le cadre de l’engagement du SCFP d’apprendre des expériences des personnes autochtones, noires et racisées, et de célébrer leurs réussites, nous vous présentons des membres du Comité national pour la justice raciale et du Conseil national des Autochtones. L’article de ce mois-ci présente Sabu Jacob, membre du Comité national pour la justice raciale.
Sabu Jacob est membre du SCFP 2523 et travaille comme préposé au service alimentaire au foyer de soins Atlantic Baptist Nursing Home de Charlottetown. Militant syndical depuis plus de dix ans, il a été nommé en 2024 par le SCFP–Île-du-Prince-Édouard pour siéger au Comité national pour la justice raciale du SCFP. Reconnu par sa section locale et son employeur pour sa capacité naturelle à aider les travailleuses et travailleurs migrants et immigrants∗ à tisser des liens, il voit son rôle au sein du comité national comme une occasion d’approfondir son implication et de partager ses connaissances.
Avant d’immigrer au Canada, Sabu a exercé le droit dans le sud de l’Inde pendant vingt ans, une expérience qui continue de nourrir son engagement profond en faveur des droits de la personne. Ces dernières années, il est devenu un véritable pilier pour la communauté étudiante internationale et d’autres personnes nouvellement arrivées au Canada en créant un réseau informel et en mettant en place des groupes WhatsApp destinés aux travailleuses et travailleurs racisés de sa section locale. Beaucoup se tournent vers lui pour obtenir des conseils en cas de difficultés au travail, mais selon lui d’importants obstacles subsistent : « La discrimination reste un défi majeur. Les travailleuses et travailleurs migrants et immigrants ont peur de faire part de leurs préoccupations à leur employeur, de crainte d’être perçus comme ayant fait quelque chose de mal. Il reste encore beaucoup de travail à faire. »
Les défis auxquels font face les travailleuses et travailleurs migrants et immigrants
Pour Sabu, la participation des travailleuses et travailleurs migrants et immigrants au sein du mouvement syndical n’est pas seulement importante, mais essentielle si l’on veut bâtir une véritable solidarité syndicale. Il constate, à travers le soutien qu’il apporte à des collègues migrant(e)s ou immigrant(e)s, un décalage persistant entre la perception des leaders syndicaux et la réalité vécue par les titulaires d’un permis de travail temporaire ou fermé.
Dans un grand nombre de milieux de travail, les postes décisionnels sont souvent occupés par les mêmes personnes, ce qui laisse peu de place aux personnes migrantes, immigrantes, noires ou racisées. Les décisions clés sont ainsi prises sans tenir compte de l’avis des personnes concernées. « Comment leur faire comprendre nos difficultés, demande Sabu, s’il n’y a personne comme nous pour nous représenter? » Cette lacune se reflète également dans les conventions collectives qui n’abordent pas les besoins des travailleuses et travailleurs titulaires d’un permis de travail fermé, qui souvent ne bénéficient pas des mêmes protections que les autres employé(e)s.
Le témoignage de Sabu met également en lumière la vulnérabilité qu’engendrent les politiques d’immigration. Ces dernières années, il a vu arriver dans le secteur des soins de longue durée des travailleuses et travailleurs recrutés à l’étranger. Ces personnes, qui sont liées à un seul employeur en raison du permis de travail fermé, vivent dans une grande précarité : perdre leur emploi équivaut à perdre leur droit de rester au Canada. Dans un cas précis, Sabu est même intervenu personnellement pour éviter qu’une travailleuse ne soit renvoyée dans son pays d’origine après avoir été jugée inapte à occuper son poste. En dehors du travail, Sabu est devenu une personne-ressource essentielle au sein de sa communauté. Il conseille de manière informelle des centaines de travailleuses, travailleurs et étudiant(e)s qui tentent de s’y retrouver dans le système d’immigration canadien, complexe et souvent opaque.
Il évoque la frustration grandissante des travailleuses et travailleurs migrants et immigrants à l’Île-du-Prince-Édouard, particulièrement depuis les récents changements politiques qui ont restreint l’accès à la résidence permanente. Il raconte aussi comment bon nombre d’étudiant(e)s internationaux, ayant étudié et travaillé au Canada pendant des années, ont soudain été menacés d’expulsion. La situation s’est aggravée jusqu’à donner lieu à des manifestations et à une grève de la faim en 2024. Pour lui, ces événements démontrent l’urgence d’une représentation syndicale adéquate et la nécessité de défendre les droits des travailleuses et travailleurs migrants et immigrants, confrontés à des défis sans précédent.
La main-d’œuvre migrante et immigrante joue un rôle important
Sabu estime que la peur est l’un des principaux obstacles qui empêche les travailleuses et travailleurs migrants et immigrants d’exercer pleinement leurs droits. Un grand nombre de personnes, particulièrement celles qui sont titulaires d’un permis de travail fermé ou qui relèvent du Programme des candidats des provinces, gardent le silence au lieu de s’exprimer, craignant non seulement de perdre leur emploi, mais aussi leur droit de rester au Canada. « Ces gens ont peur de tout perdre », explique-t-il, affirmant que ce sentiment d’insécurité les empêche d’évoquer leurs préoccupations ou de s’impliquer dans le milieu syndical.Pour y remédier, il exhorte les syndicats à être plus proactifs dans leurs efforts pour aller à la rencontre des personnes migrantes et immigrantes, ainsi que pour faire plus de sensibilisation.
Afin d’aider ces personnes à s’épanouir, la compréhension de leur convention collective, de leurs droits et des conditions liées au permis de travail est incontournable. Mais la sensibilisation à elle seule ne suffit pas : la représentation est tout aussi importante. Sabu estime que la présence des travailleuses et travailleurs migrants et immigrants dans les comités syndicaux favoriserait la confiance et la création de milieux plus sécuritaires où tout le monde peut prendre la parole. Sans cette visibilité, plusieurs estiment que le syndicat ne les représente pas, ce qui renforce le sentiment d’exclusion et la méfiance. « À moi seul, je ne peux rien changer », confie-t-il, soulignant l’importance d’agir collectivement. Pour lui, la confiance passe par un engagement réel et une éducation accessible.
À travers son travail et son militantisme, Sabu nous rappelle que solidarité et inclusion vont de pair. Offrir aux travailleuses et travailleurs migrants et immigrants la chance de connaître leurs droits et de trouver leur place au sein du mouvement syndical n’est pas une option, mais une nécessité. Le changement viendra, croit-il, d’une voix et d’un geste courageux à la fois.
∗Selon le Conseil canadien pour les réfugiés, un(e) migrant(e) est une personne qui vit hors de son pays d’origine, souvent à titre temporaire ou sans statut permanent. Un(e) immigrant(e), comparativement, est une personne qui s’est installée de façon permanente dans un autre pays. Contrairement aux personnes réfugiées, qui sont contraintes de fuir en raison d’un danger ou de persécutions, les immigrant(e)s s’installent ailleurs généralement par choix. (Source : https://ccrweb.ca)

