Dans le cadre de l’engagement du SCFP de tirer profit des expériences des personnes autochtones, noires et racisées, et de célébrer leurs réussites, nous vous présentons des membres du Comité national pour la justice raciale et du Conseil national des Autochtones. L’article de ce mois-ci présente Louise Watson, membre du Conseil national des Autochtones.
Il y a plus de 20 ans, Louise Watson a fait un séjour dans un centre de désintoxication de Regina. Une personne qui travaillait dans les cuisines a alors appris à la connaître, a cru en elle alors que personne ne voulait lui laisser sa chance, et lui a offert un emploi. Aujourd’hui, Louise est préposée à l’entretien ménager dans ce centre depuis plus de 17 ans. Chaque jour, elle se rend au travail avec un objectif en tête : créer un lien avec d’autres personnes aux prises avec une dépendance.
« Il suffit qu’une personne croie en nous pour qu’on puisse changer », affirme-t-elle à propos des gens qu’elle côtoie au travail. « J’ai le privilège d’être là et de les voir s’en sortir, de voir l’étincelle de vie se rallumer dans leurs yeux. Puis on les envoie en traitement et, avec un peu de chance, je les revois aux réunions. J’adore ça. »
Louise est une personne bispirituelle, membre de la Première Nation d’Ochapowace. Cette survivante des pensionnats est également une ex-toxicomane. Elle soutient que c’est grâce aux Narcotiques Anonymes qu’elle a pu guérir et rester abstinente pendant plus de 20 ans. « Je ne me cache pas de ma dépendance. Je parle ouvertement de mon parcours », déclare cette membre du SCFP 5430.
Le centre de désintoxication où elle travaille propose des séjours d’une nuit ou de plus longue durée et accueille une cinquantaine de personnes. Louise essaie de tisser des liens avec la clientèle. Elle tient à ce que les gens sachent que quelqu’un se soucie d’eux. Au moment de dire au revoir, elle les laisse sur ces mots : « Je vous aime. Faites ce qui est bon. Prenez soin de vous. »
Briser le cycle des traumatismes intergénérationnels
Louise affirme qu’elle a brisé le cycle des traumatismes qui se transmettaient dans sa famille. Sa mère, Rita, avait gardé des séquelles de son séjour en pensionnat et souffrait d’alcoolisme. On lui a donc retiré ses enfants. Louise a alors été placée pendant deux ans dans un pensionnat, où elle a été agressée sexuellement par un membre du personnel infirmier.
Louise a commencé à se droguer lorsqu’elle avait 14 ans, après le suicide de son père. Quelques années plus tard, elle a donné naissance à une fille. Au cours des décennies suivantes, Louise a essayé à plusieurs reprises de se libérer des drogues. Aujourd’hui, elle a 60 ans et elle est abstinente depuis 20 ans.
Louise affirme que le pensionnat lui a enlevé sa capacité d’aimer, tout comme à sa mère qui, pendant la majeure de sa vie, a été incapable de dire à ses enfants et à ses petits-enfants qu’elle les aimait. Mais Louise a brisé ce cycle.
« Ma fille m’a appris à aimer, à être, dit-elle. Ma fille, mon petit-fils et moi, on a mis fin au traumatisme intergénérationnel parce qu’on est capables d’aimer. »
Les trois n’ont jamais cessé de dire à la mère de Louise qu’ils l’aimaient… et ces mots tout simples l’ont transformée.
« Quand elle est morte, elle avait appris à dire qu’elle nous aimait. Mais avant cela, elle ne savait pas ce qu’était l’amour. Et moi, je ne savais pas qu’elle ne connaissait pas l’amour », dit Louise.
Trouver la solidarité au SCFP
C’est en obtenant cet emploi de préposée à l’entretien ménager qu’elle est devenue membre du SCFP, une expérience qui a façonné la femme qu’elle est aujourd’hui. « Le SCFP a changé ma vie. Il m’a donné une voix que je ne pensais même pas avoir et la possibilité de participer à quelque chose d’extraordinaire », dit-elle.
Louise est membre du Conseil national des Autochtones du SCFP depuis 2021. Elle a commencé à s’impliquer auprès du syndicat il y a plus de 12 ans, lorsque d’autres membres autochtones l’ont encouragée à rejoindre le comité autochtone de sa section locale. Les leaders de sa division provinciale l’ont également encouragée à s’impliquer. Elle a ainsi siégé au Conseil autochtone du SCFP-Saskatchewan et elle représente actuellement les membres autochtones au comité exécutif du SCFP-Saskatchewan.
Parmi ses priorités, Louise cite l’eau potable, les séquelles des pensionnats ainsi que les femmes, les filles et les personnes bispirituelles autochtones disparues et assassinées. « Cette lutte est bien réelle. Je suis heureuse que le SCFP se batte à nos côtés », dit-elle à propos du soutien des autres membres et des leaders de notre syndicat.
« Avant le SCFP, je ne savais pas ce qu’était la solidarité. Quand je participe à des congrès et des événements, je me sens tellement énergisée et motivée. »
Louise met cette assurance à profit pour plaider dans sa communauté et son milieu de travail, ainsi qu’à l’échelle provinciale et nationale. Elle se souvient d’avoir représenté le SCFP lors d’une journée nationale de lobbying du Congrès du travail du Canada à Ottawa, il y a plusieurs années.
Avant de se joindre au syndicat, elle ne se serait jamais imaginée sur la Colline du Parlement, encore moins pour y rencontrer des député(e)s. Pendant cette journée de lobbying, un député de Terre-Neuve-et-Labrador lui a offert un verre d’eau. Sa réponse ne s’est pas fait attendre : « C’est loin d’être aussi facile au Labrador », en allusion à la situation des peuples autochtones dans cette région.
« J’ai dit ce que j’avais à dire. Et maintenant, il a de quoi réfléchir. »
Défendre les intérêts des travailleuses et travailleurs autochtones
Louise milite également pour les travailleuses et travailleurs autochtones. Elle a notamment assisté à un pow-wow avec son employeur, la Régie de la santé de la Saskatchewan, afin de recruter davantage d’Autochtones pour constituer une main-d’œuvre plus représentative.
Son conseil à la Régie? « Faites preuve d’ouverture d’esprit. Ne mettez pas toutes les personnes autochtones dans le même panier. Chaque personne est unique. N’ayez pas peur de nous embaucher. » Elle insiste également sur le fait qu’après avoir recruté des Autochtones, il faut encore s’assurer de leur maintien en poste.
« Vous aurez beau embaucher des Autochtones à la pelle, le racisme existe, même s’il y a aussi des allié(e)s dans le milieu de travail », dit-elle.
« Il faut essayer de changer ça. Beaucoup de gens pensent qu’on reçoit de l’argent pour avoir été dans un pensionnat pour Autochtones, que le gouvernement nous fait un cadeau. Mais en fin de compte, ces gens-là ne savent juste pas qu’on était là en premier. D’ailleurs, on n’ira nulle part, parce qu’on est résilient(e)s. En plus, des alliés comme le SCFP, ça renforce notre résilience, alors on n’est pas près de partir. »
Louise fait de la sensibilisation pour lutter contre le racisme, une personne à la fois. Elle raconte l’histoire de cette collègue qui avait fait un commentaire déplacé sur les peuples autochtones.
« Avant, je me serais mise en colère, je serais partie et je ne lui aurais jamais reparlé. Mais le syndicat nous apprend à nous affirmer, à pouvoir dire : “Hé, il faut que tu arrêtes ça.” »
Un dialogue sincère a ouvert les yeux et le cœur de cette collègue, qui transmet maintenant ce qu’elle a appris de Louise à d’autres collègues. « Sa perception est différente maintenant, explique Louise. Si j’ai réussi à faire changer au moins une personne d’avis, c’est une victoire. »
Aux membres autochtones, noir(e)s et racisé(e)s du SCFP qui souhaitent s’impliquer, elle conseille d’y voir une chance de lutter pour ce qui leur tient à cœur.
« Il ne faut pas se dire : “Et si ça ne changeait rien, que je m’implique?” Au contraire, et si ça changeait tout? »
Pour en savoir davantage sur la Stratégie du SCFP de lutte contre le racisme, notamment sur l’objectif 4 — « Apprendre de l’expérience des membres noirs, autochtones et racisés et célébrer leurs réussites » —, rendez-vous au scfp.ca/stratégie_contre_le_racisme. Voyez également les conseils pour mettre en œuvre la Stratégie dans votre section locale.
Si vous vivez une situation de crise, demandez de l’aide.
Ligne d’écoute téléphonique nationale de Résolution des questions des pensionnats indiens – Services de soutien émotionnel et de consultation en cas de crise pour les ancien(ne)s élèves des pensionnats, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 : 1 866 925-4419 (français/anglais).
Espoir pour le mieux-être – Service d’écoute par téléphone et par clavardage pour les Autochtones, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 : 1-855-242‐3310 | espoirpourlemieuxetre.ca (français/anglais).
Ligne d’aide en cas de crise de suicide – Soutien 24 heures par jour, 7 jours sur 7 par téléphone ou par texto : composez le 988 (français/anglais).
Jeunesse J’écoute – Service d’écoute par téléphone et par texto, 24 heures par jour, 7 jours sur 7, pour les 20 ans et moins : 1-800-668‐6868 | jeunessejecoute.ca (français/anglais).