Même avant l’arrivée des nouveaux variants en Ontario, les cas d’infections de travailleurs de la santé étaient dangereusement élevés, doublant au cours des trois derniers mois pour atteindre plus de 16 000, selon les propres données du gouvernement de l’Ontario. Pendant les dix premiers mois de la pandémie, soit jusqu’au 23 octobre 2020, 7488 travailleurs de la santé ont contracté la COVID-19 au travail. Au cours des trois mois qui ont suivi (soit jusqu’au 22 janvier 2021), ce nombre est passé à 16 204.

Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) prévient que, si on ne fait rien, cette augmentation rapide des infections chez les travailleurs de la santé (dont deux décès au cours des deux dernières semaines seulement) annonce une véritable catastrophe pour le système de santé ontarien, qui manque déjà de personnel.

« Nous appelons le provincial à prendre des mesures décisives, à modifier radicalement la façon dont nous protégeons les travailleurs de la santé. Sans cela, le nombre d’infections du personnel augmentera exponentiellement à mesure que les variants s’installeront », prévient Candace Rennick, secrétaire-trésorière du SCFP-Ontario.

Selon les experts, chez les variants du virus, la taille des particules est plus petite. « Cela signifie que celles-ci passent beaucoup plus facilement à travers un masque de procédure, explique-t-elle. En outre, comme elles sont plus petites et plus légères, elles restent plus longtemps en suspension dans l’air de l’environnement de travail. Il faut comprendre que le système de santé manque déjà de personnel. C’est pourquoi le taux d’infection des travailleurs de la santé est très préoccupant, sans parler du risque que cela représente pour les patients au système immunitaire affaibli dont ceux-ci prennent soin. »

Bien que le gouvernement fédéral ait reconnu que le coronavirus est en suspension dans l’air, le gouvernement de l’Ontario n’a jamais admis cette forme de transmission en dehors des procédures générant des aérosols. Or, la forme de transmission d’un virus a des répercussions sur les protections que le personnel de la santé utilise pour se défendre, rappelle Michael Hurley, président du Conseil des syndicats d’hôpitaux de l’Ontario du SCFP.

Il exhorte le provincial à prendre des mesures immédiates pour renverser la situation, « notamment en reconnaissant que le coronavirus est en suspension dans l’air. Les travailleurs de la santé se sont vu refuser l’équipement de protection individuelle dont ils ont besoin pour se protéger contre un virus en suspension dans l’air. Cela doit changer. Il faut donner une consigne explicite aux employeurs du secteur de la santé et à l’organe d’application de la loi du ministère du Travail. Il faut cesser la pratique consistant à soigner les résidents des établissements de soins de longue durée atteints de la COVID-19 dans le même établissement que ceux qui ne le sont pas. Ignorer les signes avant-coureurs de la montée en flèche des infections des travailleurs de santé, c’est accepter la catastrophe. »

Vingt travailleurs de la santé ontariens sont décédés depuis le début de la pandémie.