La publication du programme électoral libéral, samedi dernier, indique clairement que ce parti n’a aucun plan pour l’un des principaux enjeux chers aux Canadiens : le système de santé public.

Les mots « soins de santé » ne figurent nulle part dans leur programme. Il n’y a aucune mention d’un programme national d’assurance pour les médicaments prescrits. Il n’y a rien sur l’accroissement du financement fédéral aux soins publics à domicile et les soins de longue durée.

Le programme libéral renferme deux éléments fort perturbateurs pour les Canadiens. D’abord, les libéraux ne s’engagent nulle part à annuler les compressions conservatrices en santé. En 10 ans, Harper a amputé de 36 milliards de dollars les transferts fédéraux en santé pour les dépenses provinciales et territoriales. Puis, pour équilibrer le programme de dépenses, les libéraux ont l’intention de trouver 6,5 milliards de dollars d’« économies » aux troisième et quatrième années de leur premier mandat.

Ce dernier élément est particulièrement inquiétant quand on se rappelle les mesures prises par les libéraux la dernière fois qu’ils ont décidé d’équilibrer le budget, dans les années 1990.

En 1993-1994, Paul Martin a réduit de près de 50 pour cent sur cinq ans les transferts fédéraux en santé. Les effets ont été dévastateurs. Ces transferts sont tombés sous la barre du 10 pour cent.

Le système de santé était en crise.

Il aura fallu près de 15 ans d’augmentations progressives pour que la contribution fédérale retrouve le niveau qu’elle avait avant que Paul Martin y mette la hache. Passer à nouveau par un exercice comme celui-là serait désastreux pour les services de santé dont les Canadiens ont besoin chaque jour.

Dans une lettre envoyée le 2 septembre au Conseil de la Fédération, Trudeau alimente les spéculations sur les compressions massives qu’un parti libéral élu pourrait imposer au secteur de la santé. Cette lettre ne contient aucun engagement ferme sur les transferts fédéraux en santé. La seule promesse qui y figure est celle d’améliorer les relations fédérales-provinciales.

C’est une bien maigre consolation, compte tenu de l’état de ces relations après 10 années avec Stephen Harper!

Les Canadiens préoccupés par l’avenir des soins de santé au pays doivent examiner ce qui se cache sous paroles charmantes de Trudeau. Ils doivent scruter ses chiffres à la loupe.

Lorsqu’on examine le programme libéral, on y constate d’abord que 77 pour cent de la valeur des « nouveaux investissements » sont des décalages et déductions d’impôt. Puis, on comprend que 12 pour cent représentent un fourre-tout de dépenses dites d’« infrastructure » (même si la plupart des Canadiens ne considèrent pas l’éducation préscolaire et les établissements culturels comme des « infrastructure ».) Finalement, 5 pour cent de la valeur de ces « nouveaux investissements » sont destinés à l’assurance-emploi (qui se finance grâce aux primes perçues).

Tout compte fait, il ne reste que 6 pour cent, ou un peu plus de 2 milliards de dollars par an, pour tout le reste. Quelle part de ce financement sera consacrée aux soins publics à domicile et aux soins de longue durée? Quelle somme reviendra aux provinces pour de nouveaux lits dans les hôpitaux, après des années de compressions?

En lisant le programme libéral, nous concluons: pas un sou.

Plus encore, ce programme prévoit une réduction des dépenses de 6,5 milliards de dollars, d’après un examen des dépenses. Prévoient-ils imposer des compressions aux soins de santé s’ils ne peuvent atteindre cet ambitieux objectif? Si l’on en croit l’ancien député libéral John McCallum, « tout est sur la table » pour équilibrer les livres avant la prochaine élection.

Cette proposition contraste avec le plan proposé par Thomas Mulcair et le NPD pour la santé. Le programme néodémocrate mérite notre attention. 

Mulcair s’est engagé à annuler les compressions de 36 milliards de dollars de Harper dans les transferts aux provinces pour la santé.  Il s’est engagé à investir 5,4 milliards de dollars dans de nouveaux programmes de santé publique. Il mettra sur pied un programme public pour les médicaments d’ordonnance. Il soutiendra 41 000 ainés qui ont besoin de soins à domicile. Il ajoutera 5000 lits de soins de longue durée.

Grâce au plan néodémocrate de construire 200 cliniques communautaires, 5 millions de Canadiens de plus auront accès à des soins de santé primaires. Ce programme comprend aussi des initiatives concrètes pour les soins destinés à la santé mentale des jeunes, à la maladie d’Alzheimer et à la démence.

Les Canadiens considèrent que leur régime d’assurance-maladie universelle est une mesure-phare qui fait du Canada un grand pays. Ils veulent un gouvernement qui s’engage à investir suffisamment et qui sache faire preuve de leadership pour bâtir le système public de soins de santé. Ce système est essentiel à notre avenir collectif. Les Canadiens veulent un gouvernement capable de  relever les défis du vieillissement de la population et de l’augmentation du coût des médicaments.

Le prochain parti qui dirigera Canada devra être jugé en fonction des vrais investissements et des politiques concrètes mises de l’avant pour répondre aux besoins des Canadiens en matière de santé.

Sur la liste de ces critères, le programme libéral ne convainc personne.

Paul Moist est le président national du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP). Le SCFP représente plus de 633 000 membres, dont plus de 153 000 personnes dans le secteur de la santé. C’est le plus grand syndicat au Canada. 

PAUL MOIST