Dax Law, bibliothécaire en chef et membre du SCFP 70, s’est entretenu avec les journalistes pour les informer de la manière dont le projet de loi 28 se répercutera sur les travailleuses et travailleurs de bibliothèque.
À la fois flou, déroutant et problématique, ce projet de loi obligera la mise en retrait du matériel jugé « explicite » par le gouvernement, ce qui empêchera le public de le consulter sans l’aval des bibliothécaires.
« En ce moment, on ne sait pas combien d’éléments seront visés dans nos collections », souligne Dax Law. « Par contre, on sait que des personnes adultes seront forcées de demander la permission pour emprunter un livre ou un film que le gouvernement aura qualifié de trop choquant. »
Sue Gouw, présidente du SCFP 70, s’est aussi exprimée sur le sujet : « Cette nouvelle obligation détournera constamment nos travailleuses et travailleurs de leurs tâches essentielles, que ce soit accompagner la clientèle ou animer des programmes communautaires. On les obligera, contre leur gré, à jouer les gardiens et gardiennes de la censure, un rôle que ces travailleuses et travailleurs n’ont jamais accepté. »
Dax Law ajoute : « On a été formé(e)s pour exercer cette profession. Ça fait des décennies qu’on gère, sans incident, les questions de contenus appropriés selon l’âge. Comme bibliothécaires, notre mission est d’aider les gens à trouver le bon livre, pas à les restreindre ou à leur imposer l’opinion du gouvernement. »
Dax Law a aussi évoqué un nouvel élément troublant du projet de loi 28 : la possibilité d’inspections dans les bibliothèques et de sanctions pour le personnel.
« Cette éventualité est accueillie très froidement. Nos travailleuses et travailleurs pourraient se sentir contraints de restreindre de manière abusive l’accès au contenu pour éviter les plaintes et les enquêtes, tout ça au détriment de la liberté intellectuelle. Ce serait néfaste aussi bien pour le personnel que pour le public. »
« On aimerait que le gouvernement collabore avec les bibliothécaires qui cumulent déjà de longues années d’expérience en gestion responsable de collections », a avancé Sue Gouw. « Au lieu d’imposer arbitrairement leurs règles, les élu(e)s devraient plutôt s’en remettre à cette expertise et soutenir le personnel de bibliothèque pour qu’il continue de servir les communautés. »
La présidente du SCFP 70 tire la conclusion suivante : « Par sa nature même, le projet de loi 28 est inutile et irréalisable. Il créera plus de problèmes qu’il n’en résoudra. Il alourdira la charge de travail, menacera le droit à la vie privée et limitera l’accès à l’information. On exhorte le gouvernement à reconsidérer cette loi et à travailler avec – et non contre – les bibliothécaires. »