Avec sa nouvelle Loi sur les soins de longue durée, le gouvernement de l’Ontario a raté une occasion d’améliorer les soins par la stabilisation de la main-d’œuvre en garantissant un plus grand nombre d’emplois à temps plein et en distribuant des augmentations salariales universelles, estime Candace Rennick, secrétaire-trésorière du SCFP-Ontario. « Tout aussi mal avisé, ajoute-t-elle, on n’a pas retiré le profit des soins prodigués à nos personnes âgées les plus vulnérables. »

Le texte inclut la norme de soins déjà légiférée, chose attendue depuis longtemps et que le personnel de soins de première ligne préconise depuis des décennies, en plus de donner plus de mordant aux inspections et aux amendes pour décourager les pommes pourries. Mais il est tout de même « très décevant », ajoute Mme Rennick, notamment en raison des réformes qui manquent à l’appel pour améliorer réellement les soins et la dotation en personnel.

Rappelons que la pandémie a montré le rôle du manque de personnel et de postes à temps plein dans la propagation de la COVID-19 à vitesse grand V dans les soins de longue durée, particulièrement dans les établissements à but lucratif. « On s’attendrait donc à ce que la nouvelle loi fixe des cibles précises pour la transformation des postes précaires à temps partiel en postes à temps plein, poursuit Mme Rennick. Et qu’elle impose un moratoire graduel sur les lits et la prestation à but lucratif. Ce gouvernement peut faire mieux, et il doit faire mieux. Nous espérons d’importants changements à cette loi avant son adoption. »

La nouvelle loi enchâssera le principe d’un minimum de quatre heures de soins par jour. Toutefois, au sein du secteur de la santé du SCFP, on se demande comment on atteindra cet objectif. À l’heure actuelle, en Ontario, la moyenne est inférieure à trois heures de soins directs.

L’annonce d’aujourd’hui n’incluait pas de plan pour l’atteinte de la norme de quatre heures de soins, même en quatre ans, précise Mme Rennick. « De nombreuses personnes ne vivront jamais assez longtemps pour bénéficier même d’une seule minute de soins supplémentaire. » Pour que cela se produise, « il doit y avoir un engagement visible envers l’emploi à temps plein, un salaire plus élevé et permanent pour tout le personnel, et de meilleures conditions de travail pour conserver cette main-d’œuvre épuisée et surmenée. Le fait de prolonger encore une fois une prime salariale s’adressant uniquement aux PSSP est le signe d’un manque profond de respect pour cette main-d’œuvre féminine qualifiée. Cela dévalorise le travail de soins, effectué principalement par des femmes. »

Le SCFP estime que l’Ontario a besoin de 60 000 nouveaux employées et employés dans le secteur de la santé. Tous programmes de formation confondus, le gouvernement ne va former qu’une fraction du nombre de PSSP et d’IAA nécessaires. Et c’est avant même de prendre en compte la croissance de la population de plus de 85 ans qui aura besoin de soins hospitaliers et de soins de longue durée au cours des cinq prochaines années, selon Michael Hurley, président du Conseil des syndicats d’hôpitaux de l’Ontario (CSHO-SCFP).

Le prolongement de la prime de trois dollars l’heure pour les préposés aux services de soutien de la personne œuvrant en soins de longue durée et de deux dollars l’heure pour ceux en milieu hospitalier « est fort mérité, ajoute-t-il. Mais ce genre d’approche est démoralisant pour les infirmières et les autres membres du personnel dont le salaire demeure limité à un pour cent d’augmentation, alors que l’inflation a bondi à 4,4 pour cent. Ces gens n’ont droit à aucune reconnaissance. »