Dans un fort élan de solidarité, les membres du SCFP 2974 ont voté à l’unanimité en faveur d’une grève. Les travailleuses et travailleurs en ont assez du sous-effectif chronique et des conditions de travail non sécuritaires au sein des services médicaux d’urgence d’Essex-Windsor.
Il manquerait une cinquantaine de paramédics pour répondre aux besoins de la population locale, une pénurie qui affecte déjà la qualité des services. Pour bien servir les quelque 400 000 résident(e)s du comté d’Essex, il faut pouvoir compter sur 28 ambulances le jour et 22 la nuit. Sans un effectif de paramédics suffisant, il arrive souvent que les ambulances faisant partie de la flotte approuvée doivent être laissées inutilisées, ce qui réduit les capacités d’intervention et laisse les communautés vulnérables. Et le problème ne fera que s’intensifier à mesure que la population augmente et vieillit.
« Ces conditions ne sont pas soutenables, ni pour les paramédics ni pour la qualité des soins. Nos emplois sont extrêmement exigeants, et on doit composer avec beaucoup de traumatismes chaque jour. On ne peut tout simplement pas offrir les soins qu’il faut quand on manque de personnel », explique James Jovanovic, ambulancier depuis 17 ans et président du SCFP 2974, qui représente environ 320 paramédics. « Quand des ambulances doivent rester stationnées et que les paramédics sont à bout de souffle, c’est toute la population qui en souffre. »
Une récente étude indépendante menée par l’Université de Windsor et l’Université de Toronto a examiné la situation des paramédics d’Essex-Windsor. Les résultats sont alarmants :
• 25 % signalent être aux prises avec la dépression ou un état de stress post-traumatique;
• 28 % souffrent d’insomnie;
• 9 % rapportent avoir eu des pensées suicidaires dans les 14 derniers jours.
La pénurie de personnel au sein des services médicaux d’urgence est un problème d’envergure provincial alimenté par des difficultés de recrutement et de rétention. Dans la région d’Essex-Windsor, les données internes révèlent que l’effectif est régulièrement à court de plus de 10 % de personnel. Lors d’une période de deux semaines en septembre et octobre 2025, le service ambulancier a enregistré 1 481 heures de sous-effectif, soit plus de 12 % de sa capacité opérationnelle.
« Les paramédics s’épuisent, et le système n’arrive pas à trouver de relève rapidement. Il est de plus en plus difficile d’offrir un minimum de repos aux travailleuses et travailleurs. Trop de nos membres doivent faire des heures supplémentaires et intervenir dans des cas critiques alors qu’ils et elles sont déjà au bord de l’épuisement. Ce n’est pas une stratégie viable pour attirer des gens. C’est plutôt une belle façon de courir à notre perte », déplore James Jovanovic.
« Aucun ambulancier ni aucune ambulancière en Ontario ne souhaite se rendre jusque-là dans nos mesures. On est dans ce métier pour sauver des vies, pas pour être sur un piquet de grève. Mais quart après quart, on le voit bien : le système est brisé. On doit donc se tenir debout et faire changer les choses. Pour les gens qu’on aide, pour notre profession et pour notre propre santé mentale. »
Le SCFP 2974 a déposé des propositions axées sur le recrutement, la rétention et la prévention de l’épuisement professionnel; ces propositions prévoient aussi des salaires et avantages sociaux équitables afin de rémunérer les paramédics en tant que premières et premiers intervenant(e)s essentiels.
« On a choisi cette carrière parce qu’on voulait servir notre communauté, ajoute James Jovanovic. Mais un système qui se déglingue ne peut pas fonctionner seulement avec notre bonne volonté et notre compassion. On se doit d’agir maintenant avant que la crise empire. »
Les parties retourneront à la table de négociation le 23 février prochain. Le SCFP 2974 demeure ferme dans son intention d’en arriver à une solution équitable et responsable face à toute cette situation.