Le SCFP compte maintenant 800 000 membres, et cette croissance est largement attribuable à son travail de syndicalisation. Le recrutement de nouveaux membres est une des fonctions importantes des syndicats. Il est donc essentiel de mener une réflexion constante sur les pratiques et les principes qui guident nos campagnes de syndicalisation.

Au SCFP, nous croyons que l’ensemble des travailleuses et travailleurs devraient bénéficier des avantages que procure un syndicat : de meilleurs salaires et conditions de travail, une protection contre les décisions arbitraires de l’employeur, la défense de leurs droits et la solidarité. L’objectif de la syndicalisation est fort simple : améliorer la vie des travailleuses et travailleurs et faire entendre nos voix. Les syndicats sont des organisations démocratiques qui permettent aux travailleuses et travailleurs d’avoir une réelle influence et de participer aux décisions qui les concernent.

Comment accroître ce pouvoir et que faut-il mettre en place pour y arriver? À quoi ressemble une campagne de syndicalisation efficace de nos jours? Les principes de base ont-ils évolué au fil du temps ou sont-ils sensiblement restés les mêmes? Dans quelle mesure les nouvelles technologies ont-elles transformé nos stratégies? Quels obstacles majeurs persistent?

Nous avons discuté de ces questions avec des syndicalistes ayant participé à de récentes campagnes du SCFP pour connaître leur vision des principes fondamentaux en syndicalisation. Quatre thèmes sont ressortis clairement.

 

Members in the front line (from left to right) : Tina Rothchild, Trista Sornberger, Sarah Seal, Wendy Harman

 
 
 
 
 
 
 
 
 

Tina Rothchild

D’abord membre et bénévole, Tina a obtenu un contrat pour travailler sur une campagne de syndicalisation à l’Université de la Colombie-Britannique. La campagne visait à syndiquer les auxiliaires de recherche aux cycles supérieurs au sein du SCFP 2278, la section locale qui représente les étudiant(e)s à l’emploi de l’Université, dont les auxiliaires d’enseignement. L’Université s’est opposée à leur droit de se syndiquer et a remporté une première décision devant la commission des relations de travail, mais le SCFP entend poursuivre sa lutte.

Trista Sornberger

En tant que membre organisatrice, Trista a contribué au recrutement de 1 200 employé(e)s de bureau à Trillium Health Partners, en Ontario. Elle est infirmière auxiliaire autorisée et membre du SCFP 5180. Elle a participé à la campagne de syndicalisation grâce à une libération pour activités syndicales et a aussi prêté main forte sur une base contractuelle. La nouvelle section locale, le SCFP 5596, a récemment ratifié sa première convention collective.

Sarah Seal

Sarah était membre organisatrice pour la campagne chez Porter Airlines. Elle s’est impliquée dans l’équipe à son retour d’un congé de maternité. Cette campagne de syndicalisation, qui a commencé en 2023, n’était pas la première que le SCFP menait chez Porter. Le syndicat des agent(e)s de bord a été accrédité en 2025. Sarah est devenue présidente du SCFP 4061. 

Wendy Harman

Wendy a contribué à l’adhésion de plus de 400 employé(e)s de son conseil scolaire au SCFP. Ce groupe faisait déjà partie d’un pseudo-syndicat, la CAAMSE (Central Alberta Association of Municipal and School Employees). Wendy a pris les rênes de la transition vers un grand syndicat et, en janvier 2024, 97 % des travailleuses et travailleurs votaient pour joindre le SCFP. Elle est maintenant la présidente du SCFP 5543.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Les principes de base de la syndicalisation

  1. Faire l’état des lieux

La première étape d’une campagne de syndicalisation réussie consiste à bien identifier tous les sites de travail et membres potentiel(le)s. Dans certains cas, c’est très facile. Dans d’autres, la tâche est plus complexe. Cette étape de planification est importante, car il faut savoir qui on cherche à joindre et la meilleure façon de le faire.

Trista : « Dans notre cas, il y avait trois lieux de travail principaux, et plusieurs autres plus petits. C’était difficile de joindre certaines personnes, particulièrement dans les bureaux satellites (comme les cliniques spécialisées). Notre travail de recherche nous a appris qu’il y avait beaucoup plus de membres potentiel(le)s qu’on le croyait. Au départ, on estimait ce nombre à environ 500, mais on a réalisé qu’il y avait plutôt près de 1 200 membres potentiel(le)s. C’est pour ça qu’il est si important d’avoir une vue d’ensemble. »

Sarah : « Nous, les agent(e)s de bord, on vit et on travaille un peu partout. C’est tout un défi. D’autant plus que l’employeur multipliait les embauches – près de 50 nouvelles recrues par mois. C’était difficile de suivre le rythme, car chaque embauche signifiait une nouvelle personne à rencontrer et une carte de plus à faire signer. Mais il faut garder le cap pour réussir à se syndiquer. »

Wendy : « Dans notre cas, nos membres sont des assistant(e)s en éducation, des secrétaires et du personnel de soutien. Notre commission scolaire regroupe 26 écoles. À chaque endroit, il y avait entre 7 et 30 membres potentiel(le)s. »

Tina : « On souhaitait syndiquer plus de 3 000 personnes à l’Université de la Colombie-Britannique. C’est énorme. Mais ce nombre a fluctué pendant la campagne, comme il y a un certain roulement du personnel. On devait donc constamment s’assurer que les cartes reflétaient la liste actuelle d’employé(e)s. »

  1. Bâtir une équipe

Un autre élément incontournable de la syndicalisation consiste à bâtir une équipe solide, à diviser le travail de manière claire et à maintenir la motivation des organisatrices et organisateurs à long terme.

Trista : « La syndicalisation consiste avant tout à identifier des leaders, qui aideront à recruter plus de membres dans le syndicat. Certaines personnes peuvent parfois être intéressées par le travail de mobilisation, sans réaliser qu’elles peuvent y contribuer. C’est à nous de recruter ces gens-là. »

Tina : « On a divisé le travail par département. Pour ma part, j’étais responsable d’un ou deux services, donc quelques centaines de personnes. Comme chaque département ne reçoit pas le même financement et fonctionne différemment, les conditions de travail varient grandement. Par exemple, il y avait des auxiliaires de recherche qui gagnaient beaucoup plus que d’autres. Pour convaincre les gens d’embarquer, il fallait adapter le message et la stratégie en fonction de ces différences. »

Sarah : « On commence par parler aux personnes autour de nous, puis on trouve d’autres leaders, des gens qui ont un grand réseau de contacts. Lorsqu’on cherche des gens pour participer à la campagne de syndicalisation, il faut surtout miser sur les compétences interpersonnelles. Ce qui est également très important, c’est de maintenir la motivation de l’équipe d’organisation. Les organisatrices et organisateurs doivent écouter leurs collègues pour connaître leurs préoccupations et pouvoir offrir des solutions. C’est beaucoup de travail, notamment en soirée. Garder tout le monde motivé jusqu’au bout peut être difficile, mais c’est indispensable pour réussir. »

  1. Communiquer et prendre contact avec les membres

Les communications efficaces sont une autre constante qui caractérise les campagnes de syndicalisation. Les outils et les tendances évoluent sans cesse : de nouvelles méthodes émergent tandis que de bonnes vieilles formules continuent de faire leurs preuves. Ce qui ne change pas, c’est la nécessité de communiquer. Et la conversation doit être réciproque : pour mener à bien une campagne de syndicalisation, il ne suffit pas de parler, il faut surtout écouter.

Tina : « Le cœur de notre campagne, c’était ces conversations individuelles. On a formé des comités. En général, il y avait un comité par département. Et ces comités ont organisé les conversations individuelles. On a d’abord parlé à nos collègues, aux gens autour de nous. Puis, aux personnes à qui on n’avait pas encore parlé. »

Trista : « On a utilisé des textos et des courriels pour contacter les membres potentiel(le)s et organiser une réunion. Mais c’est grâce aux conversations en personne que la magie opère. On a donc demandé à nos collègues quelle était la condition de travail qu’ils et elles aimeraient le plus changer. Leurs réponses nous ont donné de l’information précieuse sur les changements souhaités au travail. On a ensuite pu les regrouper et les mobiliser autour de ces questions. »

  1. Faire un suivi

Il est essentiel de faire un suivi après chaque premier échange. Une campagne bien planifiée doit prévoir du temps et des ressources pour effectuer les suivis, répondre aux questions et garder un rythme soutenu.

Sarah : « Il y a des gens à qui il faut parler plus d’une fois avant qu’ils ne signent leur carte. Certaines personnes ne sont peut-être pas intéressées au départ, mais seront prêtes à signer une carte deux mois plus tard. C’est souvent le cas lorsque l’employeur continue d’imposer des changements négatifs. On sème des graines. »

Tina : « Faire un suivi, c’est très important. C’est une étape que les organisatrices et organisateurs oublient parfois. Lorsqu’on a déjà eu un échange direct avec une personne, faire un suivi peut être aussi simple qu’envoyer un texto ou un courriel. Certains groupes sont plus ouverts à la syndicalisation que d’autres. Et chaque personne a son propre rythme. Il y a des membres qui signent leur carte si rapidement qu’elle expire avant le dépôt de la demande et il faut la leur faire resigner. Pendant une campagne de syndicalisation, il faut accepter que l’échéancier établi ne sera pas toujours suivi. Il faut savoir s’adapter. »

Pour mieux comprendre comment joindre efficacement les gens, nous avons demandé aux membres les outils de communication utilisés pendant leur campagne de syndicalisation : des rencontres en personne aux publications imprimées, en passant par les plateformes numériques. Nous voulions également évaluer dans quelle mesure les nouvelles technologies façonnent désormais le travail de syndicalisation.
  

Les outils qui mobilisent les travailleuses et travailleurs

  1. Conversations individuelles

Tout le monde a souligné l’importance des conversations individuelles, soit d’échanger directement avec une personne à la fois.

Trista : « On a commencé par parler aux personnes qu’on connaissait. C’est la clé pour mettre les choses en marche. Puis, ces personnes ont parlé à celles qu’elles connaissaient. Les relations interpersonnelles font toute la différence. Ça fonctionne vraiment. Les personnes conseillères à la syndicalisation du SCFP nous ont offert de la formation et un script pour guider nos conversations avec les membres potentiel(le)s. »

Wendy : « On a eu beaucoup de conversations individuelles, sans trop faire de bruit, en coulisses. On comptait sur le bouche-à-oreille et on restait disponibles pour répondre aux questions qui émergeaient. »

Sarah : « C’est grâce aux conversations individuelles que la magie opère. C’est certain à 100 %! Un site web ou un dépliant ne donnent pas d’aussi bons résultats. Il faut faire preuve d’ouverture, et les gens doivent se sentir à l’aise de venir vers nous. Il faut partir de leur réalité et il ne faut pas se fâcher s’ils ne partagent pas, à ce moment-là, nos idées et nos valeurs. »

Tina : « Les membres responsables de l’organisation et les bénévoles ont fait beaucoup de promotion de manière informelle auprès de leurs connaissances, parfois via Messenger ou Instagram. Mais rien ne peut remplacer les conversations individuelles. On ne change pas une recette gagnante! »

  1. Bases de données

Pendant une campagne de syndicalisation, il faut être méthodique et bien consigner toutes les informations pour garder le fil des membres potentiel(le)s et des apprentissages faits en cours de route. Le meilleur outil dépendra de la campagne. Il peut être simple ou plus complexe; l’important c’est qu’il permette de savoir à qui on a parlé, ce qui a été dit et ce qu’il faut faire ensuite.

Tina : « Évidemment, avec un grand groupe, il faut noter qui a été contacté et qui ne l’a pas encore été. Il faut être méthodique. On a utilisé la plateforme Action Builder, qui était parfaite pour nos besoins. »

Trista : « On a utilisé l’outil en ligne qui s’appelle Action Builder. Il est possible d’ajouter des membres, d’inclure des notes, d’indiquer des relations… »

Sarah : « On a simplement utilisé Excel. Une personne dans l’équipe était très douée avec ce logiciel. »

  1. Signature de cartes

La signature d’une carte d’adhésion au syndicat est une étape clé d’une campagne de syndicalisation. Selon le milieu de travail, il est possible d’utiliser des cartes en papier, un formulaire en ligne, ou un mélange des deux.

Sarah : « Vous pourriez penser qu’en maîtrisant l’envoi de courriels, les réseaux sociaux ou les cartes électroniques, tout sera plus facile. Ce n’est pas nécessairement vrai. La technologie est utile, mais ça reste un outil. Les gens pouvaient signer électroniquement, on avait des codes QR avec nous. Mais on a aussi utilisé la bonne vieille méthode. On ne peut pas voir qui a signé une carte en ligne. Les cartes en papier sont donc utiles pour suivre facilement nos progrès. Ça prend 20 secondes et c’est fait. »

Trista : « On avait des cartes physiques que les gens pouvaient signer. Ça nous permettait d’avoir une conversation en même temps. On avait aussi des cartes en ligne. C’était plus facile pour certaines personnes. »

Tina : « On a utilisé des cartes numériques. C’était super. Ça a facilité notre travail. On avait des cartes imprimées également, mais on ne les a presque pas utilisées comme on avait en tout temps avec nous un code QR qui menait à la carte numérique. Cette stratégie a bien fonctionné pour notre groupe. »

  1. Présence sur le terrain

C’est grâce à la présence sur le terrain qu’une campagne de syndicalisation prend vie. Elle nous offre l’occasion d’avoir des conversations en personne, de partager notre vécu, de transmettre des informations et de faire des suivis. Il est plus facile de parler du syndicat, de répondre aux questions et de mobiliser les gens en étant sur le terrain.

Trista : « On a installé des tables dans différents lieux de travail, pour pouvoir donner de l’information, promouvoir le syndicat et répondre aux questions des membres potentiel(le)s. On a réussi à convaincre la direction de l’école de nous laisser faire. On était aux principaux sites de travail 12 heures par jour pendant 8 jours consécutifs. »

Tina : « On a organisé des “coll-actions”, des “collations” en “action” : avec notre chariot à café, on se promenait d’un bâtiment à l’autre pour cogner aux portes des employé(e)s et leur distribuer des collations et du café. On avait ainsi l’occasion de parler du syndicat directement avec les membres potentiel(le)s. Si la direction posait des questions, on disait simplement qu’on faisait une activité de reconnaissance du personnel. »

Wendy : « On voulait aller à la rencontre des gens. Comme on ne pouvait pas faire de recrutement sur le terrain de l’école, notre équipe rencontrait les travailleuses et travailleurs juste à l’extérieur de ses limites. On a eu des “discussions de stationnement” tout près de l’école. On avait des tracts. On avait des cartes à signer. On a d’abord mené notre campagne plus discrètement. Puis, le moment venu, on a maximisé sa visibilité. On a organisé une assemblée en personne pour réunir un plus grand groupe et répondre à toutes les questions. Plus de 200 personnes sont venues. C’était un vrai succès! »

Sarah : « Les vols étaient parfois une occasion de recruter les agent(e)s de bord avec qui on travaillait. On se retrouve souvent avec des personnes différentes comme les équipes changent. D’autres fois, on allait tout simplement dans des aéroports pour parler aux gens. »

  1. Courriels et applications mobiles

Les applications de messagerie et les courriels peuvent faciliter la coordination de l’équipe, le partage d’information et la réactivité, particulièrement lorsque les gens sont dispersés à plusieurs endroits ou qu’il faut faire preuve de discrétion.

Trista : « On a créé des discussions de groupe, surtout via WhatsApp, pour les organisatrices et organisateurs afin de partager de l’information et de répondre aux questions. J’ai beaucoup utilisé les textos pour contacter les membres. Ça fonctionne mieux, selon moi, que les courriels. Avec les textos, je sais que les messages ont été lus. »

Sarah : « Il y avait déjà des discussions de groupe créées par le personnel de cabine pour discuter de certains sujets ou obtenir du soutien. C’était facile de s’y connecter pour répondre aux questions sur la syndicalisation. »

Wendy : « On a utilisé les courriels. On avait beaucoup d’adresses courriel provenant d’anciennes listes et d’une pétition. »

Tina : « Les outils numériques peuvent être très utiles. On a organisé des réunions sur des plateformes numériques, ce qui nous permettait de nous rencontrer discrètement. Les réunions en ligne permettaient également aux gens d’un peu partout sur le campus de participer facilement. On a aussi utilisé les courriels, mais c’était moins efficace que les conversations individuelles. C’est utile pour transmettre de l’information, mais ce n’est pas le meilleur outil pour convaincre ou mobiliser les gens. »

  1. Réseaux sociaux

Les réseaux sociaux font partie de notre quotidien. Et pour un grand nombre de travailleuses et travailleurs, c’est là où les conversations ont lieu. Mais est-ce un outil efficace pour la syndicalisation et la mobilisation?

Wendy : « On avait un groupe Facebook. Il fallait contrôler qui joignait ou non le groupe. On communiquait de l’information et les dates de nos activités, comme notre assemblée. Mais les réseaux sociaux sont une arme à double tranchant. Les informations sur la campagne peuvent s’ébruiter. »

Sarah : « Il y avait un groupe Facebook comptant des centaines de membres. Grâce aux commentaires, on pouvait savoir immédiatement qui était favorable au syndicat. On pouvait publier du contenu et répondre aux questions. On a conçu des règles et des lignes directrices et on a demandé aux gens de faire attention à leurs propos. Il faut toujours faire preuve de prudence et de respect : une saisie d’écran peut facilement être envoyée à l’employeur. »

Tina : « Dans une autre campagne, on a essayé d’utiliser les annonces numériques sur les réseaux sociaux. Cependant, pour être honnête, c’est très difficile de cibler le bon public. »

Chaque campagne de syndicalisation connaît ses obstacles : mésinformation, pression, peur et crainte de représailles lorsqu’on prend position. Une partie du travail consiste à définir ces obstacles et à intégrer des solutions dans notre stratégie. Bien sûr, il faut aussi rappeler aux gens les avantages d’être membres d’un syndicat : des protections, de meilleurs droits et de réels gains qui découlent du pouvoir collectif.
  

Les avantages d’un syndicat

Trista : « L’un des principaux défis d’une campagne de syndicalisation, c’est de contrer la mésinformation. Parfois, les fausses informations se répandent vite. Certains employeurs utilisent des tactiques alarmistes ou mettent leurs employé(e)s en garde contre les syndicats, qu’ils appellent “de tiers partis”. Il y a des gens qui craignaient de perdre leur emploi s’ils nous parlaient. Alors, on a travaillé fort pour s’assurer qu’autant de personnes que possible sachent que de se syndiquer est un droit protégé par la loi. On leur a rappelé que ce sont les membres qui forment le syndicat. Il ne s’agit pas d’une organisation externe. On a aussi souligné toutes les victoires du SCFP au fil des ans : des hausses salariales, de meilleurs avantages sociaux, des droits d’ancienneté et plus encore. Et surtout, on a insisté sur le pouvoir collectif. »

Tina : « Quand on mène une campagne de syndicalisation, on éduque aussi les gens. On doit leur expliquer leurs droits, notamment en ce qui concerne la confidentialité du processus de signature de cartes. »

Wendy : « Dans notre cas, la campagne de peur a été menée par “l’association”, le pseudo-syndicat qui était là avant le SCFP. Elle racontait que l’employeur pourrait imposer des mesures disciplinaires. Et l’employeur n’était pas blanc comme neige dans cette histoire. Mais on a réussi à convaincre les travailleuses et travailleurs qu’aucune mesure disciplinaire ne pouvait leur être imposée pour avoir discuté de former un syndicat. Quand on accepte d’être réduit au silence, on donne aux autres beaucoup de pouvoir. En même temps, c’était une campagne positive. On a pris le temps de tout expliquer. Oui, les cotisations seraient plus élevées, mais on a expliqué les avantages additionnels de joindre le SCFP. Il fallait également renseigner nos collègues sur ce qu’apporte un vrai syndicat, parce que de nombreuses personnes avaient eu de mauvaises expériences par le passé. »

Sarah : « Parfois, les employeurs diront : “Ne formez pas de syndicat. On est une famille!” Mais quand on a une relation employeur-employé(e)s, on n’est pas une famille. Par moment, beaucoup d’entre nous, dont moi, avaient l’impression de se faire surveiller de près, ce qui a engendré de la peur et de la frustration. Ça a été révélateur, et ça a aidé à convaincre des membres potentiel(le)s de se joindre au syndicat pour bénéficier du filet de sécurité qu’il offre. Par exemple, une échelle salariale à deux niveaux était en place depuis 5 ans avant d’être retirée pendant notre campagne. L’employeur souhaitait augmenter la période sur appel de 12 à 24 heures, sans hausser la rémunération prévue pour les heures additionnelles! Il voulait également arrêter de payer pour nos déjeuners quand on dormait à l’hôtel. Quand on gagne l’équivalent du salaire minimum, ça fait une différence. C’est le genre de faits qu’on a utilisés pour mobiliser nos collègues. Et les avantages d’un syndicat sont à la fois collectifs et individuels : certaines personnes sont interpellées par la solidarité et l’action collective, tandis que d’autres souhaitent adhérer au syndicat pour des raisons personnelles ou des griefs. C’est la réalité. »

Une campagne de syndicalisation requiert de la patience et une approche planifiée sur le long terme. C’est ce qui permet de créer l’élan nécessaire à la victoire. Et même lorsqu’une tentative de syndicalisation échoue la première fois, il faut continuer. Il faut faire preuve de patience et de persévérance, parce que l’objectif est plus grand qu’une simple campagne : il s’agit d’améliorer la vie des travailleuses et travailleurs et d’amplifier leurs voix.

Un autre principe essentiel, c’est la capacité de s’adapter. Les réalités sur le terrain varient grandement, et notre approche doit en tenir compte. Il ne faut pas hésiter à innover et à essayer de nouvelles tactiques, tout en tenant compte du milieu de travail et des gens qu’on tente de joindre.

Alors, est-ce que la syndicalisation a radicalement changé au cours des dernières années? En partie seulement. Les principes fondamentaux restent les mêmes : identifier les membres potentiel(le)s, les impliquer et les mobiliser. Ce qui change, ce sont les outils choisis : la technologie et les façons de transmettre l’information. Ce que nous retenons de nos conversations avec Trista, Tina, Wendy et Sarah, c’est qu’une campagne de syndicalisation efficace commence par une approche adaptée à la réalité des travailleuses et travailleurs, et repose sur les conversations individuelles. Tout le reste soutient ce travail.

Nous remercions les personnes rencontrées dans le cadre de cet article pour leur temps et leur contribution.