Ce profil a pour but d’offrir aux membres du SCFP des renseignements de base sur le secteur dans lequel ils travaillent, et ce, dans une perspective nationale.

Les 22 595 employés de bibliothèque affiliés au SCFP fournissent des services de première ligne à travers tout le pays. Parmi eux, 12 495 sont membres d’une des 199 sections locales regroupant les employés des bibliothèques publiques. Les autres appartiennent à des sections locales d’autres secteurs (municipalités, universités, collèges et écoles).

Les membres sont surtout bibliothécaires, commis de bibliothèque, techniciens-archivistes et pages. Ce sont des femmes en très grande majorité (85 pour cent). Douze pour cent des membres sont racisés.

De nombreux employés de bibliothèque occupent un poste occasionnel ou à temps partiel. Le SCFP représente 80 pour cent de tous les employés de bibliothèque syndiqués au Canada. La majorité d’entre eux sont en Ontario, au Québec, en Alberta et en Colombie-Britannique, mais nous avons des membres dans presque toutes les autres provinces.

La bibliothèque, un carrefour communautaire

La bibliothèque fait souvent office de carrefour communautaire. Ses salles de réunion servent aux organismes communautaires. Son personnel anime des activités éducatives et des clubs de lecture. Ses ordinateurs publics sont si populaires qu’on fait la queue pour les utiliser. Les bibliothèques publiques du pays accueillent 100 millions de visiteurs et prêtent 2,1 millions de livres par année. Près des deux tiers des Canadiens ont une carte de bibliothèque.

Les bibliothèques sont les seules institutions publiques à fournir un accès gratuit à Internet. Leurs quelque 8500 ordinateurs servent 18 millions de fois par an. Les bibliothèques offrent des services aux aînés, de l’aide à l’emploi, des cours de langues et d’alphabétisation, de l’aide à la préparation de l’examen pour l’obtention de la citoyenneté, ainsi que de l’aide à la rédaction d’un curriculum vitæ pour les nouveaux arrivants.

Après la récession de 2008, la fréquentation des bibliothèques a bondi : les gens cherchaient du travail, voulaient parfaire leur formation ou s’y rendaient simplement pour trouver un havre de paix. Chaque mois, plus de 200 000 Canadiens visitent leur bibliothèque publique pour obtenir de l’aide dans leur recherche d’emploi.

Financement

Les bibliothèques sont financées par les gouvernement fédéral, provinciaux et municipaux. Les municipalités sont les principaux bailleurs de fonds, avec des investissements plus importants que le fédéral et les provinces mis ensemble. Le fédéral finance uniquement les bibliothèques nationales. Les provinces et les territoires financent les bibliothèques publiques, scolaires, universitaires et collégiales.

Le financement fédéral a varié beaucoup au fil des ans. Il a été réduit sévèrement depuis une dizaine d’années. Le fédéral a réduit de beaucoup la main-d’œuvre, en plus de fermer plusieurs bibliothèques de ministères. Ces fermetures ont signé la fin des prêts entre bibliothèques à partir des collections, en plus de menacer la survie de documents irremplaçables et d’entraîner le départ de chercheurs expérimentés.

Les budgets provinciaux et municipaux sont tout aussi menacés. En 2016, le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador a annoncé son intention de fermer 54 bibliothèques pour économiser moins d’un million de dollars. Près de 60 femmes, surtout en région rurale, auraient perdu leur emploi. La section locale 2329, qui représente les employés de bibliothèque de la province, et le SCFP-Terre-Neuve-et-Labrador ont réussi à stopper ces fermetures. On pourrait même assister à l’ouverture de nouvelles bibliothèques.

En 2017, le SCFP a organisé les plus grandes journées d’action de l’histoire récente de la Saskatchewan pour réagir aux compressions annoncées dans le budget provincial. Nous avons mobilisé jusqu’à 6000 personnes pour des « manifestations-lectures » dans plus de 70 communautés sous le slogan Save SK Libraries (Sauvons les bibliothèques de la Saskatchewan). Des centaines de syndiqués du SCFP et d’autres membres de la communauté ont contacté leur député par lettre, par téléphone ou en personne. On a fait signer des milliers de pétitions. On a aussi inondé les journaux et les stations de radio d’appels à sauver les bibliothèques. Sous la pression, le gouvernement de la Saskatchewan a annoncé qu’il annulerait complètement les compressions budgétaires de 4,8 millions de dollars.

À Toronto aussi, le budget des bibliothèques a été gravement menacé. En 2011, la ville a essayé de réduire l’enveloppe de dix pour cent, mais la campagne de riposte de la section locale 4948 a permis de réduire la portée des compressions et même d’obtenir une majoration budgétaire en 2014.

ENJEUX

La montée du travail précaire

Selon le Sondage national sur la précarité d’emploi auprès des travailleurs de bibliothèque du SCFP, un fort pourcentage des syndiqués occupent un poste précaire, c’est-à-dire à temps partiel, temporaire, occasionnel ou à contrat. Ces postes offrent moins d’heures de travail permanentes à temps plein et moins d’avantages sociaux (quand il y en a), comme des assurances collectives ou un régime de retraite.

Le sondage révèle que 52 pour cent des employés de bibliothèque publique et 54 pour cent des travailleurs de bibliothèque employés par les municipalités, les conseils et commissions scolaires et les universités occupent un poste précaire ou sont vulnérables à la précarité. Les travailleurs qui occupent un emploi précaire ont tendance à travailler moins qu’un horaire à plein temps, à gagner moins de 40 000 dollars par an, à occuper plus d’un emploi et à travailler comme commis de bibliothèque, aide-bibliothécaire ou page.

Beaucoup d’employés à temps partiel doivent cumuler plus d’un emploi pour boucler leurs fins de mois. Ils ont de la difficulté à assurer la coordination avec leurs autres emplois ou à équilibrer travail et famille, en raison des quarts fractionnés et de leurs horaires variables. D’ailleurs, avec si peu de postes à temps plein, il est difficile d’attirer des jeunes dans ce secteur. La montée du travail précaire a aussi des répercussions sur la qualité et l’étendue des services offerts.

Santé et sécurité

La santé et la sécurité au travail demeurent préoccupantes. Un sondage du SCFP-Colombie-Britannique mené auprès de plus de 500 employés de bibliothèque a permis d’apprendre que ceux-ci sont témoins de menaces verbales, d’usagers en état d’ébriété, de consommation de drogues, de vols et de consultation de matériel explicite. Ils doivent intervenir dans bon nombre de cas. Plus de 65 pour cent des répondants affirment être exposés à des risques biologiques, comme des excréments, de l’urine, des seringues usagées et des punaises de lit.

Les bibliothèques publiques comptent parmi les derniers lieux publics sécuritaires à être ouverts à tous. Elles servent de havre de paix pour les personnes souffrant de maladie mentale, les toxicomanes et les sans-abris. Les employés doivent intervenir quotidiennement auprès de personnes vulnérables et marginalisées. Ils doivent accomplir des tâches plus communément associées au travail social, alors qu’ils ont souvent très peu ou pas de formation dans la résolution de conflit. Il arrive que la situation se détériore et que l’employé subisse de la violence physique ou verbale et du harcèlement. Les employés de bibliothèque sont particulièrement vulnérables lorsqu’ils travaillent seuls.

Ils courent aussi des risques de blessures au dos et de microtraumatismes répétés à force de soulever des livres, des boîtes et des sacs. De plus, plusieurs bibliothèques sont situées dans des bâtiments âgés ou mal entretenus. L’air y est souvent de mauvaise qualité. On y trouve des moisissures, de l’amiante et des gaz dégagés par la décomposition des microfilms et des films.

Des bibliothèques sans personnel

Le modèle de bibliothèque sans personnel pose des menaces supplémentaires. Cette mesure de réduction des coûts existe déjà dans certaines régions d’Europe et elle s’est étendue à quelques villes canadiennes, notamment Toronto, Hamilton et Calgary. Dans ce type de bibliothèque, il n’y a aucun employé pendant de longues plages horaires. L’établissement n’est surveillé que par vidéosurveillance, ce qui fait craindre pour la sécurité publique. En effet, la réduction des budgets et du personnel de sécurité a entraîné une augmentation du nombre d’incidents violents dans les bibliothèques publiques de Toronto.

Privatisation et réorganisation

La privatisation affecte les bibliothèques de diverses manières. La sous-traitance des services bibliographiques (commande, traitement, matériel de catalogage, technologie) est une menace courante.

L’enregistrement des prêts et des retours en mode libre-service est également répandu. Il entraîne la perte de postes et l’érosion d’une culture du service de première ligne appréciée de la clientèle. Cette culture est aussi mise à mal par les entrepreneurs privés qui ont tendance à tourner les coins ronds, à réduire le personnel et à exercer une pression à la baisse sur les salaires et les avantages sociaux.

Les partenariats public-privé (PPP) constituent une menace récente. La Ville d’Ottawa a envisagé un PPP pour la nouvelle succursale principale de sa bibliothèque publique. La section locale 503 du SCFP, qui représente les employés de la bibliothèque publique d’Ottawa, s’est alliée à des militants et des groupes communautaires pour faire campagne publiquement contre tout projet en PPP.

La ville a fini par abandonner cette idée au profit de l’installation de la succursale et de Bibliothèque et Archives Canada, dans un nouveau projet de développement près du centre-ville. Cette « super-bibliothèque », comme on l’appelle, devrait ouvrir ses portes en 2024.

Services aux communautés autochtones

Dans les petites communautés autochtones rurales et isolées, les services bibliothécaires sont médiocres ou font complètement défaut. De nombreuses communautés n’ont pas accès à une bibliothèque publique adéquatement financée, particulièrement dans les réserves ou en région éloignée. Le manque de matériel publié dans les langues autochtones contribue au déficit général de ressources. Des groupes de revendication exhortent les gouvernements à accroître leurs budgets.

Innovations technologiques

L’identification par radiofréquence (RFID), un code-barres électronique qui sert à suivre le déplacement des livres, DVD, CD et autres documents bibliothécaires, menace le travail des employés de bibliothèque, parce qu’elle permet aux usagers d’enregistrer leurs prêts et leurs retours sans l’aide d’un employé.

D’abord introduite comme un outil pour faciliter le travail des employés, la RFID est de plus en plus utilisée pour éliminer des postes. Les bibliothèques du district Vancouver-Nord, d’Ottawa et d’Halifax ont commencé à utiliser cette technologie.

GOCIATIONS

La plupart des sections locales du secteur des bibliothèques négocient directement avec l’employeur. Dans certaines régions, la stratégie de négociation inclut une section locale éclaireuse ou la coordination limitée. Les hausses salariales négociées demeurent très modestes, soit deux pour cent ou moins.

La précarité d’emploi dans le secteur représente un défi de taille à la table de négociations. La section locale 4948, qui représente les employés de la bibliothèque publique de Toronto, a obtenu de modestes améliorations à la précarité. Plus de la moitié des emplois y sont considérés comme précaires.

À Mississauga en Ontario, 390 membres de la section locale 1989 du SCFP ont fait la grève pendant trois semaines pour obtenir des améliorations pour les employés à temps partiel, qui composent plus de la moitié de la main-d’œuvre. Le nouveau contrat accorde aussi aux pages une augmentation qui fait passer leur salaire à près de 15 dollars l’heure. 

En Colombie-Britannique, les employés de la bibliothèque publique de Grand Forks, membres de la section locale 2254, ont négocié l’élimination d’un salaire horaire inférieur pour les nouveaux employés.

Autre menace récente dans les négociations : les demandes de concessions sur les congés de maladie. La soixantaine de membres de la section locale 2974 dans le comté d’Essex en Ontario, ont fait la grève parce que leur employeur voulait les réduire de moitié. Cette grève a duré 14 semaines et plusieurs succursales ont été fermées durant le conflit.

Les employés des conseils de bibliothèque publique sont déjà les moins susceptibles d’avoir droit à des congés de maladie payés. Selon le Sondage national sur la précarité d’emploi mené auprès des travailleurs de bibliothèque du SCFP, 64 pour cent des employés de bibliothèque publique y ont accès, contre 80 pour cent des employés des bibliothèques municipales, scolaires et universitaires.

Enfin, les employés de bibliothèque et leurs sections locales se battent pour protéger et bonifier les régimes de retraite. À l’Université Carleton à Ottawa, les membres de la section locale 2424 ont fait la grève pendant quatre semaines. La nouvelle convention collective reconnaît la nature à prestations déterminées de leur régime et empêche l’employeur d’y apporter des modifications unilatéralement.

GIMES DE RETRAITE

Selon les dernières données sur les membres des sections locales du SCFP représentant seulement des employés des bibliothèques publiques, 92 pour cent de ces membres ont accès à un régime de retraite enregistré, à prestations déterminées dans la plupart des cas.

La plupart des travailleurs à temps partiel et occasionnels sont exclus des régimes de retraite au travail ou sont tenus de satisfaire à des règles d’admissibilité élevées. Cela touche particulièrement les travailleurs des petits conseils de bibliothèques, composés principalement d’une main-d’œuvre à temps partiel.

ALLIÉS

Le SCFP a tissé des liens créatifs avec des alliés afin de promouvoir et protéger les bibliothèques. À Terre-Neuve-et-Labrador, il a participé à un projet pilote d’alphabétisation en bas âge impliquant le gouvernement et des organismes communautaires. Les membres de la section locale 2329 ont animé 12 séances.

À Toronto, la section locale 4948 fait énormément de sensibilisation populaire sur les effets du budget municipal. Chaque année, elle anime un kiosque à la foire nationale du livre et de l’alphabétisation Word on the Street, pour parler de sa lutte contre les compressions avec les 250 000 visiteurs qui participent à cet événement. Son kiosque de prise de photos avec lunettes de bibliothécaire connaît un vif succès.

Les membres et le personnel du SCFP participent à plusieurs congrès annuels à travers le pays, dont ceux des associations des bibliothèques de la Colombie-Britannique, de l’Ontario et des provinces atlantiques, sans oublier la Fédération canadienne des associations de bibliothèques.