6 questions pour Samiya Syeda, travailleuse de bibliothèque et militante en santé et en sécurité

À l’occasion du Mois des bibliothèques au Canada et de l’Année de la santé et de la sécurité du SCFP, nous mettons en lumière le travail et l’implication de Samiya Syeda, membre du SCFP 4948. Samiya travaille à la Bibliothèque publique de Toronto depuis 23 ans. Membre depuis longtemps de son comité mixte de santé et de sécurité, elle est également représentante en santé et en sécurité au sein de sa section locale. Dans le cadre de son implication, elle souhaite prévenir la violence au travail, aider le personnel de bibliothèque à faire face à la crise des surdoses et s’assurer qu’il a accès au soutien et aux ressources nécessaires pour travailler en toute sécurité.

1. Qu’est-ce qui vous a amenée à devenir représentante en santé et en sécurité?

J’ai une formation en sciences. M’impliquer dans le domaine de la santé et de la sécurité m’a permis de mettre mes connaissances à profit. Ce que j’aime le plus dans ce rôle, c’est aider les autres et leur donner les outils pour faire valoir leurs droits et assumer leurs responsabilités de façon proactive.

2. Quelles fausses idées circulent au sujet du travail en bibliothèque?

Premièrement, les gens croient qu’on ne vit pas de violence ou de harcèlement. Ils ne voient pas les obstacles qu’on rencontre pour accomplir notre travail en toute sécurité. Ensuite, il y a la question du financement. Les bibliothèques ne sont pas financées de la même façon que les autres services municipaux, malgré le grand nombre de services gratuits qu’elles offrent à la communauté. On effectue des recherches, on éduque les gens, on défend des causes, et bien d’autres choses encore. Pourtant, l’étendue des services qu’on offre demeure méconnue.

3. Quels sont les principaux problèmes de santé et de sécurité dans votre milieu de travail?

Les deux problèmes les plus importants sont la violence au travail et la crise des surdoses. Les bibliothèques offrent un espace sûr à tout le monde, mais des enjeux comme l’itinérance, les problèmes de santé mentale, l’insécurité en matière de logement et l’insuffisance des services sociaux se répercutent souvent dans nos établissements. Certains parents craignent d’amener leurs enfants à la bibliothèque en raison de la violence, particulièrement dans les secteurs où les besoins sont les plus criants. Ces problèmes affectent le moral du personnel. En participant à des conférences du SCFP et en échangeant avec des représentant(e)s d’autres sections locales, j’ai constaté que les problèmes étaient similaires dans les bibliothèques partout au pays.

4. Qu’a fait votre section locale pour s’attaquer à ces problèmes?

Malgré la persistance de ces problèmes, on a réussi à mettre en place des mesures de soutien et d’éducation pour y faire face.

En ce qui concerne la crise des surdoses, on devait non seulement composer avec le manque de soutien offert à nos membres, mais aussi lutter contre la désinformation et les préjugés. J’ai constaté d’importantes lacunes dans la formation offerte à nos membres. Beaucoup ne savaient pas reconnaître les signes d’une surdose ni comment intervenir adéquatement en raison de protocoles désuets. Puis, le gouvernement provincial a fermé des sites d’injection supervisée, et les bibliothèques se sont soudainement retrouvées en première ligne de la crise. Nos protocoles d’intervention habituels ne suffisaient plus. J’ai donc contacté tous les centres de santé communautaires qui offrent de la formation et des services d’intervention en cas de surdose pour en savoir plus sur leur approche. C’est ainsi que j’ai rencontré Ray Clark, conseiller en promotion de la santé au centre de santé communautaire Parkdale Queen West et au HART Hub. Il a collaboré avec nous au sein d’un groupe de travail sur les surdoses, mis sur pied par l’employeur, afin de revoir nos protocoles et d’élaborer une formation adaptée aux besoins de nos membres. On dispose maintenant de soutien et de connaissances sur la manière d’intervenir avec empathie auprès des personnes touchées jusqu’à l’arrivée des services professionnels.

Malgré l’hésitation initiale, qui était tout à fait compréhensible, il devenait évident qu’on ne pouvait pas ignorer la crise. Elle était à nos portes et on devait y réagir. Les bibliothèques ne peuvent pas remplacer les services sociaux et médicaux, mais, en tant que lieux de confiance au sein de la communauté, elles se retrouvent souvent en première ligne de ces difficultés. Notre rôle consiste à offrir un soutien immédiat et empreint de compassion, dans les limites de nos capacités.

Pour lutter contre la violence au travail, on a réclamé la mise en place d’un programme d’intervention. On dispose maintenant d’une procédure étape par étape à suivre en cas d’incident violent, d’un système nous informant de la présence de personnes faisant régulièrement l’objet d’une interdiction d’accès et d’une marche à suivre, ainsi que de congés après un incident violent. On a obtenu ces mesures grâce à des consultations avec l’employeur et à la négociation collective.

5. Pouvez-vous nous expliquer comment la collaboration entre votre comité mixte de santé et de sécurité et votre équipe de négociation a permis d’obtenir des changements concrets pour les membres?

Dans notre section locale, on mise beaucoup sur la collaboration. Notre équipe de négociation était ouverte aux commentaires et aux recommandations de notre comité mixte de santé et de sécurité et nous a donné une grande marge de manœuvre pour apporter des changements. Pendant les négociations, on s’est battus pour conserver notre libellé définissant la violence, qui est plus précis et rigoureux que la définition prévue par la Loi sur la santé et la sécurité au travail de l’Ontario. On a également insisté pour qu’une lettre d’entente soit conclue sur la sécurité et le bien-être psychologiques au travail. Parfois, le comité mixte de santé et de sécurité remporte de petites victoires sans avoir à déposer de grief ni à négocier. Mais, dans l’ensemble, il est important de les intégrer à la convention collective afin d’assurer une protection durable aux travailleuses et travailleurs. Nos objectifs sont les mêmes : on veut un milieu de travail sûr où nos membres peuvent s’épanouir.

6. Comment pourrait-on mieux soutenir le personnel de bibliothèque?

Comme le personnel de bibliothèque représente une faible proportion de la main-d’œuvre, tant à l’échelle nationale que provinciale, nos voix sont souvent laissées de côté. La perception qu’a le public des bibliothèques est souvent façonnée par ce qu’il voit au cinéma et à la télévision, ce qui reflète rarement toute l’étendue de notre travail et la complexité des défis auxquels on fait face. Pour améliorer la situation, les élu(e)s doivent entendre les témoignages du personnel de bibliothèque sur sa réalité, ses conditions de travail et les besoins croissants auxquels il doit répondre. Il est tout aussi important de reconnaître que le personnel de bibliothèque occupe une variété de postes aux responsabilités uniques. Les employé(e)s de chaque catégorie d’emploi méritent d’être entendu(e)s et représenté(e)s dans ces discussions. Je crois qu’il est essentiel de faire connaître les expériences du personnel de bibliothèque pour aider le public à mieux comprendre notre profession et à la reconnaître pour ce qu’elle est.