Les bibliothèques en première ligne face aux crises dans nos communautés

Par Katherine Norton - Communications du SCFP

Souvent considérées comme des endroits calmes où les gens s’assoient pour lire un livre, les bibliothèques publiques ont vu leur rôle énormément évoluer au fil du temps. Selon Leah Freitag, superviseure du service à la clientèle à la bibliothèque du centre-ville de Regina et présidente du SCFP 1594, les bibliothèques sont devenues des pôles communautaires dynamiques qui offrent une multitude de services, ce qui entraîne en contrepartie une multiplication des problèmes de santé et de sécurité. 

Le travail de Leah consiste à soutenir les travailleuses et travailleurs de première ligne et à coordonner les affectations dans la grande succursale du centre-ville, en s’assurant que chaque espace est bien desservi, ce qui demande une planification rigoureuse au quotidien. « C’est comme recommencer un énorme casse-tête chaque jour », explique-t-elle, ajoutant que le défi de veiller à ce que tout roule comme sur des roulettes lui plaît énormément.

Leah rappelle que les bibliothèques d’aujourd’hui offrent bien plus que des livres, même si l’accès à la lecture demeure une partie importante de leur mandat. En effet, beaucoup de personnes comptent sur les services d’accès à Internet des bibliothèques pour communiquer avec leur famille, prendre part à des entrevues d’emploi en ligne ou accéder à des services sociaux. Les bibliothèques proposent également des cours de langue pour les personnes nouvellement arrivées au pays, ainsi que des événements communautaires, des ateliers de broderie ou de peinture, des groupes de conversation et d’autres activités pédagogiques. La succursale où travaille Leah comprend aussi un studio de création numérique doté d’un écran vert; on peut y enregistrer des vidéos ou de la musique, faire du montage et découvrir différents outils, dont des imprimantes 3D. 

Leah est également fière de défendre haut et fort l’organisation d’heures du conte drag à sa bibliothèque. Pour elle, ces activités sont au cœur de la mission des bibliothèques : donner accès à une diversité de points de vue et assurer la représentation de l’ensemble des membres de la communauté.

« Si on étouffe la voix d’une personne, on risque de faire taire tout le monde », argumente-t-elle. Les bibliothèques doivent refléter la diversité des communautés desservies. C’est en veillant à ce que les programmes et le matériel soient représentatifs de différentes identités et perspectives qu’on crée un environnement accueillant tant pour la clientèle que pour le personnel.

Leah affirme que les enfants qui assistent à l’heure du conte drag font souvent preuve de curiosité et d’enthousiasme, se laissant facilement transporter par la créativité et les histoires hautes en couleur. Dans certains cas, ce type d’activité expose les familles à des façons différentes d’exprimer son identité et de développer l’acceptation de soi.

Ce rôle élargi des bibliothèques soulève toutefois des enjeux de santé et de sécurité de plus en plus importants pour Leah et ses collègues. Comme elles sont des espaces ouverts et accessibles, tout le monde y est bienvenu, y compris de nombreuses personnes qui vivent des situations difficiles. 

« Les gens qui entrent ici proviennent de différents horizons, et on souhaite offrir à tout le monde un milieu sécuritaire. On accueille souvent des gens qui traversent des moments très difficiles, ce qui peut parfois mettre leur sécurité ou celle des autres en péril. On doit donc trouver l’équilibre entre les besoins de ces personnes en détresse et la sécurité de la clientèle et du personnel », souligne Leah.

En tant que membre active des comités régional et national de santé et de sécurité au travail, Leah est heureuse que le SCFP ait désigné 2026 comme l’Année de la santé et de la sécurité. Elle souligne notamment l’importance grandissante des questions de santé et de sécurité psychologiques dans les milieux de travail où le personnel interagit beaucoup avec le public. 

« On a encore bien des choses à apprendre sur la santé et la sécurité psychologiques. La vie est dure pour beaucoup de gens ces temps-ci, et, pour le personnel de bibliothèque, il y a aussi toute la charge mentale qui vient avec le fait de travailler auprès du public et d’être exposé aux difficultés vécues dans la communauté. Je pense qu’on commence à peine à comprendre les répercussions à long terme de ces situations pour le personnel de bibliothèque. Je crois qu’on doit continuer à sensibiliser les gens aux enjeux de santé psychologique, à en parler pour briser les tabous autour de la santé mentale, et à insister sur le fait qu’on a le droit de ne pas aller bien. »

Malgré tout, Leah trouve qu’elle a de la chance de travailler pour une organisation qui mise sur la sécurité, la formation et la protection du personnel. Elle note que d’autres travailleuses et travailleurs du secteur public, notamment en petite enfance, doivent parfois composer avec des situations difficiles ou dangereuses sans bénéficier du même soutien.

En ce qui concerne l’avenir, Leah estime que les changements les plus importants pour améliorer la sécurité dans les bibliothèques devront se faire bien au-delà du cadre des bibliothèques elles-mêmes. Pour elle, les bibliothèques sont comme des pansements qu’on applique pour tenter de remédier aux lacunes liées au sous-financement et à la rareté des services sociaux dans la communauté.

Or, pour réellement améliorer la sécurité et le bien-être des personnes qui fréquentent les bibliothèques et de celles qui y travaillent, les communautés ont besoin de plus de soutien, y compris en ce qui a trait à l’hébergement, au traitement des dépendances, aux soins de santé mentale et aux sites de consommation supervisés. Sans ces ressources, beaucoup cherchent refuge et assistance dans les bibliothèques.

« Les bibliothèques sont résilientes et vont continuer à faire leur part, rappelle Leah, mais elles ne devraient pas avoir à tout porter seules. » 

Leah espère qu’en bonifiant les services communautaires et les investissements dans le soutien que la communauté offre aux gens dans le besoin, on permettra aux bibliothèques de demeurer des endroits accueillants où les travailleuses et travailleurs peuvent se sentir soutenus, valorisés et en sécurité.