Des grévistes d’une bibliothèque publique répliquent à la mésinformation de leur directeur: « Il n’y a que les gestionnaires qui gagnent 100 000 $ par année ici »

Le SCFP, qui représente plus de 70 travailleuses et travailleurs en grève de la Bibliothèque publique de Thunder Bay conteste une information trompeuse ayant été communiquée par l’employeur lundi dernier.

Dans une note de service adressée aux membres du syndicat et au grand public, le directeur général, Richard Togman, a affirmé fournir « un aperçu factuel clair du salaire et des avantages sociaux que reçoivent les travailleuses et travailleurs de bibliothèque », mais il s’est plutôt concentré sur une très mince proportion du personnel, celle située tout en haut de l’échelle salariale.

« La note de service laissait croire que tout le monde qui travaille à la Bibliothèque gagne un salaire dans les six chiffres. Mais il n’y a que les gestionnaires qui gagnent 100 000 $ ou plus par année ici », explique Margaret Demillo, présidente du SCFP 3120, qui représente 68 des travailleuses et travailleurs en grève.

Bien qu’elle parle des « travailleuses et travailleurs de bibliothèque », la note de service se concentre exclusivement sur les bibliothécaires.

« Il n’y a que sept bibliothécaires en tout dans les quatre grandes succursales de la Bibliothèque », précise Deryk Fournier, président du SCFP 87, qui représente les bibliothécaires. « C’est seulement 9 % des 75 travailleuses et travailleurs syndiqués. La note de l’employeur fait abstraction de toutes les autres personnes qui, comme les bibliothécaires, jouent un rôle primordial dans le succès de nos bibliothèques. »

Les bibliothécaires de Thunder Bay gagnent entre 84 000 $ et 89 000 $ par année, soit légèrement en deçà de la moyenne provinciale, malgré le coût de la vie plus élevé dans le nord de l’Ontario – et c’est aussi considérablement moins que les salaires dans les six chiffres évoqués par Richard Togman.

« Les bibliothécaires gagnent plus cher parce que leur emploi exige un minimum de six ans d’études postsecondaires, y compris une maîtrise en bibliothéconomie et en sciences de l’information, ou l’équivalent. Mais c’est juste une petite partie de notre personnel. En fait, le salaire moyen de l’ensemble des 75 travailleuses et travailleurs se situe entre 50 000 $ et 60 000 $, et certaines personnes gagnent moins de 30 000 $ par année », ajoute Deryk Fournier.

Les conventions collectives qui couvrent les deux unités de négociation sont publiquement accessibles sur le site Web du syndicat et auprès du ministère du Travail. En revanche, le conseil d’administration de la Bibliothèque se garde bien de dévoiler les salaires et indemnités de la direction générale ou des autres cadres.

« Les préoccupations de Richard Togman envers l’argent des contribuables ne semblent pas concerner les salaires exorbitants versés à lui et à ses pairs, observe Margaret Demillo. S’il veut vraiment faire preuve de transparence, il devrait divulguer ces montants sans tarder, y compris les augmentations de salaire qu’ont reçues les gestionnaires au fil des ans. »

Au moment de l’embauche de Richard Togman, en 2022, le conseil d’administration avait modifié son intitulé de poste, qui était alors passé de « directeur général et bibliothécaire en chef » à simplement « directeur général », puisqu’il n’avait pas le niveau d’éducation requis. Le nouveau DG a ensuite créé le poste non syndiqué de « bibliothécaire en chef » pour faire le travail qui aurait dû lui incomber, ce qui signifie que la Bibliothèque verse maintenant deux salaires dans les six chiffres pour une tâche qui était anciennement effectuée par une seule personne.

Son prédécesseur a déclaré sur Facebook qu’il recevait au moins 147 000 $ par année quand il occupait le poste.

« Le public a le droit de savoir quelle partie du budget de la Bibliothèque est cannibalisée par le salaire de la direction, poursuit Deryk Fournier. Si le directeur général veut vraiment de la transparence, il devrait commencer par lui-même. »

Puisque le conseil d’administration de la Bibliothèque ne veut pas divulguer ces informations financières, le processus de négociation s’en trouve entravé. Et bien qu’il ait demandé à plusieurs reprises de consulter le plan directeur des avantages sociaux de la Bibliothèque, qui détaille l’usage des avantages sociaux chez l’ensemble des employé(e)s, le syndicat a chaque fois essuyé un refus de la part de l’employeur.

« La partie patronale prétend qu’elle ne peut se permettre de conserver les avantages sociaux durement acquis par nos membres, mais tant qu’elle ne nous montre pas les preuves, ça reste des paroles en l’air, commente Margaret Demillo. Et c’est encore moins crédible lorsqu’on sait que huit millions de dollars seront dépensés pour rénover la succursale de Waverley. »

« Le maintien de nos avantages sociaux ne représente qu’une infime partie de ce budget de plusieurs millions de dollars. »

En ce qui a trait aux salaires, les propositions syndicales étaient fondées sur des conventions collectives ayant été négociées avec succès dans d’autres régions de la province pour des bibliothèques publiques de taille similaire à celles de Thunder Bay. Par exemple, le personnel de bibliothèque de Milton vient tout juste de négocier des augmentations annuelles de 3 % dans une entente de trois ans; celui de Brampton recevra quant à lui des augmentations annuelles de 3 % pendant quatre ans, et celui d’Ajax bénéficiera d’augmentations de 3,75 %, 3,25 % et 3,25 % sur trois ans, en plus d’un salaire majoré les dimanches.

« Les travailleuses et travailleurs de bibliothèque de Thunder Bay souhaitent simplement en arriver à une entente équitable, à l’instar de leurs collègues ailleurs en Ontario, explique Deryk Fournier. Thunder Bay ne devrait pas avoir à faire figure d’exception et à nager à contre-courant pour forcer ses travailleuses et travailleurs à accepter des coupes et des concessions. »

Mercredi soir, les membres de la communauté participeront à une action téléphonique pour discuter de la grève avec la mairie et le conseil municipal. L’exercice reprendra une semaine avant le déclenchement des élections municipales, cette fois pour parler des moyens envisagés pour défendre les emplois de qualité et les services publics de Thunder Bay.

Pendant ce temps, les travailleuses et travailleurs encouragent la population à communiquer avec les membres du conseil d’administration de la Bibliothèque pour les exhorter à renoncer aux concessions et à négocier une entente équitable.

  • Le SCFP 3120 représente les auxiliaires, les bibliotechnicien(ne)s, les concierges, les préposé(e)s à l’entretien, les analystes en réseau et logiciel, les animateurs et animatrices communautaires et le personnel comptable de la Bibliothèque publique de Thunder Bay.
  • Le SCFP 87-18 représente sept bibliothécaires à temps plein de la Bibliothèque publique de Thunder Bay.

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