Les femmes du SCFP font entendre leurs voix aux Nations Unies

Kimalee Phillip, Yolanda McClean, Dawn Bellerose et Natasha Stea

Lors de la 70e session de la Commission de la condition de la femme de l’ONU, en mars 2026, le SCFP s’est joint à des activistes du monde entier pour militer en faveur des droits des femmes et de l’égalité des genres. Le SCFP, qui faisait partie d’une importante délégation de syndicats canadiens, a pu collaborer avec des partenaires internationaux, dont l’Internationale des services publics et la Confédération syndicale internationale, ainsi qu’avec la délégation du gouvernement canadien et des organisations de la société civile.

La session portait sur l’accès à la justice pour toutes les femmes, filles et personnes de la diversité de genre. Elle a donné lieu à des discussions sur les lois discriminatoires, les lacunes dans les systèmes de justice et les obstacles qui empêchent les femmes de participer aux processus de prise de décision.

Les membres du SCFP et leurs allié(e)s ont apporté leur perspective syndicale aux échanges en liant accès à la justice et conditions de travail. Le groupe a abordé la nécessité d’offrir aux femmes et aux personnes de la diversité de genre une réelle représentation dans le milieu syndical et lors des négociations collectives. De meilleures protections contre la violence, le harcèlement et toute forme de discrimination faisaient aussi partie des revendications, ainsi que des gestes concrets favorisant l’équité salariale et un travail décent.

Des personnes déléguées du SCFP nous racontent leur expérience.

Qu’est-ce qui vous a marquée à la Commission de la condition de la femme?

Dawn Bellerose, vice-présidente générale pour l’Ontario, SCFP
Ma première expérience comme déléguée a été incroyable. Même si le taux de participation était plus faible cette année en raison d’enjeux de sécurité et de restrictions de déplacement aux États-Unis, chaque activité à laquelle j’ai participé faisait salle comble, et il y avait même des gens dans les couloirs. C’était inspirant de découvrir tous les efforts déployés partout dans le monde, ainsi que d’en apprendre plus sur les difficultés et les obstacles qui persistent dans de nombreux cas.

J’ai pu participer à quelques événements autochtones et écouter les récits. C’était génial de voir autant de femmes porter leurs vêtements traditionnels. La foire d’artisanat était magnifique. Il y avait tant de personnes talentueuses qui vendaient des articles faits à la main qui représentent leur culture et leur chez-soi.

Natasha Stea, présidente du SCFP 4091 (Air Canada)
C’était la première fois que j’étais invitée à la Commission de la condition de la femme. Être témoin du fonctionnement de la structure internationale qui fait avancer les droits des femmes était un privilège. Il y a tant de personnes talentueuses, empathiques et dévouées qui travaillent sans relâche pour promouvoir et protéger les droits fondamentaux des femmes. J’ai eu l’occasion de rencontrer de remarquables activistes qui défendent notre cause à l’échelle internationale. C’était particulièrement enrichissant de créer des liens avec des femmes qui ont dédié des années à faire progresser les droits des femmes.


Yolanda McClean, vice-présidente régionale pour l’Ontario, SCFP
J’étais particulièrement fière que mon leadership syndical soit reconnu à un événement international qui façonne l’égalité des genres. Le fait de porter la voix de plus de 800 000 membres du SCFP, dont beaucoup sont des femmes et des travailleuses de première ligne, montre bien que le mouvement syndical est essentiel pour faire avancer la justice de genre. Les réalités des travailleuses et travailleurs – comme l’écart salarial, l’iniquité dans les services publics et les obstacles à l’éducation pour les femmes – doivent être au centre des discussions.

Kimalee Phillip, directrice, Service des droits de la personne du SCFP
Ce qui m’a marquée, c’est la convergence d’autant d’organisations diverses – mouvements féministes, organismes de défense des droits de la personne, syndicats, gouvernements dont les représentant(e)s étaient sur place. Ces liens sont essentiels, considérant toute la coordination qu’il faut assurer entre les mouvements, au moment où notre sécurité et nos droits collectifs sont remis en cause partout dans le monde.

Pourquoi les syndicats doivent-ils participer à des événements comme la Commission de la condition de la femme?

Dawn Bellerose :
Les syndicats doivent être présents à ces événements parce que notre force grandit quand nous nous rassemblons. C’était tellement puissant d’être entourée d’autant de femmes passionnées et dévouées qui militent chaque jour en faveur de la justice pour toutes les femmes et toutes les filles.


Natasha Stea :
En travaillant ensemble, nous pouvons mieux prôner le changement, sensibiliser les gens et créer les conditions nécessaires pour soutenir chaque fille et chaque femme. Les syndicats incarnent ce principe. Ils rassemblent des personnes partageant la même mission et s’engageant collectivement non seulement à améliorer leurs propres conditions, mais aussi à contribuer au progrès social.

Yolanda McClean :
Cette année, le thème de l’accès à la justice s’attaque directement à l’iniquité que vivent les travailleuses au quotidien : la discrimination, les écarts de salaire, le travail non sécuritaire, les obstacles à l’avancement professionnel, et le manque d’accès à l’éducation et à la formation. Les syndicats sont essentiels pour dénoncer ces réalités et protéger concrètement les femmes.

Favoriser la participation des femmes et éliminer la violence, ça nécessite une sécurité économique, une éducation accessible et des milieux de travail sécuritaires et respectueux. Le mouvement syndical ne fait pas que revendiquer le changement : nous le négocions, nous le concrétisons et nous veillons à ce qu’il soit appliqué.

Dawn Bellerose :
La délégation des femmes chapeautée par le Congrès du travail du Canada (CTC) a énormément contribué à rendre cette expérience enrichissante. Le CTC avait prévu des comptes rendus chaque soir. C’étaient des moments exceptionnels pour échanger sur les différentes activités et les moments forts pour chacun(e).

Le CTC a aussi organisé une activité intitulée « Femmes syndiquées : Debout! Pour la justice de genre », où des panélistes ont raconté comment elles ont fait tomber les barrières. C’était génial de voir Yolanda McClean et Natasha Stea, du SCFP, participer à cette discussion.

Yolanda McClean :
En tant que présidente de la Coalition of Black Trade Unionists, j’ai aussi eu l’occasion de participer à cette table ronde sur les femmes et le système de justice. J’ai pu souligner comment les obstacles systémiques des cadres juridiques et institutionnels continuent de nuire aux femmes, particulièrement celles qui travaillent, qui sont racisées ou qui appartiennent à des communautés marginalisées. Prendre la parole contribue à ce que ces réalités soient prises en compte dans l’élaboration des priorités et des solutions à l’échelle internationale.

Kimalee Phillip :
Tout ce travail façonne les conclusions concertées – le bilan officiel de cette session de la Commission de la condition de la femme – qui consignent les engagements pris par les gouvernements pour faire progresser les droits des femmes. C’est pour cette raison que la participation des syndicats est importante. La plupart des réussites de cette année ont été atteintes grâce aux efforts soutenus des syndicalistes. 

Par exemple, après avoir milité pendant plusieurs heures contre une proposition des États-Unis et d’autres pays de définir le genre en fonction du sexe biologique, nous avons réussi à la bloquer. La proposition reflétait les attaques généralisées à l’encontre des personnes trans et de l’égalité des genres autour du monde. Évacuer cette définition des conclusions concertées représentait un grand pas en avant.

En fin de compte, nous avons réussi à conserver la mention de différents enjeux importants pour les droits des travailleuses et travailleurs et les syndicalistes, comme le travail décent, la négociation collective et la protection contre la violence et le harcèlement. Nous avons également obtenu la reconnaissance de multiples formes de discrimination qui se chevauchent, une victoire durement remportée et cruciale.

Natasha Stea :
La lutte est loin d’être terminée. Il est vraiment inquiétant de voir que, malgré tous les efforts des générations passées, certaines des avancées obtenues sont non seulement remises en question, mais renversées. 

À New York, j’ai clairement compris que d’avoir une voix, c’est d’avoir accès à la justice. La justice, c’est pouvoir s’exprimer, faire des choix et prendre position. J’ai été frappée de réaliser que, si une seule personne suffit pour lancer un mouvement, un effort collectif est nécessaire pour le porter jusqu’à ce qu’il entraîne un réel changement. 

Yolanda McClean :
La 70e session de la Commission de la condition de la femme a renforcé l’idée que les engagements à l’échelle internationale doivent se traduire par des actions à l’échelle locale. Il nous appartient, en tant que leaders syndicaux, de concrétiser cette idée en mobilisant nos membres et nos communautés.

Regard vers l’avenir

La Commission de la condition de la femme est un espace essentiel pour favoriser et défendre l’équité des genres à l’échelle internationale. Cependant, moins de personnes ont participé à la session cette année.

Cette baisse de participation reflète une érosion plus large des espaces démocratiques dans un monde marqué par la guerre, les génocides et la fermeture des frontières. Les gouvernements restreignent l’accès aux espaces décisionnels et coupent le soutien aux organisations de la société civile, particulièrement aux mouvements féministes et syndicaux. Par conséquent, il devient de plus en plus difficile de s’impliquer et d’influencer la prise de décision.

Ces pressions surviennent au moment même où l’on assiste, partout sur la planète, à des tentatives de jeter à terre les acquis de décennies de féminisme et de syndicalisme. On observe notamment une vague croissante de lois anti-trans. Aux États-Unis, un récent arrêt de la Cour suprême permet de contester plus facilement l’interdiction des thérapies de conversion. Au Ghana, la législature a remis sur la table un projet de loi visant à criminaliser les personnes 2ELGBTQI+ et leurs allié(e)s. En Inde, une loi vient d’être adoptée pour retirer aux personnes trans le droit de s’auto-identifier. Même ici, au Canada, le gouvernement conservateur de l’Alberta vient d’adopter le projet de loi 9, qui restreint l’accès des jeunes aux soins d’affirmation de genre. Cette année, les personnes déléguées à la Commission de la condition de la femme ont soulevé des inquiétudes quant au peu d’attention accordée à ces problématiques, et ont réclamé plus de considération à l’avenir pour le vécu des personnes de la diversité de genre, particulièrement les femmes trans.

Les membres du SCFP proviennent de tous les horizons, et plus de 60 % s’identifient comme femmes. Lutter pour l’égalité des genres est au cœur de notre travail. Face aux attaques incessantes, notre syndicat s’engage à poursuivre la collaboration avec ses partenaires internationaux, y compris les Nations Unies, pour contrer l’exclusion et défendre les droits des femmes et des personnes de la diversité de genre, au Canada comme ailleurs.

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