• Des militant(e)s autochtones des quatre coins de l’Amazonie manifestent devant la COP30 à Belém, pour demander au président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva de protéger leurs territoires des menaces croissantes des grandes entreprises. Photo : Sami Dellah
Lors de la dernière Conférence des Nations Unies sur le climat (COP30) qui s’est tenue au Brésil, Konrad Beston, membre du SCFP 403, a parlé des répercussions des changements climatiques sur son travail en gestion des eaux pluviales pour le canton de Langley, en Colombie-Britannique.   

« Mon travail consiste à remplacer les infrastructures qui sont inadaptées aux nouvelles conditions climatiques », a-t-il expliqué. « On est débordés. Il faut plus de travailleuses et travailleurs sur le terrain, et on doit avoir notre mot à dire sur la façon dont les infrastructures sont bâties. » 

En novembre 2025, la COP30 a rassemblé des syndicats du monde entier, des communautés autochtones, des féministes et des organisations militant pour la justice climatique qui souhaitent s’attaquer aux répercussions des changements climatiques sur les travailleuses et travailleurs et les communautés vulnérables, et mettre en œuvre une transition juste et équitable qui assurera un avenir durable. Le SCFP a participé à la délégation chapeautée par le Congrès du travail du Canada (CTC). 

Les sécheresses et les inondations frappent de plus en plus de communautés aux quatre coins du Canada et de la planète. Les feux de forêt se multiplient et sont de plus en plus violents. Dans les pays touchés par des ouragans et des typhons, ces phénomènes sont plus fréquents, beaucoup plus puissants et plus destructeurs qu’avant. Certaines îles craignent même d’être prochainement effacées de la carte.  

Les changements climatiques augmentent considérablement les flux migratoires, comme les gens doivent quitter leur communauté à la recherche d’un travail et de sécurité dans un autre pays.  

L’abîme entre promesses et réalité 

Le Brésil a organisé la Conférence à Belém, une ville dans l’état du Pará qui subit de plein fouet les contradictions des politiques climatiques. Cette conférence annuelle des Nations Unies est censée rassembler des représentant(e)s de gouvernements du monde entier pour discuter et négocier des solutions concrètes à la crise climatique. Mais les résultats de la COP30 sont largement insuffisants pour freiner le réchauffement, s’adapter aux nouvelles conditions climatiques et soutenir les communautés qui se remettent des pertes et dommages causés par les catastrophes climatiques. D’autant plus qu’aucun plan clair n’a été établi pour financer ce travail essentiel.  

• Des militantes féministes lors d’une manifestation à la COP30 en novembre 2025, à Belém, au Brésil, réclament la justice de genre comme fondement de la justice climatique. Photo : Sami Dellah

Nous savons que les femmes, particulièrement les femmes autochtones et celles vivant dans l’hémisphère sud, sont les plus durement touchées par les catastrophes, la migration et l’immigration causées par les changements climatiques. Les femmes font face à de multiples formes de discrimination, sont généralement celles qui prennent soin des enfants et ont souvent du mal à accéder aux services médicaux et sociaux dont elles ont besoin après un désastre climatique, en particulier dans les communautés rurales. L’insécurité alimentaire et financière rend les femmes plus vulnérables à la violence fondée sur le genre et les oblige à migrer à la recherche d’un travail.  
  

Mais, personne ne sera épargné si nous ne réparons pas les dégâts déjà causés. Il est essentiel que la voix des communautés les plus touchées soit entendue, mais elle est souvent écartée, y compris lors de la COP30. Le gouvernement brésilien a fait l’objet de critiques lorsqu’il a été rapporté que seulement 14 % (environ 360) des quelque 2 500 représentant(e)s des communautés autochtones du pays qui devaient participer aux négociations officielles avaient reçu l’accréditation nécessaire. Au total, la Zone bleue, l’espace où se déroulent les négociations officielles, a accueilli 42 582 participant(e)s provenant de 195 pays. 

Le cœur de l’Amazonie 

Belém se situe à l’embouchure de l’Amazone, dans une région connue comme le cœur de la réserve amazonienne. Des centaines de communautés autochtones vivent en Amazonie, qui abrite environ 10 % de toutes les espèces végétales et animales connues sur Terre. L’importance de ce lieu n’échappe à personne. La forêt amazonienne soutient la vie sur notre planète : en emmagasinant le carbone et en libérant de l’eau, elle contribue à réguler les températures et le cycle de l’eau à l’échelle mondiale. 

Pour les grandes entreprises avides de profits, la forêt amazonienne offre un territoire lucratif pour l’exploitation forestière illégale, l’élevage bovin et l’extraction minière. Il faut de toute urgence la protéger de la déforestation et des incendies. La lutte contre les changements climatiques est perdue d’avance si l’on ne protège pas l’Amazonie. Les peuples autochtones, qui s’appuient sur des milliers d’années de savoirs et de gestion responsable des territoires, ont fait entendre leur voix à la COP et à l’extérieur de celle-ci, pour défendre cette région de plus en plus menacée.  

Vers une solution juste et équitable 

La réduction de notre dépendance excessive aux énergies fossiles comme le charbon, le pétrole et le gaz naturel est souvent présentée comme la voie à suivre. Une voie sur laquelle les gouvernements se sont engagés à Paris, en 2015, lorsqu’ils ont promis de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) afin que l’augmentation de la température mondiale ne dépasse pas de plus de 1,5 °C le niveau préindustriel.  

À l’échelle mondiale, les syndicats réclament depuis longtemps une transition juste. Celle-ci visait initialement la reconversion de la main-d’œuvre de l’industrie des énergies fossiles, majoritairement masculine, vers d’autres secteurs, notamment celui des énergies renouvelables. Au fil du temps, une vision plus large s’est toutefois imposée : une transition juste devait également considérer la division genrée du travail et reconnaître la valeur du travail des femmes et des secteurs à prédominance féminine comme celui des soins.  

Les secteurs de la santé et des services sociaux émettent peu de carbone. On associe souvent la transition juste à la transformation des secteurs à fortes émissions de carbone, comme l’énergie ou les transports, et à l’adoption de solutions moins polluantes. Toutefois, cette transition passe aussi par la création d’emplois respectueux de l’environnement dans le secteur des soins, notamment grâce à un financement public pour élargir les soins de santé et les services sociaux, ainsi que par la garantie d’un accès universel à des services publics de qualité. Les besoins en main-d’œuvre dans le secteur des soins continuent d’augmenter, et ces emplois peuvent jouer un rôle crucial pour l’atténuation des changements climatiques et l’adaptation à leurs effets.   

• Konrad Beston, membre du SCFP, dans les rues de Belém, au Brésil, avec Antonio Lisboa, président adjoint de la Confédération syndicale internationale (CSI) et secrétaire des relations internationales à la Central Única dos Trabalhadores (CUT-Brazil). Photo : Kelti Cameron

L’appel à une transition juste bénéficie d’un vaste soutien. Il prend désormais la forme d’un appui multisectoriel — de groupes environnementaux et luttant pour la justice climatique, d’organisations de défense des droits des femmes et de la diversité de genre, de jeunes et de peuples autochtones — en faveur du Mécanisme d’action de Belém pour une transition juste à l’échelle mondiale (BAM), présenté à la COP30. Créé par le mouvement syndical, le BAM vise à reconnaître qu’une transition climatique ambitieuse et équitable passe nécessairement par la participation des travailleuses et travailleurs, la défense de leurs droits, des mesures de protection sociale et des emplois décents. 

Le SCFP et de nombreuses autres organisations sont sans équivoques : une transition juste doit s’attaquer aux causes profondes de la crise climatique. Par conséquent, la transition énergétique doit être menée par le secteur public et axée sur la propriété publique, la gestion démocratique et la fin du modèle actuel où l’énergie sert le profit.   

Konrad Beston est également membre du Comité autochtone du SCFP–Colombie-Britannique et un ancien membre du Conseil national des Autochtones du SCFP. « Les enseignements des sept générations me tiennent particulièrement à cœur », affirme-t-il, nous rappelant que la lutte de notre syndicat pour une solution juste et équitable à la crise climatique doit considérer ce que nous laisserons derrière nous. Les décisions que nous prenons aujourd’hui pour protéger les travailleuses et travailleurs, renforcer les services publics et préserver des écosystèmes vitaux, comme l’Amazonie, façonneront nos communautés pour les générations à venir.