Gaëlle McNeil | Employée du SCFP

Lorsque les travailleuses et travailleurs municipaux de Mount Pearl, la deuxième plus grande ville de Terre-Neuve-et-Labrador, ont débrayé au début de juillet, ils ne s’attendaient pas à ce que leur grève dure tout l’été.

Au fil des semaines, peu de choses se passaient à la table de négociation, mais on ne pouvait pas en dire autant de la ligne de piquetage du SCFP 2099.

Pour les membres plus jeunes comme Alyssa Broomfield, 26 ans, faire la grève a été une véritable révélation quant à la mauvaise conduite de la direction pendant un conflit de travail. Mais elle a été agréablement surprise du rapprochement qu’elle a ressenti avec ses collègues.

« C’était gratifiant d’apprendre à connaître mes confrères et consœurs de la section locale et de voir comment se tissent des liens de solidarité », explique-t-elle.

Alyssa Broomfield fait partie de l’équipe de quelque 45 sauveteuses et sauveteurs au centre de loisirs de Mount Pearl. La plupart ont moins de 25 ans. Elle ajoute que la majorité de la cinquantaine d’autres employé(e)s du centre a aussi moins de 25 ans.

Bien que bon nombre de ces jeunes travaillent à temps partiel, elle fait partie du personnel de la ville depuis sept ans et a récemment été promue à un poste permanent à temps plein. « Je fais partie des anciens ! » plaisante-t-elle.

Elle souligne que malgré ses 11 ans d’expérience dans le milieu de la natation, elle ne se sent pas toujours respectée par son employeur : « En tant que jeune, j’ai l’impression que la direction dévalorise constamment mes idées et mon expérience. Je me sens sous-estimée et infantilisée », partage-t-elle.

Selon elle, les gestionnaires qui sont membres de l’équipe de négociation ne prêtent pas attention aux problèmes auxquels sont confrontés les jeunes employé(e)s, qu’ils considèrent comme « précaires ». « Ils ne s’intéressent qu’aux personnes qui travaillent dans la cour depuis 20 ou 25 ans », déplore-t-elle.

Ryan O’Neill, 27 ans, travaille comme conducteur d’équipement lourd au dépôt de Mount Pearl. Il manœuvre une tondeuse à gazon l’été et une déneigeuse l’hiver. Il a commencé à travailler pour la ville à 19 ans et fait partie d’une poignée de jeunes affectés au dépôt.

Il ne croit pas qu’on devrait traiter les nouvelles embauches différemment du personnel de longue date.

« Je suis très pro-avantages sociaux », dit-il. « Je mérite les mêmes avantages que quelqu’un qu’on vient d’embaucher. Tout le monde mérite ce que j’ai, maintenant et dans le futur. »

« Nous tenons à bien servir la population de Mount Pearl, comme toujours », a déclaré le président du SCFP 2099, Ken Turner, en entrevue. « Mais, dans l’immédiat, nous devons protéger notre convention collective. Nous n’accepterons pas un contrat qui ne prévoit pas les mêmes droits et avantages pour tout le monde. » 

L’égalité des avantages sociaux pour les nouveaux est l’un des principaux enjeux pour lesquels le SCFP 2099 se bat dans ce cycle de négociations. L’autre grand enjeu est une augmentation de salaire pour suivre le coût de la vie.

C’est le premier conflit de travail de Ryan O’Neill : « C’est dur, mais ce n’est pas ce à quoi je m’attendais. J’aime la solidarité. Nous sommes devenus très proches et nous sommes vraiment forts. J’ai pu rencontrer des gens d’autres services municipaux que je n’aurais peut-être jamais croisés autrement. »

Ryan O’Neill et Alyssa Broomfield font d’excellents ambassadeurs pour la prochaine génération de travailleurs et travailleuses à la Ville de Mount Pearl. Ils sont convaincus que les jeunes méritent de bénéficier de bonnes conditions de travail et d’avantages sociaux, tout comme les gens qui les ont précédés. Ils sont ardemment engagés dans la lutte pour une convention collective équitable.

« Si personne n’avait fait du piquetage pour moi, je n’aurais pas les avantages sociaux dont je bénéficie aujourd’hui », explique Ryan O’Neill. « Les jeunes d’aujourd’hui sont l’avenir. »

Le 20 septembre 2022, les travailleuses et travailleurs municipaux ont voté en faveur de la ratification d’une nouvelle convention collective avec la Ville de Mount Pearl, mettant fin à une grève de 11 semaines. « Nos membres ont hâte de retourner au service de cette communauté qu’ils aiment », a déclaré le président du SCFP 2099, Ken Turner.

Le SCFP 2099 représente plus de 200 travailleuses et travailleurs municipaux qui œuvrent dans les services de loisirs, l’administration, la fiscalité et les finances, l’entretien des routes, les services d’aqueduc et d’égouts, l’entretien des installations, l’entretien paysager, le génie et l’aménagement urbain. Ils étaient en négociations avec la ville depuis mars 2022. 


L’équité dans les services publics, une cible pour les municipalités

En juin dernier, plus de 2 000 participant(e)s ont convergé vers Regina, en Saskatchewan, pour assister en personne au congrès annuel hybride de la Fédération canadienne des municipalités (FCM). Parmi eux se trouvaient des membres du Conseil exécutif national et du personnel du SCFP. Ils ont profité de l’occasion pour avoir de précieux échanges avec, entre autres, des maires, des mairesses et des conseillères et conseillers municipaux de toutes les régions du pays. 

Le SCFP organisait aussi une table ronde intitulée « Le financement municipal dans une perspective d’équité » avec la participation de Cheryl Stadnichuk, conseillère municipale de Regina ; Kemi Akapo, conseillère municipale de Peterborough ; Simon Enoch, directeur du bureau saskatchewanais du Centre canadien de politiques alternatives ; et Angella MacEwen, économiste principale du SCFP. Le président national, Mark Hancock, a salué les maires, les mairesses, les conseillères et conseillers municipaux de tout le pays, les invitant à participer à la discussion.

L’animateur Aditya Rao, agent principal de recherche au SCFP, a préparé le terrain en posant des questions sur l’impact des deux dernières années de perturbation économique sur la prise de décisions municipales et la manière dont les municipalités devraient répondre aux besoins de leur population de manière équitable et durable. Les panélistes ont interpelé l’auditoire avec des anecdotes qui portaient sur l’équité et les services publics dans le logement, le transport, les services éducatifs à la petite enfance et l’action climatique.

Tous les panélistes ont souligné l’importance de mener des recherches sur la communauté en allant là où se trouvent les gens, particulièrement dans le cas des communautés marginalisées, et en discutant avec eux pour comprendre leurs besoins. Cela est essentiel à la conception de politiques environnementales équitables, de logements sociaux qui luttent efficacement contre l’itinérance, de services de garde à l’enfance financés par l’État qui rehaussent les normes d’apprentissage pour la petite enfance, de transports en commun accessibles aux personnes en situation de handicap, aux nouveaux arrivant(e)s et les autres usagers, et de politiques de lutte au racisme et à l’homophobie afin de bâtir des communautés sûres et inclusives.

Les panélistes ont également souligné que les jeunes, tout comme les personnes âgées, se sentent isolés dans les communautés rurales. Il faut donc faire preuve de créativité pour proposer d’autres modes de transport et attirer les jeunes vers des emplois décents, car l’avenir de nos services municipaux est entre leurs mains.

« Le SCFP est fier d’avoir une grande présence dans la main-d’œuvre municipale au pays ; nous représentons 150 000 travailleuses et travailleurs du secteur municipal d’un océan à l’autre », a dit Mark Hancock. Avec la FCM, nous continuerons de faire pression pour un meilleur soutien financier aux municipalités auprès des paliers de gouvernement supérieurs.