ScalesAutrefois, les économistes pensaient que les contributions des travailleurs et du capital au revenu national demeureraient relativement stables, mais ce n’est pas ce qui s’est produit. Au contraire, avec des salaires qui stagnent, la part fournie par les travailleurs diminue, pendant que la part des propriétaires de capitaux augmente en raison des profits et des revenus réalisés par les entreprises.

La part de notre revenu national générée par le travail (salaires et autres rémunérations) est à la baisse au Canada depuis le début des années 1990. Dernièrement, cette part est passée de 61 à 56 pour cent.

Cette diminution inquiète les institutions financières internationales comme le Fonds monétaire international (FMI) parce qu’elle est liée à la stagnation des revenus, à l’augmentation des inégalités et au ralentissement de la croissance économique. Ces facteurs ont contribué à l’élection de politiciens plus radicaux ou de droite.

Qu’est-ce qui sous-tend cette tendance à la baisse de la proportion du revenu national générée par les travailleurs ?

Selon une étude du FMI, la moitié de ce déclin, un phénomène mondial, peut être attribué aux changements technologiques et à l’automatisation de tâches routinières. La délocalisation et la mondialisation ont aussi joué un rôle important, tout comme l’intégration des marchés financiers mondiaux. Les entreprises peuvent plus facilement faire passer leur production à l’étranger et se servir de cette menace pour garder les salaires bas. Ensemble, ces facteurs ont augmenté les rendements des entreprises tout en exerçant une pression à la baisse sur les salaires, en particulier pour les travailleurs moyennement qualifiés et à revenu moyen, qui ont été déplacés vers des emplois exigeant de faibles compétences et offrant de faibles salaires.

Les changements politiques qui affaiblissent le pouvoir de négociation des travailleurs ont aussi joué un rôle, comme la faible syndicalisation, la déréglementation et la diminution des normes d’emploi.

L’étude du FMI ne fait pas de lien entre l’augmentation du pouvoir des entreprises, d’une part, et les « mécanismes de protection des investissements », les droits de propriété et les accords commerciaux, d’autre part. D’autres recherches mettent toutefois en lumière les effets préjudiciables de ces politiques.

Certains économistes associent en effet le déclin du pouvoir des travailleurs au contrôle croissant des marchés par des méga entreprises monopolistiques et à l’exploitation accrue des travailleurs due à la sous-traitance et à la précarisation du travail.

Pour inverser la tendance, il faut en faire beaucoup plus que la formation, l’éducation et la redistribution limitée proposées par le FMI et les gouvernements pro-entreprises. Nous devons plutôt nous attaquer aux facteurs économiques, politiques et législatifs qui ont causé ce déclin. Les attaques contre les droits des travailleurs, les réductions de taxes et d’impôt, la diminution du financement public, la déréglementation et les accords commerciaux conçus sur mesure pour les entreprises font parties de ces causes profondes. En ripostant sur tous ces fronts, nous retirerons le pouvoir politique et économique des mains des entreprises, du capital et du 1pour cent des plus riches pour le redonner aux travailleurs.