La lettre suivante envoyée au courrier des lecteurs  du Chronicle Herald par Nan McFadgen, présidente du SCFP-Nouvelle-Écosse, a été publiée le 19 juin 2020. 

Le gouvernement de la Nouvelle-Écosse avait annoncé aux citoyens de cette province qu’il veillerait à ce que les centres de garde à l’enfance et les garderies en milieu familial soient disponibles lorsque l’économie serait prête à la réouverture.

Cette décision a pu sembler altruiste, mais il est maintenant clair pour la plupart des gens que si le premier ministre voulait relancer l’économie, il n’avait pas d’autre choix. Une économie sans services de garde public de qualité, fiable et abordable est une économie en difficulté.

Malheureusement, le système de garde à l’enfance que nous avons en Nouvelle-Écosse est extrêmement fragile et mal financé.

Dans ses séances d’information publique, le premier ministre a laissé entendre que son gouvernement fournissait des centres de la petite enfance dotés de toutes les ressources nécessaires pour leur permettre de survivre pendant cette période sans précédent.

Malheureusement, ce n’est pas entièrement vrai.

Les paroles du premier ministre ont fait croire aux familles qu’on leur donnait la possibilité de prendre leur temps, et qu’elles pouvaient envoyer leurs enfants à un centre de garde à l’enfance pendant une pandémie mondiale. Stephen McNeil a déclaré que chacune des places en garderie serait retenue pour les familles. Toutefois, le gouvernement s’est engagé à financer seulement la moitié de ces places, laissant les centres de garde payer la facture pour toutes les places qu’ils ne parviennent pas à combler.

Les centres de la petite enfance de toute la province sont maintenant confrontés à une crise financière qui menace de saper la viabilité de tout le secteur.

Ces centres ont communiqué avec les parents pour les encourager à retourner leurs enfants dans les centres de garde. Ils ont fait tout leur possible pour atteindre la capacité de 50 % que le gouvernement exige d’eux. Malgré ces efforts, beaucoup n’ont pas réussi à atteindre le niveau d’inscription nécessaire pour survivre. De nombreux parents demeurent préoccupés par les risques et attendent maintenant jusqu’en septembre pour retourner leurs petits dans les centres de garde.

Les frais des parents constituent la majorité des budgets des centres de garde. Avant la pandémie, l’investissement du gouvernement dans ces centres, y compris toutes les subventions pour les places individuelles, représentait en moyenne seulement 32 % du budget total d’un centre à but non lucratif, et probablement encore moins pour les centres à but lucratif. Même si le gouvernement paie les frais des parents à 50 %, les centres qui ne sont pas exploités à pleine capacité pendant la pandémie se retrouvent avec un déficit abyssal, et beaucoup d’entre eux ne pourront pas payer leurs frais fixes.

Sans aide, où pourront-ils trouver l’argent pour payer les employés? Comment ces centres pourront-ils payer leur loyer et leurs impôts? Comment pourront-ils payer les équipements de protection personnelle?

Nos centres de garde étaient dans une situation financière fragile avant la COVID-19. Seront-ils encore ouverts quand les parents auront besoin de leurs places en septembre? À l’heure actuelle, nul ne le sait. Les licenciements ont commencé, et le secteur est en train de perdre des éducatrices de la petite enfance expérimentées qui pourraient bien ne jamais revenir. Il n’y a pas assez d’éducatrices de la petite enfance s en Nouvelle-Écosse. Elles se trouveront des emplois plus stables.

Mais où sera Stephen McNeil? Il sera au travail parce qu’il n’a pas besoin de services de garde! S’il est aussi préoccupé par la relance de notre économie qu’il le prétend, il doit reconnaître que notre système de garde a besoin de plus qu’un soutien de survie pour se rétablir, puis il doit agir en conséquence. Il a l’occasion d’établir les bases d’un système universel auquel toutes les familles pourraient se fier. S’il ne saisit pas cette occasion, il est difficile de dire comment ce secteur pourrait survivre.

Nan McFadgen
Présidente du SCFP-Nouvelle-Écosse