Devant l’aggravation de la crise des services d’urgence dans la région de Niagara, les paramédics, les répartitrices et répartiteurs ainsi que les ergothérapeutes du SCFP 911 ont voté à 99 % en faveur d’un mandat de grève la semaine dernière. Les personnes ayant pris part au vote représentaient 82 % des membres.

Ce vote sans équivoque fait suite à plusieurs années ayant été marquées à la fois par la montée en flèche des volumes d’appel, le déclin des temps de réponse pour les appels les plus urgents, l’augmentation insuffisante de la main-d’œuvre et l’épuisement professionnel rampant. Les travailleuses et travailleurs nous mettent en garde : des mesures concrètes doivent être prises pour améliorer le recrutement et la rétention de personnel. Il faut notamment offrir un meilleur soutien en santé mentale et assurer la parité salariale, autrement notre système continuera de se détériorer.

« Ce vote va bien au-delà des conditions de travail. Il concerne avant tout l’accès de la population aux services d’urgence », explique Dave Barnett, un ambulancier paramédical comptant 16 ans d’expérience et le président du SCFP 911, qui représente environ 470 membres. « La région de Niagara sous-paie ses paramédics et ses répartitrices et répartiteurs, ce qui entraîne une incapacité à mobiliser les ressources nécessaires pour les patient(e)s qui en ont le plus besoin. »

Des délais de réponse en hausse dans un système à bout de souffle

Les données des services d’urgence de Niagara indiquent une augmentation constante des délais de réponse au cours des dernières années. Les délais augmentent autant pour la répartition des appels que l’arrivée des paramédics sur les lieux. Cette réalité est particulièrement préoccupante pour les interventions qui sont une course contre la montre, comme dans le cas des crises cardiaques.

En 2017, les paramédics étaient dirigé(e)s vers les cas de crise cardiaque en moins de deux minutes, environ 90 % du temps. En 2024, ce temps de réponse n’était atteint que pour 33 % des appels.

« Ce ne sont pas que des statistiques : ce sont des vies! Dans certains cas, l’augmentation des délais de réponse a une incidence sur le taux de survie. Et ça, c’est préoccupant pour toute la population de Niagara », précise Dave Barnett.

Hausse du volume d’appels et manque d’effectifs

Les services d’urgence de Niagara ont répondu à plus de 100 000 appels en 2024, une augmentation de plus de 50 % depuis 2020; toutefois, le niveau de dotation en travailleuses et travailleurs de première ligne n’a pas suivi cette hausse.

L’écart salarial persistant entre les différentes équipes de première intervention ne facilite pas le recrutement et la rétention des paramédics dans la région. Les paramédics en soins de première ligne de Niagara gagnent entre 15 % et 24 % de moins que les employé(e)s des corps policiers ou des services d’incendie. Qui plus est, les corps policiers de la région reçoivent 20 000 $ en soutien à la santé mentale chaque année, alors que ce montant diminue à seulement 3 000 $ pour les paramédics malgré la forte prévalence des troubles de stress post-traumatique. Et ce n’est pas tout : les paramédics de la région de Niagara gagnent considérablement moins que ceux et celles d’autres régions comparables, comme Peel, Durham et Waterloo.

« Les paramédics et les équipes de répartition sont un des trois piliers des services d’urgence. Malgré tout, on les place au bas de la liste. La parité salariale entre les paramédics, les corps policiers et les services d’incendie n’est pas un luxe : c’est une nécessité pour stabiliser la main-d’œuvre », souligne Dave Barnett.

Un sondage mené par le SCFP 911 auprès de ses membres en 2025 dresse un bilan clair :

  • 60 % ont répondu que leur travail a des répercussions négatives sur leur santé mentale
  • 44 % ont sérieusement songé à trouver un emploi ailleurs
  • Seulement 14 % sentent que leur employeur leur offre du soutien pour leur santé mentale
  • Seulement 11 % sentent que leur employeur leur offre du soutien pour leur santé physique

« Nos membres prouvent leur engagement jour après jour en se présentant au travail malgré toutes les difficultés. C’est au tour de la région de Niagara de montrer son engagement envers nous pour que l’on puisse continuer à veiller à la sécurité de la population », réclame Dave Barnett.

Les deux parties retourneront à la table de négociation le 13 mai.