En 2018-2019, le Fonds pour la justice mondiale du SCFP a soutenu des travailleurs et des alliés communautaires en Birmanie, au Canada, en Colombie, à Cuba, au Guatemala, au Honduras, au Nicaragua et aux Philippines. Le fonds a soutenu dix projets œuvrant pour la paix, la promotion des droits des travailleurs et de l’égalité des genres, la défense des droits de la personne, le renforcement des capacités des syndicats, la lutte contre la privatisation de l’eau, la promotion des services publics et la sensibilisation des membres du SCFP. Voici quelques exemples de mesures prises par nos partenaires et alliés pour créer un monde meilleur. 

Travailleurs migrants au Canada 

Pendant des années, les aidants migrants, les défenseurs des droits des migrants et d’autres alliés ont pressé le gouvernement canadien d’accorder la résidence permanente aux aides familiales et aux autres travailleurs migrants. Dans le cadre de cet effort, KAIROS soutient la campagne pour le statut des aides familiales.

Au cours de la dernière année, cette campagne a exhorté le gouvernement canadien à accorder la résidence permanente à tous les travailleurs migrants et à leurs proches, dès leur arrivée au pays.

La politique d’immigration du Canada a souvent fait preuve de discrimination en offrant la résidence permanente à des groupes de personnes de pays spécifiques ou ayant un certain niveau de revenu, tout en maintenant d’autres groupes sous statut temporaire.

En 2018, le gouvernement fédéral a annoncé des modifications à son programme pour les aides familiaux résidants. Cela a créé la panique parmi les aidants migrants travaillant dans les domaines de la garde d’enfants, des soins de longue durée et des soins aux personnes âgées, ainsi que pour leurs employeurs. Les changements auraient eu pour effet que les aides familiales qui n’avaient pas travaillé de manière continue pendant 24 mois, en novembre 2019, ne seraient pas admissibles à la résidence permanente.

Les groupes de travailleurs migrants et leurs alliés, dont le SCFP, se sont mobilisés contre le nouveau programme et ont lancé une campagne. Ces efforts coordonnés ont amené le gouvernement fédéral à annoncer deux nouveaux projets pilotes de cinq ans, offrant aux aides familiales une voie d’accès à la résidence permanente.

Ces nouveaux programmes fournissent des permis de travail spécifiques à une profession. Cela permet aux aidants de changer de travail rapidement et facilement en cas de besoin, ce qui les rend moins vulnérables aux abus. De plus, les membres de la famille pourront accompagner ces travailleuses au moyen de permis de travail pour les conjoints et de permis d’études pour les enfants à charge. 

Il s’agit d’une étape importante, même si l’annonce ne concerne que les aides familiales et que ceux-ci attendront toujours deux ans avant d’obtenir le statut de résident permanent. Le gouvernement semble s’attaquer au déséquilibre de pouvoir inhérent entre les travailleurs migrants et leurs employeurs, situation aggravée par le Programme des travailleurs étrangers temporaires et ses permis de travail spécifiques à l’employeur. 

Amérique centrale 

Le Réseau de femmes centraméricaines, solidaires des travailleuses des maquiladoras, aussi appelé simplement le Réseau, est une coalition de sept organisations de défense des droits des femmes du El Salvador, du Guatemala, du Nicaragua et du Honduras. Il concentre ses efforts sur les droits des travailleuses des maquiladoras. Le Réseau s’attaque aux causes profondes des violations des droits des travailleuses dans les ateliers clandestins en s’efforçant de modifier les politiques du travail nationales et régionales. 

En juin 2018, le Réseau a organisé un forum public au Honduras pour examiner les réalisations des travailleuses des maquiladoras en Amérique centrale et les défis auxquels elles sont toujours confrontées. Les organisations membres ont partagé des recherches, notamment une étude guatémaltèque sur la violence au travail en tant que facteur de risque professionnel et ses conséquences sur la vie des femmes. Une étude réalisée au El Salvador a examiné la situation socioéconomique d’un groupe de travailleuses et d’anciennes travailleuses des maquiladoras dans la municipalité de San Marcos. Une étude réalisée au Honduras s’est penchée sur les facteurs affectant la santé mentale des travailleuses dans les ateliers clandestins de fabrication de vêtements de la région de Cortes. 

Les pays d’Amérique centrale où le Réseau opère sont confrontés à des gouvernements de plus en plus corrompus et répressifs, à une militarisation de la société, à une précarité croissante de l’emploi et à la suppression des lois protégeant les travailleurs. Les participantes ont souligné qu’il était important de s’unir pour renforcer les campagnes par le biais des réseaux sociaux et des manifestations, afin de garantir le respect des droits de la personne et du travail, ainsi que la reconnaissance des maladies professionnelles par les autorités gouvernementales.  

Colombie : SINTRACUAVALLE 

SINTRACUAVALLE, le syndicat représentant les travailleurs du service public d’eau ACUAVALLE dans la région de Valle de Cauca, a fait la promotion de sa campagne populaire intitulée « Plan social de défense de l’eau dans les mains du public » dans plusieurs communautés. De grands projets agricoles et commerciaux, qui privatisent les sources d’eau pour des fins industrielles, menacent l’approvisionnement en eau dans certaines grandes municipalités. Le contrôle privé de l’eau en vrac limite l’accès pour les résidents de la communauté.

SINTRACUAVALLE s’engage à faire en sorte que l’eau ne soit pas traitée comme une marchandise et soit accessible à chacun, quelle que soit sa capacité de payer. Le syndicat travaille avec des communautés situées en dehors des grandes municipalités pour renforcer leur capacité à contrôler et exploiter leurs propres systèmes d’approvisionnement en eau. Ces systèmes autogérés, sans but lucratif, fonctionnent selon les principes de solidarité et de démocratie, permettant aux communautés de promouvoir l’agriculture à petite et moyenne échelle et la souveraineté alimentaire.  

Les travailleurs de l’eau membres de SINTRACUAVALLE font la promotion de ce plan pour protéger leur service public de la privatisation. Le programme « L’eau pour la prospérité » du gouvernement colombien encourage les partenariats public-privé, soutenus par des investisseurs privés cherchant à privatiser les systèmes publics d’eau pour en tirer profit.

Le syndicat a mis en place un comité pour maintenir le statut public de l’eau. Ce comité collabore avec les membres de la communauté sur des stratégies pour mettre fin à la privatisation. Il soutient une campagne réunissant le syndicat et des groupes locaux pour la protection du système d’eau public de la communauté de Jamundi. Dans cette localité, des investisseurs colombiens et japonais exercent des pressions pour qu’on privatise le système. 

SINTRACUAVALLE a également organisé cette année un forum régional dans le but de promouvoir l’eau comme une condition préalable à une paix véritable. Le rôle de premier plan joué par le syndicat dans la défense des droits des travailleurs et du droit d’accès universel à l’eau fait en sorte que ses dirigeants sont constamment menacés.  

Colombie : NOMADESC 

Au début de 2019, l’Association pour la recherche sociale et l’action (NOMADESC) offrait sa solidarité aux peuples autochtones qui menaient une action collective en surveillant les droits de la personne. Leur mobilisation s’appelait la Minga sociale pour la défense de la vie, du territoire, de la démocratie, de la justice et de la paix. Des milliers d’Autochtones de la région de Valle de Cauca ont manifesté et pris d’autres mesures pour exiger une rencontre avec le président colombien Ivan Duque. 

Les manifestants demandaient au gouvernement de respecter les accords de paix de 2016 et de tenir ses promesses concernant les droits de la personne, la fin des violences, et le développement. À ce jour, le gouvernement a réagi par la répression. Celle-ci est exercée par les forces de sécurité de l’état. Des dizaines de personnes ont été blessées et les abris des manifestants autochtones ont été détruits. NOMADESC documente les violations des droits en déposant des plaintes. Le groupe coordonne également le soutien international aux mobilisations sociales communautaires, appelées mingas

Depuis la démobilisation des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) en 2017, des groupes paramilitaires d’extrême droite ont pris le contrôle des territoires précédemment occupés par les rebelles. Ces groupes seraient en grande partie responsables des actes de violence et des assassinats perpétrés contre les défenseurs des droits de la personne. Il y a eu 478 assassinats depuis la signature des accords de paix à la fin de 2016. Plus de 200 dirigeants de mouvements sociaux ont été tués en Colombie entre janvier 2018 et février 2019, principalement dans le sud-ouest du pays. 

En janvier 2019, un tribunal de Cali a condamné trois officiers de l’armée à la retraite pour avoir projeté l’assassinat de la directrice du NOMADESC, Berenice Celeita, du sénateur de l’opposition Alexander López et des dirigeants de SINTRAEMCALI, le syndicat des travailleurs municipaux de Cali qui s’est fermement opposé à la privatisation. La condamnation et la peine de quatre ans d’emprisonnement font suite à des années d’enquête qui ont finalement prouvé que le colonel Julian Villate Leal et les majors Alfonso Abondano Mikan et Marco Fidel Rivera étaient à l’origine du complot d’assassinat de 2004. Villate Leal s’est entraîné à l’École des Amériques, une installation de l’armée américaine. 

Cuba 

En 2018, les syndicats cubains, y compris la section locale du Syndicat national des travailleurs du secteur public (SNTAP) à La Havane, ont organisé des consultations en milieu de travail sur un projet de nouvelle constitution nationale. Des centaines de milliers de personnes, incluant les travailleurs du secteur public et des étudiants, ont participé à ces vastes consultations. Le 24 février 2019, le peuple cubain a approuvé une nouvelle constitution. Selon la Commission électorale nationale, 90,15 pour cent des 8,7 millions d’électeurs inscrits ont participé au scrutin, dont 86,85 pour cent qui ont voté en faveur du projet. 

La nouvelle constitution, qui encadre l’éducation universelle gratuite et les soins de santé publics accessibles, devrait également ouvrir l’économie au secteur privé. L’impact de l’intervention américaine en cours dans la région, notamment au Venezuela, a obligé Cuba à permettre aux entreprises privées de s’implanter pour la première fois depuis des décennies. Le Venezuela fournit une grande partie du pétrole cubain, mais son accès a été limité en raison de la crise actuelle. Le blocus économique de Cuba par les États-Unis reste en vigueur et le président américain Donald Trump a annoncé de nouvelles sanctions contre le pays. Certaines des dispositions de la nouvelle constitution tentent d’atténuer cette situation difficile. 

Honduras 

Le Collectif des femmes honduriennes (CODEMUH) fait une énorme quantité d’organisation pour mettre fin à la violence contre les femmes en milieu de travail, dans un pays qui affiche le deuxième taux de féminicides le plus élevé au monde. Le CODEMUH est l’une des rares organisations honduriennes à plaider en faveur de la santé et de la sécurité des travailleurs, en se concentrant spécifiquement sur les travailleuses des maquiladoras, qui fabriquent des vêtements dans des ateliers clandestins. L’organisme s’efforce d’améliorer les droits des femmes en mettant l’accent sur la santé et la sécurité, en défendant les droits fondamentaux du travail et en plaidant pour le droit des femmes à une vie sans violence. 

En novembre 2018, le CODEMUH a organisé une grande manifestation à San Pedro Sula pour protester contre le fait que 96 pour cent des 322 cas de féminicide signalés cette année-là étaient restés impunis. La classe dirigeante était en désaccord avec cette campagne et a répliqué en intensifiant la violence contre les opposants politiques et ce, depuis les élections frauduleuses de novembre 2017. C’est dans la région d’activité du CODEMUH que cette répression postélectorale a été la plus forte, mais le collectif continue de se concentrer sur la défense et l’amélioration des droits des femmes en fournissant de l’éducation et de la formation, du lobbyisme et une assistance juridique et médicale.  

La violence qui a suivi les élections et les liens entre le crime organisé et le gouvernement du président de facto Juan Orlando Sanchez ont entraîné un bouleversement social sans précédent. Depuis octobre 2018, deux caravanes de migrants ont traversé l’Amérique centrale et le Mexique pour tenter de demander l’asile aux États-Unis. Plus de 10 000 résidents d’Amérique centrale ont tenté de migrer collectivement en raison de la dégradation des conditions économiques et sociales en 2018.  

MEC leader Sandra Ramos at CUPE national conventionNicaragua 

Le conflit social et politique actuel au Nicaragua a eu un impact significatif sur le Mouvement María Elena Cuadra des travailleuses et des femmes sans emploi (MEC) et les communautés qu’il soutient. Le MEC fait de l’organisation pour défendre les droits des travailleuses des ateliers clandestins et l’égalité des sexes.

En avril 2018, le gouvernement du président Daniel Ortega a réduit les prestations de sécurité sociale et de retraite publiques, en plus d’augmenter les cotisations de sécurité sociale des employeurs et des employés. Ortega réagissait aux directives du Fonds monétaire international visant à réduire les dépenses de sécurité sociale. Ces mesures ont déclenché de vastes manifestations, parfois violentes, qui ont été réprimées avec une vigueur sans précédent. 

Des groupes armés ont établi des barrages routiers et de nombreuses routes principales de la capitale ont été fermées pendant des semaines. Selon Amnistie internationale, entre avril et septembre, au moins 322 personnes ont été tuées dans des affrontements violents, des attaques contre des manifestants et des assassinats. Plus de 700 personnes détenues en lien avec ces manifestations sont toujours en prison. Des milliers d’autres ont fui le pays ou se cachent. 

En mai 2018, un dialogue national a été établi pour trouver un moyen de sortir de la crise, avec la participation de nombreux secteurs : gouvernement, entreprises, étudiants, universités, travailleurs, paysans, églises et communautés autochtones et afro-nicaraguayennes. Les dirigeantes du MEC ont aidé à représenter les travailleurs dans ce dialogue.

Les dirigeantes du MEC ont été nommées à la Commission de vérification et de sécurité, un organe composé de représentants de l’opposition et du gouvernement. Il est chargé de surveiller les barrages routiers et autres manifestations, d’enquêter sur les informations faisant état de prisons clandestines et de visiter les hôpitaux et les cliniques pour interroger les personnes blessées au cours du conflit. 

Le MEC jouit d’une grande renommée en tant que critique du gouvernement et représentant de l’opposition dans les négociations avec celui-ci. Cela en fait une cible de la répression par les forces de sécurité gouvernementales et les groupes paramilitaires progouvernementaux.

Cette situation a directement affecté les travailleuses des maquiladoras que le MEC tente de défendre. Les ateliers clandestins des zones franches du Nicaragua ont été fermés pendant les pires périodes du conflit. Certaines des personnes arrêtées sont les enfants de travailleuses liées au MEC. Les déplacements entre certaines communautés ont été dangereux pendant des semaines. 

La crise a empêché le MEC de mener à bien la plupart de ses activités de formation et de sensibilisation. Pendant ce temps, la demande pour sa clinique juridique mobile a augmenté. Le personnel de la clinique, qui s’occupe des violations des droits du travail et de la violence sexiste, s’est employé à défendre les membres de la communauté qui avaient été détenus de manière arbitraire et à repousser les actions de l’État qui menaçaient le statut juridique du MEC.  

Philippines  

Au début de 2019, le président Duterte a mis en place une réforme fiscale qui a fait augmenter le prix des marchandises et des transports. L’inflation a grimpé à 5,2 pour cent. Pendant ce temps, le recours excessif aux contractuels s’est poursuivi. De plus en plus de travailleurs des secteurs public et privé organisent des manifestations et des grèves.

La Confédération pour l’unité, la reconnaissance et l’avancement des employés du gouvernement (COURAGE) fait campagne pour un salaire minimum mensuel national de 16 000 pesos philippins (environ 410 $ CAN) pour les employés de l’État, parallèlement à une campagne visant à rendre permanents les employés du gouvernement à contrat. Aux Philippines, le secteur public est fortement tributaire des contractuels recrutés par des agences privées. Les travailleurs contractuels sont privés du statut permanent, ne bénéficient pas d’avantages sociaux et sont davantage exploités en recevant un salaire inférieur à celui des employés permanents. 

COURAGE a contraint le gouvernement, par le lobbyisme et la mobilisation de masse, à mettre de côté ses projets de licenciement massif de contractuels. Le gouvernement avait annoncé ces licenciements pour inciter les agences gouvernementales à revoir leur main-d’œuvre actuelle et à identifier les contractuels qui devraient devenir permanents. Les contractuels actuels n’auraient été réembauchés que s’ils travaillaient pour une agence d’emploi privée.

Les pressions ont également obligé le gouvernement à modifier la législation pour que les contractuels touchent le même salaire que les employés de l’État occupant un poste équivalent. C’est une victoire partielle, mais cruciale. COURAGE a créé des liens avec de nombreux syndicats dans des agences privées en dehors de Manille.

L’Alliance des enseignants préoccupés (ACT) fait campagne pour améliorer le secteur de l’éducation. Elle réclame la fin de la loi martiale et des attaques militaires contre les écoles des peuples autochtones à Mindanao. Elle défend aussi les droits et le bien-être de tous les travailleurs. L’ACT est devenue le plus grand syndicat du secteur public aux Philippines. Elle fait actuellement campagne auprès de la Chambre des représentants pour obtenir des augmentations de salaire. En 2019, l’ACT et leur bras politique, le Parti de L’ACT, ont célébré une victoire majeure de leur campagne avec la mise en place de l’enseignement postsecondaire gratuit. Les prochaines étapes pour s’assurer que la politique est mise en œuvre de manière juste et équitable incluent l’élimination des frais accessoires et la promotion d’un financement public accru pour les établissements d’enseignement postsecondaire.