Karin Jordan | Service des communications

La pandémie de COVID-19 a chamboulé la vie des travailleurs du monde entier. Mais pour ceux des Philippines, la situation est carrément extrême. Le gouvernement de droite du président Rodrigo Duterte a en effet utilisé la pandémie comme prétexte pour imposer de nouvelles mesures radicales visant les militants syndicaux et du mouvement pour la justice sociale.

À la fin octobre, le secrétaire général de l’Alliance of Concerned Teachers (ACT), Raymond Basilio, s’est joint aux membres du Comité national de la justice mondiale du SCFP par vidéo pour les informer de la situation aux Philippines, alors que la nouvelle loi antiterroriste visant à faire taire les opposants au régime était mise en œuvre.

Raymond Basilio se cache depuis 2019 à cause du harcèlement et des menaces de mort dont il fait l’objet, des tactiques largement utilisées dans le but de réduire les militants au silence. Malgré tout, Raymond Basilio continue de s’exprimer. Il a expliqué au comité que l’ACT résiste à une répression sans précédent tout en combattant la COVID-19.

L’ACT, un partenaire de longue date du SCFP aux Philippines, compte plus de 220 000 membres.

Le pays est en confinement depuis mars 2020, mais le gouvernement n’a pas réussi à contrôler la COVID-19. Selon Raymond Basilio, la loi antiterroriste et les règles sanitaires servent d’écran à des « violations massives des droits de la personne ».

Les Philippins faisaient déjà face à une crise des droits de la personne avant la pandémie. Malheureusement, c’est encore pire aujourd’hui. Depuis mars, plus de 100 000 personnes ont été arrêtées, selon les estimations de Raymond Basilio. Les gens qui s’organisent pour défendre leurs droits ou critiquer le gouvernement, comme les membres et les dirigeants de l’ACT, sont confrontés à une vague croissante de harcèlement, de menaces et de violence.

« La loi antiterroriste s’attaque au principe de présomption d’innocence. En vertu de cette loi, une personne est considérée comme coupable à moins que son innocence ne soit démontrée », a expliqué Raymond Basilio.

Les membres de l’ACT se font harceler, en ligne ou dans des tracts, simplement pour avoir posé des gestes comme une publication sur les réseaux sociaux appelant à l’annulation de la loi antiterroriste.

De plus, les membres de l’ACT sont durement touchés par la COVID-19. Plus de 2000 enseignants ont contracté le virus et ne bénéficient d’aucun soutien. « Vous êtes infecté ? À vous de trouver les moyens de payer vos factures médicales et de subvenir à vos besoins. Le gouvernement ne vous donnera rien », a raconté Raymond Basilio. Les enseignants ont du mal à soutenir les élèves pendant la pandémie, les ressources disponibles étant limitées et les réseaux électriques et internet instables.

Le gouvernement s’est servi de la pandémie pour mettre fin aux négociations collectives, aux campagnes de recrutement et aux autres activités syndicales de l’ACT.

Selon Raymond Basilio, des actions posées par des “membres très actifs et très intelligents” ont forcé le gouvernement à reprendre la négociation collective dans trois régions. L’ACT a aussi obtenu la reconnaissance des demandes d’adhésion acheminées par Internet, ce qui a mené à l’accréditation d’un nouveau syndicat. Selon son secrétaire général, l’ACT effectue maintenant la majorité de son travail en ligne, et ce, même si le service Internet dans le pays est peu fiable.

L’ACT a également organisé des actions de masse ciblant le ministère de l’Éducation. Ces actions lui ont permis d’obtenir plus de fonds pour les fournitures scolaires et une aide pour les enseignants mis à pied lors de la fermeture des écoles privées.

Raymond Basilio a rapporté une intensification de la campagne de répression des défenseurs du territoire des Lumad qui cible les écoles de la communauté. Le gouvernement a fermé toutes les écoles de l’île de Mindanao, laissant 8000 élèves autochtones sans services éducatifs. L’armée philippine a même détruit trois écoles autochtones à coup de bombes et d’obus. Les membres de l’ACT à Mindanao ont été identifiés comme des terroristes et faussement accusés de crimes.

Malgré les défis et les dangers qui se multiplient, « nous sommes très actifs en ce moment », a affirmé Raymond Basilio aux membres du comité.

« Nous devons poursuivre notre combat pour une société juste et humaine. Nous continuerons à nous battre pour le droit à l’éducation. Nous devons continuer à lutter pour un pays qui prendra vraiment soin de sa population », a-t-il ajouté.

« Le soutien de nos confrères et consœurs de l’étranger est d’un grand secours. Continuez à nous témoigner votre solidarité, continuez à parler en notre nom sur la scène internationale », a conclu Raymond Basilio.