Le 18 mars, le gouvernement fédéral a annoncé un plan d’aide pour soutenir les travailleurs et les entreprises affectés par la pandémie de COVID-19. Ce plan comprend 27 milliards de dollars pour le versement d’aides salariales et de prestations bonifiées, et 55 milliards de dollars pour le report des paiements d’impôt sur le revenu. Cette aide est censée assurer aux travailleurs et aux petites entreprises le soutien financier nécessaire pour respecter les consignes d’isolement.

Pour porter leurs fruits, ces fonds devront être versés rapidement au plus grand nombre de personnes possible. Plus vite les travailleurs touchés pourront prendre la décision financière de rester à la maison, plus les mesures de santé publique seront efficaces pour ralentir la propagation du virus.

L’aide proposée est-elle suffisante?

La portion de l’aide qui sera versée directement aux familles correspond à 1,2 pour cent du produit intérieur brut (PIB) du Canada. C’est un pas dans la bonne direction, mais cette aide devra être bonifiée au cours des prochaines semaines, comme nous le verrons ci-dessous. Plusieurs autres pays ont adopté des plans d’aide beaucoup plus généreux pour les travailleurs (2 à 6 pour cent de leur PIB). La bonne nouvelle est que le gouvernement fédéral a indiqué qu’il s’agissait d’un plan initial et qu’il est prêt à en faire plus. Le SCFP demande au premier ministre Trudeau de remuer ciel et terre dès maintenant pour venir en aide aux travailleurs canadiens touchés par la crise sans précédent causée par la pandémie de la COVID-19.

L’aide proposée est-elle assez rapide?

La plupart des prestations destinées aux travailleurs ne seront pas versées avant 1er avril, date à laquelle de nombreux travailleurs devront payer leur loyer et d’autres dépenses mensuelles. Cette aide arrivera trop tard pour certains travailleurs qui prennent la décision de s’isoler ou de rester à la maison sans indemnité de maladie.

Le ministre fédéral des Finances a indiqué que l’Allocation pour soins d’urgence et l’Allocation de soutien d’urgence seront versées d’ici deux à trois semaines, donc au début avril. Le Parlement sera convoqué pour adopter les lois nécessaires avec un nombre réduit de députés. Tous les partis d’opposition ont assuré qu’ils collaboreraient pour accélérer l’adoption de ces mesures. Les montants forfaitaires liés au crédit pour la TPS/TVH et à l’Allocation canadienne pour enfants (ACE) devraient être versés en mai.

Le gouvernement fédéral avait déjà annoncé le traitement prioritaire des congés de maladie liés à la COVID‑19. En temps normal, le traitement des prestations de maladie de l’assurance-emploi (AE) peut prendre jusqu’à un mois. On ignore à quelle vitesse Service Canada pourra approuver les congés et verser les prestations aux travailleurs dans les circonstances actuelles. La hausse importante des mises à pied risque de surcharger la capacité de Service Canada à traiter rapidement les nouvelles demandes.

La période d’attente d’une semaine (délai de carence) a été levée pour les prestations de maladie de l’assurance-emploi liées à la COVID-19, ce qui fait que les travailleurs auront droit aux prestations dès le premier jour de leur congé de maladie. La période d’attente n’a toutefois pas encore été levée pour d’autres prestations, ce qui signifie que les travailleurs n’auront pas de revenu d’appoint pendant leur première semaine de chômage.

Peut-on faire mieux?

Les économistes sont presque unanimes : il n’y a pas de limite pratique à ce que le gouvernement fédéral peut dépenser pour aider la population à traverser les prochains mois. Les anciennes règles du jeu ne s’appliquent plus. Ce n’est pas le moment de tourner autour du pot : il faut adopter des mesures audacieuses qui répondent à l’ampleur de la crise actuelle. Si le gouvernement fédéral n’a pas la capacité ou la volonté d’offrir plus rapidement du soutien financier aux travailleurs, alors les provinces devront agir pour fournir le soutien et les services publics nécessaires.

Quelles sont les lacunes du plan d’aide?

Ce plan d’aide vise à permettre aux travailleurs de suivre les consignes de santé publique tout en continuant de pouvoir s’alimenter et se loger convenablement. Mais il faut en faire beaucoup plus.

  • Personnes à faible revenu, Autochtones, Inuits et Métis : Le plan comprend des mesures initiales pour soutenir les personnes confrontées à l’itinérance ou à la violence fondée sur le sexe, pour réduire le coût de la vie pour les retraités et pour répondre aux besoins essentiels des communautés autochtones. C’est évident qu’il faut en faire plus, et le SCFP fera pression en ce sens dans les semaines à venir.
  • Locataires : Alors que le gouvernement fédéral a collaboré avec les prêteurs hypothécaires pour différer de six mois le paiement des versements hypothécaires, aucune aide précise n’a été offerte aux locataires. Aucun des suppléments salariaux offerts aux travailleurs par le fédéral ne sera disponible avant le 1er avril, date de paiement du loyer.
  • Service de garde pour les travailleurs essentiels : Bien que le plan d’aide comprenne des mesures pour soutenir ceux et celles qui doivent rester à la maison pour s’occuper de leurs enfants, il n’offre aucun soutien aux parents occupant des emplois essentiels, qui doivent travailler alors que les écoles et les garderies sont fermées. Le gouvernement fédéral devrait collaborer avec les provinces pour financer ce service d’urgence essentiel.
  • Employeurs qui souhaitent maintenir leurs employés sur la liste de paye : La subvention salariale de 10 pour cent et l’entente sur le travail partagé sont des mesures pertinentes qui peuvent aider les entreprises aux prises avec des pertes économiques modérées en raison du ralentissement. L’entente sur le travail partagé permet aux employeurs de réduire le nombre d’heures de travail de leurs employés au lieu de les mettre à pied, et les travailleurs recevront un supplément salarial de l’assurance-emploi. Cette approche fonctionne bien en cas de ralentissement temporaire, mais elle n’est pas suffisante pour les nombreux employeurs qui ont complètement cessé leurs activités ou vu leurs revenus chuter brusquement. On doit s’attendre à des annonces ciblées pour certains de ces secteurs prochainement.
  • Organismes de services communautaires : Le plan d’aide ne prévoit rien pour lutter contre la pauvreté ou soutenir les organismes qui offrent des services essentiels dans nos collectivités, comme les banques alimentaires. Le SCFP continuera de faire pression sur tous les niveaux gouvernementaux afin qu’ils offrent des ressources supplémentaires. Plusieurs organismes communautaires avaient déjà atteint la limite de leurs capacités avant la pandémie et ils sont dorénavant probablement confrontés à une hausse de la demande.
  • Corriger l’assurance-emploi : L’assurance-emploi, qui laissait déjà tomber trop de travailleurs avant la pandémie, sera insuffisante même pour ceux et celles qui ont droit aux prestations. Il est trop tôt pour savoir combien de travailleurs seront mis à pied au cours des prochaines semaines, mais plus de 500 000 travailleurs ont fait une demande d’assurance-emploi lors de la semaine du 16 mars. Il ne serait pas impossible de voir le taux de chômage doubler en avril. Les syndicats ont uni leurs voix pour réclamer des critères d’admissibilité plus souples, des congés de maladie plus longs, un seuil minimal de prestations et des taux de remplacement plus élevés afin de rendre l’assurance-emploi plus accessible pour les travailleurs précaires à faible revenu. Le moment serait opportun pour le gouvernement fédéral d’écouter les travailleurs et de corriger les lacunes de ce programme essentiel.

Enfin, l’annonce ne faisait pas mention d’un plan de relance économique. On s’attend à ce qu’un plan de relance et un plan d’infrastructures soient annoncés dans les prochaines semaines, en vue de créer de bons emplois pour les travailleurs et d’aider les communautés à se relever une fois la crise terminée. Cette crise a mis en lumière plusieurs lacunes préexistantes de nos infrastructures publiques physiques et sociales, et il sera essentiel de combler ces lacunes.

Qu’est-ce qu’on ignore encore pour le moment?

Beaucoup de choses. Comme on ignore combien de temps les mesures d’isolement actuelles seront en place, on ignore jusqu’à quand les écoles, les bibliothèques, les installations récréatives, les garderies et les entreprises touchées seront fermées. On ignore combien de personnes seront au chômage et auront besoin d’aide financière dans les semaines et les mois à venir.

On attend aussi plus de détails sur les mesures d’aide au revenu que le gouvernement fédéral a annoncées. Le fédéral n’a pas encore confirmé si ces prestations seront basées sur le revenu. Si c’est le cas, les travailleurs précaires à faible revenu n’auront pas les ressources nécessaires pour répondre à leurs besoins de base. On ignore quelles autres mesures ciblées seront annoncées pour aider les travailleurs du secteur du transport aérien et ceux d’autres secteurs gravement touchés, mis à part des sauvetages d’entreprises qui profitent toujours uniquement aux dirigeants.

On sait toutefois que le gouvernement fédéral et les provinces semblent collaborer efficacement et que les gouvernements répondent à la crise de façon rapide et créative. Plusieurs provinces ont rapidement agi pour ajuster leurs lois afin de protéger les emplois des travailleurs pendant leur congé, et le Québec a notamment mis en place des paiements spéciaux et des services de garde pour les travailleurs des services d’urgence.

Des leçons à tirer pour un monde meilleur

Une fois la pandémie terminée, nous aurons appris qu’un monde différent est possible. Un monde où on se serre les coudes pour prendre soin les uns des autres, où on reconnaît que les employés des garderies et des services de nettoyage sont essentiels au bon fonctionnement de nos communautés, où les ressources sont mobilisées au service du bien commun et où personne n’est laissé pour compte. Nous devrons absolument retenir ces leçons.

Plusieurs d’entre nous savent que le système actuel est déréglé et qu’il fait passer les profits avant les gens et leur bien-être. La pandémie met en relief ces problèmes. La réponse à la pandémie démontre que le gouvernement a la capacité d’agir à grande échelle dans l’intérêt public – avant la semaine dernière, aucun gouvernement ne proposait de congés de maladie payés assortis d’une protection d’emploi pour tous les travailleurs. Après la crise, il faudra conserver ce sentiment d’urgence pour bâtir une société meilleure et s’assurer que les choses ne reviennent pas à la « normale ».

Le SCFP continuera de suivre la situation de près et d’exercer de fortes pressions pour que tous les travailleurs obtiennent le soutien nécessaire pour traverser cette crise, qui nous concerne tous et toutes.