Janet Dassinger | Service de Recherche du SCFP

Le réexamen de la Loi sur les transports au Canada initié par l’ancien gouvernement conservateur est maintenant complété et les recommandations contenues dans le rapport auront des conséquences négatives importantes sur les transports maritime, ferroviaire et aérien si elles sont mises en œuvre.

Rédigé par l’ancien ministre conservateur David Emerson, le rapport préconise en effet la privatisation, la déréglementation et l’adoption de politiques pro-entreprises dans les domaines des transports sous juridiction fédérale. On peut y lire que le Canada doit moderniser ses réseaux de transport pour être concurrentiel sur la scène mondiale et respecter les accords de libre-échange signés.

Ce rapport contient bien quelques recommandations constructives :  le développement du train à grande vitesse, l’amélioration des infrastructures dans le Nord canadien et l’adoption d’une charte des droits des passagers. Le rapport ne tient toutefois pas suffisamment compte des conséquences que les politiques proposées auront sur la sécurité d’emploi, les conditions de travail et la santé et la sécurité des travailleurs. Ce résultat n’est pas surprenant, puisque David Emerson a limité au minimum ses consultations avec les syndicats représentant les travailleurs de transport aérien.

Malheureusement, le gouvernement libéral a déjà donné son appui à deux des principales recommandations qui menacent la sécurité d’emploi et les conditions de travail : la privatisation des aéroports et le relâchement des limites imposées au contrôle étranger des compagnies aériennes canadiennes.

Le rapport recommande une série d’options pour la privatisation des aéroports qui sont actuellement exploités par des entités municipales. L’auteur prétend que la privatisation accroîtra l’efficacité des services tout en réduisant le prix des billets. Pourtant, comme plusieurs membres du SCFP l’ont appris à leurs dépens, la privatisation fait toujours grimper les prix au lieu de les abaisser, les investisseurs préférant réduire les coûts de main-d’œuvre et augmenter la facture des clients pour réaliser plus de profits.

Plusieurs employés travaillant dans les aéroports sont déjà à statut précaire, les contrats pour la manutention des bagages, les services alimentaires, le transport au sol et les services de stationnement et de fauteuil roulant changent souvent de main, car, au fil des appels d’offres, ils sont confiés au plus bas soumissionnaire. Les syndicats qui représentent ces travailleurs à faible revenu n’ont pas de droits de succession. Régulièrement, ils doivent renégocier la convention collective de A à Z avec un nouvel entrepreneur qui veut abaisser les salaires et les conditions de travail. Malgré cela, la privatisation des aéroports est une des avenues envisagées par le gouvernement fédéral pour financer son programme d’infrastructures.

Récemment, cédant à la pression exercée par le secteur privé, le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, a annoncé que le plafond imposé à la participation étrangère dans les compagnies aériennes canadiennes allait passer de 25 à 49 pour cent. Le ministre a d’ailleurs déjà permis à deux compagnies de chercher du capital étranger pour lancer des transporteurs à « super-rabais ». Selon lui, la concurrence accrue créera de nouvelles liaisons et fera baisser les prix des billets. Or, les expériences passées démontrent le contraire. L’accroissement de la concurrence au cours des 40 dernières années a donné lieu à des faillites, des fusions, des prises de contrôle hostiles, à l’affaiblissement des conventions collectives et des régimes de retraite, mais pas à une augmentation des options pour les passagers canadiens. De plus, les efforts de réduction de la main-d’œuvre entrepris par les employeurs ont un impact sur la sécurité des passagers et des membres d’équipage.

Pour contrer ces attaques, le SCFP mobilise ses membres. Lors de la dernière Conférence du Conseil national des secteurs tenue à Winnipeg, les participants provenant des sous-secteurs du transport aérien, du transport collectif et de l’entretien des routes et des autoroutes provinciales ont discuté des défis auxquels ils font face et des stratégies à mettre de l’avant pour y répondre. Le SCFP collabore avec les autres syndicats du secteur des transports pour protéger les emplois et les droits de nos membres. La Division du transport aérien du SCFP a aussi lancé la campagne En avion, en sécurité pour forcer le gouvernement libéral à accroître le nombre d’agents de bord sur les vols commerciaux et à adopter des mesures concrètes dans d’autres dossiers affectant la sécurité à bord des avions.

Tant que les libéraux continueront de promouvoir des politiques conservatrices dans le secteur des transports, ils trouveront le SCFP sur leur chemin afin de protéger les travailleurs et d’assurer la sécurité des passagers.