Ronald Boisrond Employé du SCFP

L’année 2022 est une année électorale au Québec et tout semble indiquer que la Coalition avenir Québec (CAQ) se dirige confortablement vers une victoire écrasante cet automne. L’élection d’un gouvernement piloté par un nombre sans précédent de député(e)s caquistes préoccupe les organisations syndicales comme le SCFP, qui représentent les travailleuses et travailleurs des services essentiels.

Avant et pendant la pandémie, ces derniers ont été mis à rude épreuve par les compressions budgétaires, le manque d’équipement de protection, le manque de personnel, les conditions de travail pénibles, le manque chronique de reconnaissance et le manque de volonté du gouvernement de négocier.

Malgré tout, selon les principaux sondages, la CAQ jouit de la satisfaction de la majorité de la population québécoise et elle pourrait accaparer tout le pouvoir sans avoir à le partager dans son second mandat. En effet, le sondage de la firme Léger de mai dernier lui accorde 46 % des intentions de vote, soit une avance de 28 points sur son plus proche rival, le Parti libéral du Québec (PLQ). Le Parti conservateur du Québec (PCQ) se classe troisième, suivi par Québec solidaire (QS) et le Parti québécois (PQ).

La CAQ récolte actuellement 54 % des appuis des Québécoises et Québécois francophones, un autre indice qu’elle est déterminée d’être la grande gagnante des élections cet automne.

Le site Qc125 projette que la CAQ conservera son avance dans les 74 circonscriptions qu’elle détient et risque d’augmenter ses gains d’environ 30 % lors de ces élections. Si ces projections se matérialisent, ce sera du jamais vu au Québec : le seuil de la majorité à l’Assemblée nationale est de 63 sièges.

La présence du premier ministre François Legault à la télévision à l’occasion des conférences de presse quotidiennes durant la pandémie a possiblement joué un rôle dans la confiance que les gens lui témoignent actuellement, malgré les décrets et arrêtés ministériels adoptés pendant la pandémie jusqu’en décembre 2022.

En outre, la CAQ a déjà commencé à gruger dans des circonscriptions pourtant acquises à ses adversaires. En avril dernier, elle a gagné l’élection partielle dans Marie-Victorin, une circonscription qui a été pendant près de 40 ans un bastion du Parti québécois.

De plus, la création de deux nouveaux partis politiques provinciaux qui tentent de récupérer le vote des anglophones insatisfaits risque de nuire au Parti libéral du Québec, dont cette partie de la population constitue l’électorat traditionnel.

Pourtant, en 2018, la CAQ avait fait une campagne qualifiée de « plutôt à droite », et plusieurs syndicats, dont le SCFP, avaient pris ouvertement position contre ce parti et le Parti libéral, ce dernier étant usé par de longues années au pouvoir.

La pandémie a probablement influencé la mise en œuvre de la ligne idéologique de la CAQ et a galvanisé la popularité du premier ministre, mais on espère qu’elle aura également forcé celui-ci à reconnaître l’importance des services publics et des personnes qui y travaillent.

Rappelons que pendant la crise sanitaire, les travailleuses et travailleurs du secteur de la santé et des affaires sociales ont été particulièrement affectés du fait que le gouvernement gérait le réseau par décrets, ce qui avait pour effet de suspendre les conventions collectives en vigueur. La CAQ s’est donné unilatéralement le pouvoir d’imposer les nouvelles conditions de travail du personnel déjà à bout de souffle.

En 2021, les négociations du secteur public entre le front commun syndical et le gouvernement du Québec ont duré plus d’un an et demi. Les travailleuses et travailleurs de la santé, de l’éducation et des services sociaux réclamaient une reconnaissance de la valeur de leur travail, ainsi qu’une amélioration des salaires et des conditions d’exercice d’emploi.

De plus, le gouvernement a cumulé des retards de paiement inexcusables liés à des ententes de maintien de l’équité salariale touchant des milliers de travailleuses.

Pendant que la CAQ débloquait des milliards de dollars pour les infrastructures et le béton, sur le terrain, les salarié(e)s épuisés et peu considérés démissionnaient en grand nombre.

Ceci a davantage accentué le manque criant de main-d’œuvre et a encore une fois porté préjudice à la qualité des services publics au Québec. De plus, la place accordée par la CAQ au secteur privé continue d’être source d’inquiétude.

La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) vient d’ailleurs de lancer la campagne « On en a plein notre CAsQue! » pour faire connaître ses priorités et celles des Québécoises et Québécois en vue des élections du 3 octobre. Elle dresse un bilan accablant du gouvernement de la CAQ : antidémocratique, antitravailleurs et travailleuses, arrogant et déconnecté des gens ordinaires. La FTQ a notamment sondé la population qui, à l’opposé des intentions de vote, se dit insatisfaite du bilan du parti et demande des réinvestissements en santé, en éducation et en environnement.

La prochaine négociation du secteur public en 2023 sera évidemment cruciale pour améliorer la qualité des services publics.

Les centrales syndicales, notamment la FTQ, ont observé un changement de ton dans le discours du gouvernement depuis quelques semaines. À la suite de la traditionnelle rencontre tenue entre le premier ministre, le ministre du Travail et les chef(fe)s des organisations syndicales à l’occasion du 1er mai, Journée internationale des travailleuses et des travailleurs, ces derniers ont dit se sentir un peu plus optimistes qu’auparavant.

« Nous espérons que ce changement de ton est sincère et que, si la CAQ constitue le prochain gouvernement cet automne, celui-ci ne considérera pas les syndicats comme des adversaires, mais bien comme des partenaires qui contribuent à la qualité des services publics », a déclaré Patrick Gloutney, président du SCFP-Québec.

Le changement de ton de François Legault est-il conditionné par l’année électorale ? On découvrira ses vraies intentions une fois celui-ci installé au pouvoir pour son second mandat, mandat qui, de toute évidence, sera majoritaire. D’ici là, les travailleuses et travailleurs devront continuer à défendre leurs valeurs et exiger qu’il prenne de réels engagements sur les services dont ils ont la charge.