Les sections locales du SCFP et leurs dirigeants doivent chercher plus activement à rejoindre leurs membres en quête d’équité et les recruter pour des postes de direction. C’est ce qu’ont entendu, ce mercredi, les délégués au Forum des droits de la personne en Colombie-Britannique.

Une table ronde présidée par Cheryl Colborne, conseillère nationale en droits de la personne au SCFP, mettait en vedette quatre orateurs représentant les groupes du syndicat en quête d’équité. La discussion a porté sur les obstacles à l’implication au SCFP, les solutions pour permettre aux membres en quête d’équité de les surmonter et les options s’offrant aux sections locales pour faciliter l’accession de ces membres aux postes de dirigeants.

Dans son allocution de bienvenue, le président du SCFP-C.-B., Paul Faoro, a déclaré que ce forum représentait, pour le syndicat, une occasion de se renforcer par le biais d’une perspective égalitaire.

« Je veux m’assurer que tout le monde ait l’opportunité de revêtir un rôle de leader, a-t-il dit. Nous ne cesserons jamais d’essayer d’impliquer davantage de personnes. C’est pourquoi il est si crucial d’éliminer les obstacles. »

Surmonter les obstacles

Selon la présidente de la section locale 2278, Laura Bulk, qui représentait nos membres ayant un handicap, un des grands obstacles à sa propre participation était l’ignorance des préoccupations des travailleurs en quête d’équité.

« Changer les politiques, c’est important, mais l’accès ne suffit pas pour être inclus, a-t-elle souligné. Pour pouvoir tailler une place pour tout le monde, il faut changer le cœur des gens. »

Cela implique en partie de laisser ses préjugés au vestiaire. Au lieu de supposer les capacités d’une personne handicapée, a ajouté Mme Bulk, les collègues de travail doivent être disposés à poser des questions et à apprendre dans une perspective non capacitaire.

Sheryl Burns, présidente du SCFP 1936, a l’habitude de débattre des obstacles au leadership, en raison de son militantisme dans les dossiers relatifs aux personnes handicapées. À cette table ronde, elle représentait les travailleurs LGBTBQ+.

« Mon obstacle initial à une plus grande implication syndicale était la peur d’être exposée en tant que lesbienne, car j’étais très consciente de l’homophobie dans la société », a-t-elle raconté. Mariée depuis 18 ans et mère de deux enfants, elle était terrifiée à l’idée de sortir du placard, d’autant plus qu’elle avait dû surmonter des obstacles en raison de son handicap auditif.

Elle a dit qu’elle avait finalement choisi de s’afficher parce que le fait de pouvoir « passer » pour une femme hétéro lui procurait un avantage que les autres n’avaient pas.

« Comme lesbienne à l’allure féminine, j’ai un privilège. J’ai donc réalisé que, si je croyais en la promotion des causes liées à l’équité, j’avais le devoir de prendre ce risque. »

Warren Williams, président du SCFP 15, représentait les travailleurs autochtones, mais il a expliqué qu’il a des origines multiethniques, y compris des racines irlandaises et françaises, et qu’il s’identifie surtout à la culture noire dans laquelle il a été élevé. Il a dit avoir eu de la chance de ne pas avoir rencontré d’obstacle à sa participation au SCFP.

« Je n’ai pas eu l’impression que quelque chose m’empêchait de m’impliquer dans le SCFP 15, parce que c’est une section locale très diversifiée », a-t-il expliqué, ajoutant qu’il avait été encouragé à prendre sa place par d’autres personnes, dont l’ancien président du SCFP 15, Paul Faoro.

Non, son plus gros obstacle a été de se faire accoler une étiquette « ethnique ».

« Je ne devrais pas avoir à vous expliquer ce que je suis et inversement », a-t-il ajouté, soulignant que les travailleurs de couleur constatent parfois qu’on s’intéresse plus à leur race qu’à ce qu’ils ont à offrir.

Yolanda McClean, vice-présidente à la diversité au SCFP national, qui représentait les travailleurs de couleur, a raconté le désenchantement qu’elle a vécu la première fois où elle s’est heurtée à un obstacle au travail. Embauchée au terme d’une entrevue téléphonique pour un poste de conteuse pour enfants, elle s’est fait muter au service de la réception dès que la personne qui l’avait engagée est arrivée au travail pour découvrir qu’elle était noire.

« Je n’arrêtais pas de pleurer. C’était la première fois que je frappais un obstacle. Il m’a fallu six semaines pour comprendre que j’étais victime de discrimination et qu’on m’interdisait de descendre au troisième étage à cause de ma couleur. »

L’importance d’avoir de bons alliés

Lorsqu’on leur a demandé quels obstacles ils avaient surmontés pour accéder à des postes de direction au SCFP et comment ils y étaient parvenus, les panélistes ont tous parlé de l’importance d’avoir de bons alliés.

Mme Burns a surmonté la crainte d’être exposée comme lesbienne avec le soutien de ses collègues syndiqués, particulièrement de l’ancien président du SCFP 1936, Michael Lanier.

« En tant que lesbienne, je devais constamment décider si je devais révéler ma vraie nature ou non. J’avais constamment ce dialogue interne. Michael m’a vue telle que je suis. Il a plaidé avec moi pour qu’on élimine les obstacles. »

M. Williams a parlé de l’influence de sa famille pour surmonter le racisme dans sa jeunesse à Winnipeg.

« J’ai été élevé par des femmes très fortes et des hommes très forts. J’ai appris très jeune qu’on n’a pas à supporter l’injustice. On peut se tenir debout. »

Selon Mme McClean, dans la famille du SCFP, le soutien se traduit par le fait de savoir quand il est temps de faire de la place.

« Il faut que des dirigeants disent : “Il est temps pour moi de passer à autre chose. Je m’écarte pour te laisser la place.” C’est ce qui fait les grands leaders : quand on arrive au sommet, faire demi-tour pour faire grimper quelqu’un d’autre. Il y a de la place à la table pour tous. Il faut juste déterminer le moment et la manière. »

Pour Mme Bulk, le soutien d’autres dirigeants syndicaux sur son lieu de travail, comme la vice-présidente générale du SCFP-C.-B., Karen Ranalletta, a permis d’éduquer d’autres membres sur le travail avec une personne malvoyante. Les alliés peuvent aider les autres à apprendre à poser des questions au lieu de faire des hypothèses : « Il faut nous aborder avec une humble curiosité. Ne demandez pas à la personne comment elle s’est retrouvée en fauteuil roulant. Demandez-lui de partager ses anecdotes. Et tentez de ne pas prendre un air choqué. »

Faire de la place pour de nouveaux dirigeants

On a demandé aux panélistes ce que les sections locales pourraient faire pour augmenter les possibilités, pour les membres en quête d’équité, d’accéder aux postes de direction du SCFP.

« La réponse simple, c’est de sortir pour parler à vos membres, a déclaré M. Williams. Les dirigeants doivent prendre l’initiative de trouver des personnes pour siéger à l’exécutif. »

Mme McClean estime que les paroles ont du bon, mais l’égalité et l’équité doivent s’enchâsser dans l’écrit : « Nous devons mettre ces choses dans nos règlements. Sans l’équité en matière d’emploi, cela prendra beaucoup de temps. »

Mme Bulk, quant à elle, préconise la flexibilité dans les procédures syndicales : « Comment peut-on les assouplir? Est-ce un défi d’imposer à une personne de rester assise bien droit pendant trois heures pour une réunion? Un appel Skype ne serait-il pas suffisant? Quelqu’un a-t-il besoin d’un preneur de notes à cette réunion? »

Elle a également appelé à un rapprochement plus curieux et proactif avec les membres handicapés : « Il est important d’éviter ce que nous appelons la “porno d’inspiration”. Nous voulons bien vous raconter notre histoire, mais pas devenir votre porno d’inspiration. Nous ne sommes pas fantastiques simplement parce que nous avons un handicap. Nous allons travailler chaque matin, comme tout le monde. »

Mme Burns a souligné l’importance de reconnaître les gens et de les voir pour ce qu’ils sont vraiment.

« Pour réaliser l’équité pour nos membres, il faut comprendre qu’ils sont les experts de leur situation. Il est impératif, pour les dirigeants, de comprendre que ces membres ont des problèmes, mais de voir leurs capacités. Il faut prendre des risques en leur nom. Beaucoup de nos membres n’aimeront pas cela, mais il s’agit d’égaliser les chances. Et en tant que mouvement syndical, il nous incombe d’égaliser les chances. »

Après les questions des délégués, Mme McClean a clos le forum sur une citation de Rosemary Brown : « Il faut ouvrir les portes et s’assurer qu’elles restent ouvertes pour que d’autres puissent les franchir. »