Group of people posing for a photo with some musical instruments Pour la première fois en 214 ans d’histoire, la Colombie a élu un gouvernement progressiste de gauche. L’élection, en 2022, de Gustavo Petro à la présidence et de Francia Marquez à la vice-présidence est historique et représente un moment d’espoir pour les travailleuses, travailleurs, militantes, militants et personnes pauvres et marginalisées. Marquez est la première femme afro-colombienne à occuper la vice-présidence. Sa coalition avec Petro, le Pacte historique, est un front commun de partis progressistes, de syndicats, de jeunes, de femmes et de minorités ethniques pour n’en nommer que quelques-uns. Cette élection est une victoire âprement disputée pour les mouvements sociaux et les communautés qui ont enduré des décennies de violence et de pauvreté, conditions qui les ont poussés à protester dans les rues malgré le danger.

C’est une période excitante et vulnérable pour les militantes et militants qui sont bien trop conscients que cette période de transition vers l’inauguration du 7 août (et au-delà) sera jonchée de défis politiques, de menaces et d’actes de violence. Selon l’indice des droits mondiaux 2022 de la Confédération syndicale internationale, la Colombie est à nouveau l’un des dix pays les plus dangereux au monde pour les dirigeantes et dirigeants syndicaux. Les militantes et les militants savent que ces conditions ne changeront pas du jour au lendemain simplement à cause de l’élection d’un nouveau gouvernement.

En juillet, le SCFP s’est joint à la délégation Frontlines en Colombie avec des dirigeantes et dirigeants du CTC, de l’AFPC, du SNEGSP et du STTP pour entendre des témoignages de première main sur l’importance de l’élection et pour en savoir plus sur le contexte de violence dans lequel elle s’est déroulée. Depuis près de vingt ans, Frontlines Initiative organise des échanges de solidarité entre travailleuses et travailleurs avec des syndicats, des mouvements sociaux et des organismes de défense des droits de la personne de la Colombie pour soutenir le processus de paix, exposer les impacts négatifs des investissements canadiens et des politiques économiques néfastes, et renforcer la solidarité mutuelle entre travailleuses et travailleurs du secteur public canadien et colombien. Malgré ce moment d’espoir, les appels à la justice des familles qui ont perdu des êtres chers à cause de la violence étatique pendant la grève nationale de 2021 demeurent prioritaires pour de nombreuses personnes que nous avons rencontrées et constituent un rappel dévastateur de l’énorme tâche qui attend le nouveau gouvernement.

Le lendemain de notre arrivée en Colombie, la Commission Vérité a présenté son rapport final, un aboutissement important de l’article de l’accord de paix de 2 016 sur la justice transitionnelle. Les dix chapitres du rapport abordent des thèmes comme les violations des droits de la personne, leur impact sur la santé mentale et physique, le rôle des groupes armés, la violence sexuelle et l’exil forcé de milliers de personnes. La délégation de Frontlines a rencontré des organismes de défense des droits de la personne et des organisations syndicales qui luttent pour les droits de la personne, les droits syndicaux et les droits du travail, ainsi que des syndicats du secteur public qui luttent contre la privatisation des services publics. Nous avons rencontré des dirigeantes, des dirigeants et des communautés à Bogota, Cali, Buenaventura, Medellin, Villagarzón dans les collectivités rurales le long de la côte Pacifique et dans les montagnes où les communautés afro-colombiennes et autochtones de Colombie sont gravement touchées par la migration forcée et la violence qui découlent des activités des entreprises transnationales et des paramilitaires.

Toutes les personnes à qui nous avons parlé sont prudemment optimistes quant au fait que le nouveau gouvernement peut maintenant commencer à réparer les torts causés par les gouvernements de droite du passé (sachant très bien que plusieurs membres de ces gouvernements ont été réélus) et à laisser les mouvements sociaux continuer à s’organiser pour la justice.

La communauté internationale, y compris le gouvernement du Canada, a un rôle clair à jouer : faire tout ce qui est en son pouvoir pour soutenir les efforts d’organisation des mouvements de défense des droits de la personne, garantir une période de transition stable et sûre, et assurer le transfert du pouvoir au nouveau gouvernement colombien.