Survol

Les membres du SCFP qui travaillent dans les services éducatifs à l’enfance appartiennent à des sections locales autonomes et à des sections multisectorielles. Ce sont des éducatrices et des éducateurs de la petite enfance (ÉPE), des assistant(e)s, des cuisinières et des cuisiniers, ainsi que des préposé(e)s à l’entretien ménager. Les unités de négociation sont plutôt petites et les salaires peu élevés. Ces membres travaillent pour des organismes de bienfaisance, des organismes sans but lucratif dirigés par des bénévoles ou des parents, des conseils scolaires ou des employeurs à but lucratif.

  • Nombre de membres travaillant dans les services éducatifs à l’enfance ou à la petite enfance: 12 000
  • Nombre d’unités de négociation : 98

Le SCFP représente plus de 2600 membres œuvrant dans des centres de services éducatifs à l’enfance. Il représente aussi plusieurs ÉPE dans d’autres secteurs, comme l’éducation et les services municipaux. Au Québec, le SCFP représente 2020 éducatrices et éducateurs d’enfants d’âge scolaire qui travaillent pour les centres de services scolaires. En Ontario, le SCFP représente près de 4500 ÉPE (équivalents à temps plein) du programme de maternelle à temps plein temps. En Colombie-Britannique, le SCFP représente 350 membres qui travaillent dans le programme d’apprentissage StrongStart qui prépare les enfants à la maternelle. Plusieurs municipalités ontariennes offrent leurs propres services éducatifs à l’enfance ; le SCFP y représente environ 5000 ÉPE. Nous représentons aussi du personnel œuvrant en milieu collégial ou universitaire. Enfin, le SCFP représente le personnel de plusieurs agences multiservices qui offrent des services éducatifs à l’enfance.

En tout, le SCFP représente environ 12 000 membres qui travaillent dans ce secteur ou comme ÉPE dans d’autres secteurs. Nos membres sont présents dans toutes les provinces, sauf à l’Île-du-Prince-Édouard et au Nouveau-Brunswick, où ce secteur est très peu syndiqué.

FINANCEMENT ET GOUVERNANCE

Plan pancanadien d’apprentissage et de garde des jeunes enfants

Dans le budget fédéral de 2021, le gouvernement Trudeau a annoncé son Plan canadien d’apprentissage et de garde des jeunes enfants, un plan attendu depuis longtemps. Il comprend une enveloppe de 30 milliards de dollars pour ramener les frais parentaux à une moyenne de 10 dollars par jour dans tout le pays. Le gouvernement fédéral a également l’intention d’investir 9,2 milliards de dollars par année dans les services éducatifs à l’enfance réglementés à compter de 2025-2026, dans le but à plus long terme d’atteindre un partage égal des coûts totaux entre le fédéral et les provinces.

Il s’agit de l’engagement financier et politique fédéral le plus important en la matière à ce jour. Cela signifie que, partout au pays, les services éducatifs à l’enfance recevront pour la toute première fois un financement public substantiel et que chaque province travaillera à la mise en place d’un système universel basé sur des principes communs, des ententes bilatérales et des plans d’action élaborés en partenariat avec Ottawa.

Ce plan fédéral représente une victoire durement gagnée, une victoire obtenue à la suite de décennies de revendications de la part des membres du SCFP, des groupes de défense des services éducatifs à l’enfance et des organisations de femmes.

En plus de réduire les frais parentaux à 10 dollars par jour d’ici 2025-2026, le plan fédéral vise à réduire les frais moyens pour les services réglementés. La plupart des provinces ont convenu de réduire les frais de 50 % d’ici décembre 2022, bien que certaines aient adopté un échéancier différent. Notons que cet objectif ne s’applique pas au Québec, où les frais sont déjà fortement subventionnés.

Le plan fédéral contient d’autres objectifs généraux pour progresser vers un système universel de services éducatifs à l’enfance, notamment :

  • ajouter 250 000 places en services éducatifs de garde dans tout le pays et aider les exploitants de services sans but lucratif à accroître le nombre de places autorisées disponibles.
  • garantir un investissement dans les salaires des ÉPE et leur offrir les possibilités de formation et de perfectionnement nécessaires pour soutenir leur épanouissement, ce qui favorisera à son tour la qualité des services.
  • améliorer l’accès à des services éducatifs à l’enfance de qualité et adaptés à leur culture. Par exemple, investir 29,2 millions de dollars pour améliorer l’accessibilité physique des installations et 2,5 milliards de dollars sur cinq ans dans les services offerts aux enfants autochtones.

Après l’annonce de ce plan au printemps 2021, le gouvernement fédéral a procédé à la négociation d’ententes bilatérales avec les provinces et les territoires. Toutes les ententes étaient finalisées et signées en août 2022.

Bien que le plan ait été initialement célébré pour ses engagements à l’égard d’un financement fédéral substantiel à long terme et pour l’accent mis sur l’expansion du secteur des services à but non lucratif, les groupes de défense ont soulevé plusieurs préoccupations au sujet des promesses formulées dans les ententes bilatérales.

Le gouvernement fédéral a promis d’améliorer la qualité des services et de les étendre, mais il ne s’attaque pas aux problèmes systémiques de main-d’œuvre, ce qui suscite de vives inquiétudes. Il est facile de réduire les frais des parents, mais les provinces n’atteindront pas leurs objectifs d’expansion si elles ne s’attaquent pas à la pénurie de main-d’œuvre et si elles n’améliorent pas les salaires, les avantages sociaux et les régimes de retraite pour attirer des ÉPE

Le gouvernement fédéral n’a malheureusement pas exigé que les provinces fixent un salaire minimum et des augmentations périodiques pour les ÉPE et les autres classes d’emplois. Son Cadre multilatéral d’apprentissage et de garde des jeunes enfants propose plutôt d’améliorer la qualité des services en augmentant le nombre et la proportion d’exploitants ayant des ÉPE agréées ou des travailleuses et travailleurs qui poursuivent leur formation professionnelle. Le problème c’est que le recrutement et la rétention de personnel qualifié ne s’amélioreront pas si les salaires stagnent. Afin d’ajouter les 250 000 places promises par le gouvernement fédéral, les provinces devront attirer plus de 40 000 travailleuses et travailleurs dans le secteur.

La crise de la main-d’œuvre a été aggravée par les fermetures de services éducatifs de garde à l’enfance pendant la pandémie de COVID-19. Or, la plupart des provinces négligent d’élaborer une stratégie pour attirer et retenir le nouveau personnel. À l’heure actuelle, seuls le Manitoba et le Yukon ont établi un nouveau plancher salarial viable pour les ÉPE. D’autres provinces, comme la Saskatchewan, la Colombie-Britannique, l’Alberta et l’Île-du-Prince-Édouard, se sont engagées à augmenter les salaires, et seules quelques provinces comptent établir une grille salariale au cours de la prochaine année.

Les groupes de défense des services éducatifs à l’enfance craignent aussi que les gouvernements provinciaux autorisent une expansion rapide des garderies à but lucratif, même si le plan fédéral vise à développer le secteur à but non lucratif. Des entreprises mondiales de services éducatifs à l’enfance cherchent à prendre de l’expansion dans des pays comme le Canada, et les provinces capitulent devant leurs demandes. Par exemple, le gouvernement de l’Ontario a récemment supprimé le plafond de bénéfices et les exigences en matière de vérification financière, en plus de réduire la surveillance des dépenses des exploitants à but lucratif afin d’encourager ceux-ci à prendre part à leur plan. D’autres provinces, comme la Nouvelle-Écosse, ont annoncé qu’elles limiteront le financement aux exploitants sans but lucratif qui réduisent leurs frais et adhèrent au cadre de rémunération provincial pour les ÉPE. Cependant, elles permettront aux exploitants à but lucratif d’accéder au financement public s’ils respectent les mêmes règles provinciales.

Les spécialistes des systèmes publics et universels de services éducatifs à l’enfance soulignent que les exploitants privés maintiennent les salaires bas et qu’ils sont moins susceptibles d’offrir des services accessibles, équitables et de qualité. Ils craignent que le plan fédéral n’élimine pas complètement les services axés sur le profit du système si les provinces cèdent aux exigences des exploitants à but lucratif. Il est possible que les provinces s’écartent considérablement des engagements pris dans leur entente avec le fédéral et qu’elles échouent à mettre en œuvre le plan national qui vise un système de services accessible, abordable et de qualité. Les groupes de défense des services éducatifs à l’enfance insistent pour que les provinces établissent des exigences de reddition de comptes pour les subventions versées aux exploitants. Ils souhaitent aussi que le gouvernement fédéral présente un plan détaillé pour l’expansion des établissements publics et sans but lucratif.

À l’échelle du secteur, le SCFP continuera de promouvoir la prestation publique de services éducatifs à l’enfance universels et accessibles, ainsi que l’amélioration des salaires, des avantages sociaux et des conditions de travail.


ENJEUX

Syndicalisation

Dans le cadre du sondage Oui, ça nous touche encore! réalisé en 2012, 21,5 % du personnel des services éducatifs à l’enfance interrogé a répondu être syndiqué. Ce taux de syndicalisation atteint 30 % au Québec où la Confédération des syndicats nationaux (CSN) domine le secteur. En Colombie-Britannique, le taux de syndicalisation est de 29,4 % et le BCGEU représente la majorité des employé(e)s secteur. Le SCFP représente le plus grand nombre de membres offrant des services éducatifs à l’enfance en garderie et dans d’autres milieux.

Le taux de syndicalisation dans le secteur demeure faible. L’enquête Oui, ça nous touche encore! a fait ressortir plusieurs écarts entre le personnel syndiqué et non syndiqué : les milieux de travail syndiqués affichent un taux plus élevé de rétention du personnel et de satisfaction au travail, de meilleurs salaires et avantages sociaux, ainsi que de meilleures pratiques de travail.

Salaires

Sans financement public adéquat, les salaires et les conditions de travail sont médiocres. Cependant, les travailleuses et les travailleurs syndiqués ont un meilleur salaire et sont plus susceptibles de bénéficier d’avantages sociaux et d’un régime de retraite. Le salaire moyen des ÉPE membres du SCFP à travers le pays est de 25,61 dollars l’heure. Le salaire moyen le plus bas est offert au Manitoba (18,60 dollars l’heure) et le plus élevé en Alberta (27,90 dollars l’heure). Le salaire des personnes non syndiquées et non licenciées a tendance à être beaucoup plus bas, souvent près ou juste au-dessus du salaire minimum provincial.

Régimes de retraite

À l’exception du Québec et de la Colombie-Britannique, les régimes de retraite sont rares dans le secteur des services éducatifs à l’enfance. Les sections locales du SCFP ont fait des progrès en Ontario et au Manitoba grâce au Régime de retraite multi-secteur (RRMS). Un peu plus de 53 % des membres du SCFP du secteur ont accès à un régime de retraite enregistré, mais 22 % seulement disposent d’un régime à prestations déterminées.

GOCIATIONS

Le SCFP a réussi à mettre en place des structures et des stratégies permettant une meilleure coordination, ainsi que des négociations et des campagnes plus efficaces dans le secteur des services éducatifs à l’enfance. En Nouvelle-Écosse, la plupart des travailleuses et travailleurs du secteur sont membres de la même section locale. En Ontario, les membres du SCFP du secteur sont représentés au comité des employé(e)s des services sociaux et appuient la coalition provinciale pour les services éducatifs à l’enfance. À Toronto, une grande section locale du SCFP regroupe 350 membres dans 30 établissements. À Ottawa, une même section locale représente 300 personnes dans 13 établissements et une table de négociations commune a été mise en place. En Ontario, les employé(e)s de la compagnie à but lucratif Kids & Company sont représentés par une section locale provinciale. Au Manitoba, une section locale représente 90 membres répartis dans cinq établissements. Enfin, bien que le SCFP représente peu de sections locales dans ce secteur en Colombie-Britannique, celles-ci participent à la négociation provinciale consacrée aux services communautaires. Néanmoins, à l’exception d’Ottawa, de Toronto et de la Colombie-Britannique, la négociation coordonnée est rare.

Le sous-secteur des services sans but lucratif subit des pressions énormes. Plusieurs sections locales se font demander des concessions à la table de négociations, alors qu’il faudrait plutôt réaliser des gains significatifs. Les employeurs proposent des clauses de disparité de traitement pour les nouveaux employé(e)s et le personnel occasionnel.

CAMPAGNES

Le SCFP est très impliqué dans diverses campagnes de soutien aux services éducatifs à l’enfance menées en collaboration avec de nombreux groupes, notamment la campagne Un enfant, une place.

Pendant la pandémie de COVID-19, des membres de partout au pays ont fait campagne pour dénoncer la fermeture d’établissements et appuyer les exploitants qui peinaient à conserver leur personnel et à recruter. Les membres du SCFP se sont battus contre les décisions des conseils municipaux de fermer leurs services et de licencier du personnel en raison des pressions financières exercées sur les budgets municipaux.

Dans la foulée de l’annonce du plan fédéral, de nouveaux appels au rehaussement du plancher salarial des ÉPE et du reste du personnel du secteur se sont fait entendre. Récemment, les ÉPE de la Nouvelle-Écosse se sont rassemblés à Halifax pour dénoncer le gouvernement provincial qui tarde à mettre œuvre un nouveau programme salarial. Le SCFP et la Coalition ontarienne pour de meilleurs services éducatifs à l’enfance (OCBCC) ont mené une campagne intitulée Rising Up for Child Care afin d’attirer l’attention sur les problèmes de main-d’œuvre et réclamer l’inclusion à l’entente Ontario-Canada d’un salaire de 30 dollars l’heure pour les ÉPE.

En Colombie-Britannique, où le nombre de places ne répond qu’à 20 % des besoins, de nombreux parents se retrouvent sans options ou voient leurs enfants ballotés d’une installation à l’autre pendant la journée. Le SCFP fait campagne pour créer des services éducatifs à l’enfance homogènes dans l’ensemble du système scolaire public, y compris des services universels et de qualité pour tous les enfants d’âge scolaire.

L’intégration de services de garde parascolaires au système scolaire, par l’entremise du modèle de journée continue d’apprentissage et de garde, augmenterait considérablement la disponibilité des services tout en offrant un système d’éducation de la petite enfance à valeur ajoutée de très haute qualité.

Le SCFP a mis beaucoup d’efforts pour contrer la privatisation, en particulier dans les campagnes qui ciblent les grandes entreprises à but lucratif qui menacent le développement d’un réseau national de services de garde publics.

Le secteur des services éducatifs à l’enfance du SCFP s’est engagé dans la campagne pour les droits des personnes migrantes. Le SCFP reconnaît que le travail en services éducatifs à l’enfance et l’obtention de la résidence permanente et de meilleures conditions de travail pour la main-d’œuvre migrante sont des enjeux interreliés.