Jordana Feist | Service de recherche

On entend souvent dire que le coût élevé des médicaments met en danger les régimes d’assurance-maladie complémentaires. Les employeurs se plaignent du fait que trop de gens prennent des médicaments trop chers. Comme il y a des limites à ce qu’on peut accomplir en limitant la portée des régimes ou en augmentant le recours aux génériques, quelle est la solution?

En fait, elle est connue depuis longtemps, car elle faisait partie intégrante de la vision du système universel de soins de santé pour le Canada imaginée par Tommy Douglas. Il s’agit de l’assurance-médicaments.

Actuellement, les médicaments d’ordonnance de nos membres sont couverts par différents régimes. Certains remboursent les coûts à 100 pour cent, d’autres partiellement ou en coassurance. Malheureusement, certains membres n’ont pas d’assurance du tout. En fait, seulement 42 pour cent de la population canadienne possède une assurance-médicaments, ce qui laisse beaucoup de gens en situation vulnérable.

En se mobilisant, le mouvement syndical a souvent réussi à obtenir des changements qui ont amélioré le sort de toute la population. La mise sur pied d’un régime national d’assurance-médicaments pourrait être notre prochaine grande réussite. Nous pourrions même convaincre les employeurs de lutter à nos côtés pour améliorer le sort des gens, puisqu’un régime national ferait baisser le coût de leurs propres régimes!

Les avantages

La création d’un régime national d’assurance-médicaments procurerait de nombreux avantages :

Économiser de l’argent: le Canada se classe deuxième au palmarès des dépenses en médicaments par habitant selon l’Organisation de coopération et de développement économique. Pourquoi? En partie parce que chaque province achète ses médicaments séparément. Si nous regroupions ces achats nationalement, nous obtiendrons un bien meilleur prix. Selon une étude du Centre canadien de politiques alternatives réalisée en 2010, la mise sur pied d’un régime national d’assurance-médicaments nous ferait économiser 10,6 milliards de dollars
annuellement. Cette somme, les employeurs et les provinces pourraient la consacrer à d’autres projets. C’est un choix sensé au plan financier.

Diminuer les frais d’administration privés et le recours aux régimes privés coûteux: les assureurs privés réalisent des profits astronomiques grâce aux régimes actuels. Un régime public national serait plus abordable car il retirerait le facteur « profit » de l’équation.

Rendre les médicaments plus sécuritaires: l’instauration d’un processus d’évaluation indépendant au niveau national permettrait de mieux encadrer la recherche et les essais cliniques et d’avoir ainsi des médicaments plus sécuritaires. Pour l’instant, les compagnies pharmaceutiques exercent une grande influence sur la recherche, l’approbation et la prescription des médicaments. Un programme national diminuerait leur pouvoir.

Accroître l’équité: les Canadiens n’ont pas tous accès à des médicaments à coût abordable lorsqu’ils en ont besoin. Un régime national améliorerait la situation.

L’idée d’un régime d’assurance-médicaments national n’est pas nouvelle, mais en raison de l’apathie politique actuelle il est plus difficile de changer les choses. Pourtant, l’assurance-médicaments est pleine de bon sens. Elle permettrait de faire économiser nos employeurs et d’aider nos membres et tous les Canadiens. Si le gouvernement fédéral actuel n’est pas prêt à prendre les bonnes décisions pour notre société, nous devons tout simplement le changer.