Lors de son discours de victoire le 19 octobre dernier, Justin Trudeau a évoqué le premier ministre Wilfrid Laurier. « Des solutions harmonieuses, mes amis, des solutions harmonieuses. Voilà ce que la politique positive peut accomplir », a-t-il déclaré.

Lors de la campagne électorale précédant son accession au pouvoir il y a 120 ans, Wilfrid Laurier promettait une « solution harmonieuse » pour rassembler les citoyens au lieu de les diviser comme le faisait son opposant conservateur Charles Tupper.

Cette approche a valu de solides victoires électorales à Wilfrid Laurier… et à Justin Trudeau. Reste maintenant à voir si les solutions harmonieuses promises par ce dernier bénéficieront aux travailleurs après les attaques, la division et le secret qui ont marqué la décennie au pouvoir des conservateurs.

Justin Trudeau a plutôt bien commencé. Son cabinet est le plus diversifié de l’histoire canadienne et il comprend de nombreux ministres se décrivant comme progressistes. Le ministre des Finances est toutefois un financier de Toronto.

Justin Trudeau s’est engagé à mettre en place un gouvernement beaucoup plus ouvert, à respecter la diversité des opinions et à collaborer avec l’opposition, les médias et les différents intervenants politiques, dont les syndicats.

Il se dit déterminé à établir une nouvelle et respectueuse relation de nation à nation avec les peuples autochtones. Il a déjà rencontré les premiers ministres provinciaux et territoriaux, en plus de s’être engagé à collaborer avec d’autres pays pour réaliser des progrès en matière de lutte aux changements climatiques.

Il est le premier premier ministre en 50 ans à avoir rencontré les dirigeants syndicaux du Congrès du travail du Canada. Il s’est engagé à abroger les projets de loi antisyndicaux C-377 et C-525, à mettre en œuvre une politique relative à l’équité salariale moderne et à négocier de bonne foi avec les syndicats du secteur public.

Les libéraux ont fait de nombreuses promesses et le SCFP fera pression pour qu’elles se réalisent.

En voici quelques-unes :

  • réformer le système d’assurance-emploi en réduisant le délai de carence à une semaine, en annulant les changements punitifs apportés par les conservateurs et en augmentant l’accès aux prestations.
  • bonifier les prestations du Régime de pensions du Canada.
  • rétablir l’âge d’admissibilité à la Sécurité de la vieillesse à 65 ans, accroître les prestations du Supplément de revenu garanti de 10 pour cent et indexer les paiements effectués en vertu de ces deux programmes en fonction d’un indice des prix pour les aînés.
  • accroître l’accès à une formation en cours d’emploi de qualité, notamment en finançant la formation fournie en partenariat avec les syndicats.
  • rendre les études postsecondaires plus abordables pour les étudiants provenant de familles à faible et à moyen revenus.
  • créer un cadre national en collaboration avec les provinces pour mettre en place un système de service de garde abordable et de qualité.
  • augmenter le nombre d’emplois permanents et de qualité pour les jeunes travailleurs.
  • maintenir la livraison du courrier à domicile.
  • mettre fin au harcèlement politique des organismes caritatifs par l’Agence du revenu du Canada.
  • instituer une enquête sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.
  • réviser les politiques fédérales en menant une analyse comparative entre les sexes.
  • ajouter l’identité sexuelle comme un motif illicite de discrimination en vertu de la Loi canadienne sur les droits de la personne.
  • accroître de façon importante le financement des infrastructures versé aux provinces, aux territoires et aux municipalités, notamment pour les projets de transports en commun, l’infrastructure sociale et l’infrastructure verte.
  • éliminer l’évaluation obligatoire du mode de réalisation en PPP du Fonds chantiers Canada qui favorise la réalisation des projets en partenariat public-privé.
  • conclure un nouvel accord pluriannuel sur la santé avec les provinces et les territoires, facilitant notamment un meilleur accès aux médicaments sur ordonnance.
  • annuler les dispositions relatives au fractionnement du revenu et celles visant à doubler le plafond du CELI.
  • augmenter l’impôt sur le revenu des plus riches.
  • augmenter les prestations pour les familles à moyen et plus faible revenus avec enfants.
  • rétablir les crédits fiscaux relatifs aux fonds de travailleurs.
  • élaborer une stratégie canadienne de réduction de la pauvreté.
  • augmenter le nombre de logements abordables disponibles.

Il s’agit d’un programme ambitieux qui comprend de nombreuses composantes progressistes. Certains des engagements les plus importants restent toutefois vagues, tandis que d’autres mesures nécessaires sont carrément absentes.

De plus, certaines parties importantes du programme de Justin Trudeau ne sont absolument pas progressistes. Par exemple, le gouvernement libéral appuie l’Accord économique et commercial global (AECG) et semble appuyer le Partenariat transpacifique (PTP), des ententes qui profiteront largement aux entreprises et aux investisseurs aux dépens des travailleurs. Historiquement, de nombreux gouvernements libéraux ont rapidement amorcé un virage à droite axé sur la privatisation et les réductions dans les services publics et le salaire des travailleurs du secteur public.

Même après une décennie de division, de secret et de reculs sous le gouvernement Harper, nous ne devons pas réduire nos attentes ou nous asseoir en espérant que des « solution harmonieuse » voient le jour. Nous devons nous mobiliser, rehausser les attentes et exercer des pressions sur le gouvernement libéral pour qu’il apporte les changements véritablement progressistes auxquels il s’est engagé, et plus encore. À défaut d’agir, les solutions harmonieuses évoquées par Justin Trudeau ne garderont pas la route très longtemps. D’autres prendront les commandes et amorceront un virage à droite.